"Déconfinement", le mot que l'exécutif veut bannir de son vocabulaire

Jules Pecnard
·3 min de lecture

Afin de ne pas reproduire l'erreur du déconfinement trop hâtif du mois de mai, l'exécutif prend désormais toutes les précautions de langage nécessaires.

Ne donner aucun faux espoir, ne provoquer aucun relâchement. Tels sont les objectifs affichés de l'exécutif ces derniers jours, alors même que l'épidémie de Covid-19 donne des signes de frémissement, sources d'optimisme légitime au sein de la population française. S'y ajoute le développement, plus rapide que prévu, d'un vaccin. Pour autant, le confinement en vigueur n'est pas prêt d'être interrompu.

D'où le choix du gouvernement de bannir le mot "déconfinement" de ses éléments de langage, afin de ne pas reproduire l'erreur du mois de mai. À savoir un déconfinement trop rapide, suivi d'un été durant lequel la deuxième vague n'a pas été anticipée comme elle aurait pu l'être. Par ailleurs, Emmanuel Macron et Jean Castex veulent à tout prix éviter qu'une troisième vague survienne brutalement début 2021. Dans leur esprit, il leur faut donc garder les vannes closes aussi longtemps que possible.

Assouplissement

Élisabeth Borne l'a bien illustré ce jeudi matin. Invitée de BFMTV, la ministre du Travail a pris soin d'utiliser le terme désormais privilégié par l'exécutif. "L'objectif, c'est de trouver (...) la bonne méthode pour permettre à chacun de reprendre son activité", a-t-elle entamé. Un déconfinement se profile-t-il pour la fin du mois?

"On n'est pas dans une étape où on va retirer toutes les attestations, c'est important qu'on continue à éviter de sortir quand on n'en a pas besoin. (...) On cherche la meilleure façon d'assouplir les règles", a fini par lâcher Élisabeth Borne.

"Assouplissement" donc, plutôt que "déconfinement". "Personne n'a envie de voir une nouvelle flambée de l'épidémie, donc il faut qu'on trouve une démarche prudente", a glissé la ministre du Travail.

La veille, lors de son point presse en sortie de Conseil des ministres, Gabriel Attal s'est voulu encore plus définitif.

"Nous ne sommes pas du tout au déconfinement. On en est même loin", a tranché le porte-parole du gouvernement face aux journalistes.

"On parle d'une adaptation éventuelle du confinement à partir du 1er décembre, si la situation sanitaire nous le permet", a-t-il précisé, avant cette mise en garde : "Relâcher nos efforts aujourd'hui (...) en donnant le sentiment que cette bataille est derrière nous serait dangereux pour la situation sanitaire du pays et donc pour la sécurité des Français."

Éviter le "stop and go"

Emmanuel Macron se mettra lui-même au diapason lorsqu'il prendra la parole la semaine prochaine. Un événement qui suscite nécessairement de l'attente. Comme le révèle Le Parisien, son équipe de collaborateurs lui conseille ardemment d'éviter tout usage du mot "déconfinement". À l'instar du mot "confinement", son contraire est entré dans le vocable usuel des Français en cette déstabilisante année 2020. Comme un nouveau synonyme du mot "liberté".

L'assouplissement, puisque c'est ainsi que le chef de l'État s'y référera vraisemblablement, doit commencer le 1er décembre, mais tout enthousiasme en amont de l'allocution présidentielle est dûment proscrit. En témoigne la demande formulée par Bruno Le Maire mercredi, puis Élisabeth Borne ce jeudi, de décaler le Black Friday d'une semaine.

Prévue le 27 novembre, cette opération commerciale permettrait à de nombreuses entreprises de renflouer un peu leur trésorerie. En la reportant, l'exécutif espère donner aux Français le signal que, si les commerces doivent rouvrir, ils ne le feront que de manière progressive. Il en ira de même pour le reste.

Comme le relate L'Opinion, le gouvernement veut éviter le "stop and go", source d'immense frustration au sein de la population. Plutôt que d'ouvrir toutes les fenêtres au prochain tassement de l'épidémie, avec le risque de devoir brutalement les refermer, il semble vouloir légèrement les entrebâiller.

Article original publié sur BFMTV.com

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