Décès de Daniel Cordier, secrétaire de Jean Moulin et l'un des derniers compagnons de la Libération

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L'un des deux derniers compagnons de la Libération, l'ancien résistant Daniel Cordier, est décédé à l'âge de 100 ans. Durant la Seconde Guerre mondiale, il avait été le secrétaire de Jean Moulin.

Le chancelier d’honneur de l’Ordre de la Libération, Daniel Cordier, est décédé, vendredi 20 novembre, à l'âge de 100 ans. Cet ancien secrétaire de Jean Moulin était l'un des deux derniers compagnons de la Libération.

Né en 1920 à Bordeaux, il s’engage très jeune en politique au sein de l’Action française. Admirateur de Charles Maurras, il baigne dans les idées monarchistes, nationalistes et antisémites. En juin 1940, lorsque l’armée française est balayée par la Wehrmacht, il n’a pas encore 20 ans. Révolté par l’annonce de la demande d’armistice du maréchal Pétain, il décide de poursuivre le combat.

"Je suis monté en courant dans ma chambre car je ne voulais pas que mes parents me voient pleurer. Je me suis jeté sur mon lit et j’ai sangloté car pour moi, la France ne pouvait pas être battue", avait-il raconté à France 24 lors d'un entretien en décembre 2017. "Après ces larmes, j’étais décidé à faire quelque chose mais je ne savais pas quoi". Avec une quinzaine de volontaires, il embarque finalement depuis Bayonne pour l’Afrique du Nord, mais le navire est dérouté vers l’Angleterre.

Il s’engage alors avec ses camarades dans la “Légion de Gaulleˮ. "Ce qu’il faut comprendre, c’est que je suis un enfant d’anciens combattants de la guerre 14-18. Au fond, ce que nous avons voulu, c’est faire ce qu’ont fait nos parents, ni plus ni moins", décrivait-il pour expliquer son choix.

Un "courage hors pair"

Après s’être formé dans un bataillon de chasseurs, il est finalement affecté au service “Actionˮ du Bureau central de renseignements et d'action (BCRA), les services secrets de la France libre. En juillet 1942, il est finalement parachuté près de Montluçon. Quelques jours plus tard, il rencontre pour la première fois Rex, alias Jean Moulin, représentant du général de Gaulle et délégué du Comité national français, qui l'engage pour organiser son secrétariat à Lyon.

Après l'arrestation de son “patronˮ, comme il l'appelait, le 21 juin 1943, à Caluire, près de Lyon, Daniel Cordier poursuit sa mission en zone Nord. Pourchassé par la Gestapo, il s'évade par les Pyrénées. Interné en Espagne, il est de retour en Angleterre fin mai 1944, où il est nommé chef de la section des parachutages d'agents du BCRA.

La Croix de la Libération lui est décernée le 20 novembre 1944 pour le motif suivant : “Secrétaire de la délégation de mai 1942 à janvier 1944. A manifesté dans ces fonctions des qualités de dévouement et de courage hors pair. Toujours sur la brèche, il s’est au cours de cette longue mission, dépensé sans compter et n’a cessé de se signaler par son énergie tenace, son abnégation, son esprit de sacrifice et son sang-froidˮ. Pour cet ancien résistant, cette décoration a une signification particulière. C'est la seule médaille qu'il porte tous les 18 juin à l'occasion des commémorations de l'appel du général de Gaulle. " La seule chose qui a été une récompense absolue c'est d'être Compagnon de la Libération", aimait-il souligner.

"La liberté est le soleil de la vie"

Après la guerre, Daniel Cordier consacre sa vie à la peinture et commence une collection d'art contemporain. Depuis le début des années 1980, Daniel Cordier se fait historien pour défendre la mémoire de Jean Moulin. Il publie notamment en 2009 un récit autobiographique intitulé "Alias Caracalla". Pour lui, il s'agit d'un véritable devoir "envers tous les gens qui sont morts".

Sollicité régulièrement pour participer à des conférences ou à des rencontres avec les scolaires, il ne se voyait pas pour autant comme un modèle. "J'ai fait ce à quoi j'ai cru. Je me suis battu pendant toute la guerre pendant les quatre ans et demi. J'ai fait tout ce qu'on m'a demandé", résumait-il avec une grande humilité.

Soixante-quinze ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, il aimait à rappeler que "la liberté est le soleil de la vie". "Nous devons rester libres toute une existence. Personne ne peut s'autoriser à changer notre vie, à imposer une autre vision", insistait-il. "Nous nous sommes battus pour la liberté pendant presque cinq ans. Si c'était à refaire, je le referais immédiatement. C'est la seule chose de mon existence dont je suis sûr que je recommencerais tout de suite".

Un dernier Compagnon de la Libération

Peu après l'annonce de son décès, le président Emmanuel Macron a annoncé qu'un hommage national lui serait rendu. "Daniel Cordier, le résistant, le secrétaire de Jean Moulin, s'en est allé. Quand la France était en péril, lui et ses compagnons prirent tous les risques pour que la France reste la France. Nous leur devons notre liberté et notre honneur. Nous lui rendrons un hommage national", a écrit le chef de l'État sur Twitter.

Après sa disparition et celle de Pierre Simonet survenu le 5 novembre, il ne reste plus qu'un seul compagnon de la Libération encore en vie, Hubert Germain, âgé lui aussi de 100 ans. Quelque 1 038 personnes, dont six femmes, se sont vu attribuer ce titre de compagnon de la Libération, ainsi que 18 unités militaires et cinq communes françaises : Nantes, Grenoble, Paris, le village martyr de Vassieux-en-Vercors et l'Île de Sein.

Il est prévu que le dernier des compagnons qui décèdera sera inhumé au Mont-Valérien, le principal lieu d'exécution de résistants et d'otages par l'armée allemande durant la Seconde Guerre mondiale. Charles de Gaulle y a inauguré en 1960 le Mémorial de la France combattante.