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Frédéric Mitterrand, ex-ministre de la Culture et homme de télévision, est décédé à 76 ans

Frédéric Mitterrand, alors ministre de la Culture, sur le perron de l'Elysée, le 8 décembre 2015 à Paris (STEPHANE DE SAKUTIN)
Frédéric Mitterrand, alors ministre de la Culture, sur le perron de l'Elysée, le 8 décembre 2015 à Paris (STEPHANE DE SAKUTIN)

Ancien ministre de la Culture et homme de télévision, Frédéric Mitterrand est décédé jeudi à son domicile parisien à l'âge de 76 ans, après une lutte de "plusieurs mois contre un cancer agressif", a annoncé sa famille à l'AFP.

Neveu de l'ancien président François Mitterrand, ministre lorsque Nicolas Sarkozy était le chef de l'Etat, cette personnalité inclassable, grand cinéphile, avait annoncé en avril 2023 être "malade", sans en dire davantage.

Le président Emmanuel Macron a salué sur X un homme qui "vécut mille existences, toutes tissées d'un fil rouge: la culture pour chacun".

"Ses légendaires +Bonsoir !+ vont nous manquer", a encore écrit le chef de l'Etat, adressant ses "pensées à sa famille, à ses proches et aux fidèles de ses émissions".

Le Premier ministre Gabriel Attal a rendu hommage sur X à "un homme qui avait la soif insatiable d’apprendre et le projet constant de faire", soulignant que "les Français regretteront une figure, une voix, une présence familières".

- "Figure familière" -

Evoquant son "immense tristesse", Nicolas Sarkozy a rendu hommage sur le même réseau social à "un homme profondément cultivé et délicat, un être à part, sensible et attachant, une personnalité inclassable si loin de la vie partisane".

"Il fut un ministre de la Culture enthousiaste et passionné, qui exerça ses fonctions avec panache et talent. Il laissera ses films, ses livres, ses émissions comme autant de témoignages de son amour pour l'art et pour la culture", a-t-il ajouté.

Dans un communiqué, la ministre de la Culture, Rachida Dati, a salué "sa profonde humanité", "son humour", "sa gentillesse", "sa douceur", "son attention permanente aux autres, qu'il manifesta jusqu'à son dernier souffle", encore "ce week-end" lors d'une de leurs dernières conversations.

L'appelant "Frédo", "une de nos figures familières" mais aussi "un écrivain fécond" et un "ministre attentif à tous les acteurs de la culture", Mme Dati a décrit un homme qui "portait sa mélancolie comme une élégance".

"La mort de

me bouleverse. Une amitié de plus de 60 ans nous liait d'une affection inaltérable. Il a tout au long de sa vie servi les arts avec passion, érudition et amour. Notre fidélité commune pour François Mitterrand nous unissait profondément", a réagi de son côté Jack Lang, ancien ministre socialiste de la Culture, sur X.

Avec sa plume, Frédéric Mitterrand n'hésitait pas à confesser sa "mauvaise vie". Il a ainsi fait le récit en 2005 de ses errances sexuelles et tarifées en Thaïlande et au Maghreb.

D'abord salué, le livre suscitera ensuite la polémique, l'obligeant à se défendre de toute relation avec des mineurs ou d'apologie de la pédocriminalité.

- Cinéphilie -

Né le 21 août 1947 dans les beaux quartiers à Paris, Frédéric Mitterrand s'est fait un nom grâce à la télévision.

"Etoiles et toiles" est le nom de la première émission qu'il anime sur la Une à partir de 1981: il y ressuscite avec flamboyance les stars, surtout les actrices, et décortique les grands films.

L'homme insuffle sa cinéphilie au spectateur, captivé par cette voix lancinante, au phrasé reconnaissable entre tous.

Quelques années plus tard, il quitte en 1988 TF1, devenue chaîne privée, pour Antenne 2 et le service public.

L'Arcom, régulateur des médias, a salué dans un communiqué une "grande figure de la culture française et personnalité incontournable de l'audiovisuel français".

Frédéric Mitterrand est également apparu sur grand écran enfant: à 13 ans, il joue le fils de Michèle Morgan dans "Fortunat", avec Bourvil (1960). Il passe aussi derrière la caméra et réalise notamment "Lettres d'amour en Somalie" (1981), écrit à la première personne, et l'opéra "Madame Butterfly", filmé en Tunisie (1995).

Malgré son nom, il refuse de marcher sur les traces d'un oncle qu'il admire. Il adhère en juin 1993 au Mouvement des radicaux de gauche (MRG). En mai 1995, il apporte son soutien à Jacques Chirac, candidat à la présidence.

Nommé à la tête de la Villa Médicis à Rome par le président Nicolas Sarkozy en 2008, il rentre à Paris quelques mois plus tard pour prendre le ministère de la Culture, jusqu'à l'élection présidentielle de 2012, perdue par la droite.

A ce poste, ce père de trois enfants a notamment affronté les intermittents du spectacle, fait adopter la loi Hadopi et conduit des grands chantiers, lancés pour certains avant son arrivée: le Mucem à Marseille ou la Philharmonie à Paris.

mch-jfg-ls/dlm/juf/am