Décès de l’artiste peintre franco-iranien Abbas Moayeri

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Reconnu comme l’un des plus grands maîtres de la miniature persane, l’artiste peintre et sculpteur franco-iranien Abbas Moayeri est décédé samedi 24 octobre à Paris, à l’âge de 81 ans.

Les miniatures ressemblent parfois aux étoiles. Elles éclairent nos nuits et nos ombres esquissant un horizon pour rêver. D’une apparence minuscule, elles déploient leur lumière dans des univers innombrables et souvent inconnus. Et quand on perçoit leur message, ce n’est pas sûr que l’étoile existe encore. C’est alors à nous de faire vivre son espoir et de perpétuer son imaginaire.

Un artiste qui voulait apporter la paix dans le monde

C’est lors d’une rencontre pour aborder Norouz, le Nouvel An persan, qu’il nous a accueilli dans son atelier lumineux situé dans une cour du XIXe arrondissement. Au milieu des châssis et des toiles, on découvre alors un homme chaleureux, discret, passionné, dont les œuvres semblent refléter son âme et sa conviction que les artistes devraient apporter la paix dans le monde. Une de ses miniatures, composée de l’or et de l’aquarelle noir sur un papier un peu parcheminé, était intitulée Coexistence pacifique : « Chacune des personnes que vous voyez dans cette miniature fait ce qu’elle veut faire, sans embêter l’autre. Le derviche fait sa prière, l’amoureux fait l’amour, le poète lit son poème, et les animaux aussi vivent en paix... »

Né en 1939, à Racht, en Iran, Abbas Moayeri fut élève de célèbres maîtres de la miniature et de la peinture persanes comme Esmaïl Ashtiani, Mohammad Ali Zavier ou Hossein Behzâd, dont il sera à la fin des années 1960 le successeur au prestigieux poste de professeur à l’École des beaux-arts de Téhéran. Curieux de découvrir le monde, il s’installe finalement à la fin des années 1970 à Paris, heureux de se retrouver dans une ville-monde : « J’ai appris bien plus sur l’art de la miniature persane en France qu’en Iran. Pour cela, j’ai renoncé à mon métier de professeur aux Beaux-arts de Téhéran et j’ai commencé ma vie parisienne ».

Un ambassadeur de l'art de la miniature persane

Il adorait se balader dans les ruines de la cité mythique Persépolis pour enrichir les traits dans son carnet de dessin et faire habiter ses œuvres par un esprit millénaire. À Paris, il restait viscéralement attaché à sa culture persane, l’un des berceaux de la civilisation mondiale. Au-delà de ses propres œuvres et nombreuses récompenses (la Médaille d’argent de la société académique arts-sciences-lettres de l’Académie française en 1985, la Médaille d’or du mérite et dévouement français en France en 2000, le diplôme d’honneur de l’Encyclopédie Iranica en 2009), il n’a cessé de faire rayonner et partager l’art de la miniature persane au travers des cours et des ateliers.

Avec sa disparition, on imagine bien Abbas Moayeri se transformer lui-même en personnage de ses propres miniatures : une âme flottante n’ayant plus les pieds sur terre pour s’envoler vers son paradis.

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