Décès de Jacques Calvet, ancien patron emblématique du groupe automobile PSA

Daniel ARONSSOHN
Jacques Calvet, ancien patron de PSA, à Paris le 20 avril 1995

Paris (AFP) - Il avait spectaculairement redressé PSA dans les années 1980: Jacques Calvet, patron emblématique du constructeur automobile français et figure des milieux d'affaires, est décédé.

Les obsèques de l'ancien dirigeant décédé jeudi, qui était âgé de 88 ans, "se dérouleront dans la plus stricte intimité familiale", ont indiqué ses proches dans un communiqué.

"Mon père est décédé hier", a annoncé vendredi à l'AFP son fils Jérôme Calvet, qui dirige la filiale française de la holding financière japonaise Nomura. Il n'a pas précisé les causes ni les circonstances du décès.

Diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris et de l’École nationale d'administration, M. Calvet avait dirigé le groupe PSA de 1984 à 1997.

Arrivant dans une entreprise au bord de la faillite, à la demande de la famille Peugeot, actionnaire historique, il avait opéré un redressement spectaculaire.

"Mes premières pensées vont à sa famille. Ma peine est forte", a réagi Jean-Philippe Peugeot, le PDG d'EPF (Établissements Peugeot Frères), la holding de tête du groupe familial, dans une réaction auprès de l'AFP.

"Il a été un fantastique capitaine d'industrie qui a sauvé le groupe dans les années 1980, qui a fait des choses extraordinaires", a-t-il souligné, exprimant son "extrême reconnaissance" ainsi que son "respect" et son "admiration".

"C'est un personnage impressionnant qui avait beaucoup de choses à dire et ne mâchait pas ses mots pour le dire, qui disait ce qu'il pensait, et avait une autorité spectaculaire", a-t-il ajouté.

Le groupe PSA, numéro deux en Europe derrière Volkswagen, en passe de devenir le quatrième constructeur mondial en volumes de ventes grâce au projet de fusion avec Fiat Chrysler, lui a également rendu hommage.

"C'est avec une grande tristesse que j'apprends le décès de Jacques Calvet et je tiens à exprimer au nom de tous les salariés du Groupe PSA nos sincères condoléances à son épouse et à sa famille", a réagi l'actuel patron, Carlos Tavares, dans une déclaration transmise à l'AFP.

"Jacques Calvet, grand visionnaire, a dirigé l'entreprise de 1984 à 1997, pour en faire un constructeur automobile de premier plan. Je tiens à saluer la mémoire de ce grand capitaine d'industrie qui nous quitte, doté d'un rare courage et d'une détermination sans faille qui doit nous inspirer", a ajouté M. Tavares.

- "Grand capitaine d'industrie" -

Le président du directoire de PSA a souligné le parallèle historique entre la crise actuelle du coronavirus qui ébranle aujourd'hui l'industrie automobile mondiale et la crise du début des années 1980, consécutive au deuxième choc pétrolier, qui avait poussé le constructeur français au bord du précipice.

"Au regard de la crise que nous traversons, son exemple nous oblige et nous engage à protéger l’entreprise dans l'intérêt de ses salariés, comme il a toujours su le faire", a déclaré Carlos Tavares.

"Hommage à Jacques Calvet, grand capitaine d’industrie et grand serviteur de l'Etat qui en son temps sauva le groupe PSA", a réagi Luc Chatel, président de la Plateforme automobile, qui représente les entreprises du secteur, dans un message posté sur le réseau social Twitter.

Réputé pour son caractère inflexible et son franc-parler, Jacques Calvet avait subi de nombreuses critiques, alors que le redressement qu'il avait piloté s'était traduit par de nombreuses fermetures de sites et une véritable saignée dans les effectifs.

Il avait notamment affronté la gauche au pouvoir dans les années 1980 et l'hostilité des syndicats.

Conservateur, Jacques Calvet avait commencé sa carrière à la Cour des comptes en 1957, à sa sortie de l'ENA. Il avait rejoint deux ans plus tard le cabinet de Valery Giscard d'Estaing, alors secrétaire d'Etat aux Finances, puis était devenu son directeur de cabinet lorsque ce dernier était devenu ministre de l'Economie et des Finances.

Les deux hommes se séparent quand M. d'Estaing est élu président de la République en 1974 et que M. Calvet part à la BNP. Après avoir accédé à la présidence de l'établissement financier en 1979, il est évincé en 1982 par la gauche qui nationalise l'entreprise.

Homme charismatique, il aura toute sa vie été tenté par la politique, sans jamais franchir le pas.