Pour débuter 2021: un concert de Jean-Michel Jarre dans une Notre-Dame de Paris virtuelle

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Le soir du 31 décembre 2020, le musicien électro Jean-Michel Jarre donnera un concert virtuel, dans une cathédrale Notre-Dame reconstituée. Alors qu' il jouera d'un studio parisien, c'est son avatar que verront les spectateurs, c'est à dire son incarnation numérique. Cette prestation de 45 minutes sera composée de morceaux de son récent album Électronica, ainsi que de nouvelles versions remixées de ses classiques, « Oxygène » et « Équinoxe ». Des projections et des lasers accompagneront ce spectacle baptisé, « Welcome to the other side » qui débutera à 23 h 25 heure de Paris (22h 25 TU).

RFI : Comment est née l’idée de ce show ultra technique auquel on va assister le 31 décembre ?

Jean-Michel Jarre : L’idée de ce concert est venue en parlant avec Anne Hidalgo, la maire de Paris, On s'est dit qu'il ne fallait pas baisser les bras pour la fin de l’année et qu'il fallait essayer de créer quelque chose. L’idée était de faire ce concert de manière virtuelle pour respecter le confinement et le couvre-feu. Il était donc nécessaire d’innover, de mettre en avant à la fois un savoir-faire français et européen, puis d'inviter le monde entier au cœur de Paris en faisant un concert virtuel dans une Notre-Dame virtuelle. L'idée était en même temps de rendre hommage à une cathédrale qui a été affaiblie comme nous. C'est un joyau du patrimoine mondial qui nous relie les uns aux autres. Envoyer ce message d’espoir festif c’est important en ce moment où tant de manifestations culturelles sont annulées. Cela permet aussi de pouvoir faire travailler 150 personnes qui sont sur ce projet depuis trois mois : techniciens, artistes. C'est un travail collectif qui permet de présenter quelque chose d’innovant, de différent. Comme au judo, transformer les faiblesses en force, si on peut dire.

Comment cela va-t-il se passer ? Vous ne serez pas physiquement à Notre-Dame ?

Je serai physiquement en direct d’un studio à Paris, et via mon avatar, dans la cathédrale virtuelle. J’ai des capteurs sur moi un peu comme dans le film Matrix, et on me verra dans cette cathédrale virtuelle. Donc, les gens qui ont des lunettes virtuelles, plusieurs dizaines de millions dans le monde en ont déjà, auront aussi la possibilité de partager le concert en direct de cette manière-là.

L’idée, c’est de permettre à tous ceux qui sont très loin, qui sont très isolés de pouvoir être présents et de pouvoir participer à ce concert ?

Oui, Il y a un rôle social dans la réalité virtuelle qui, moi, m’intéresse beaucoup. C’est justement de pouvoir arriver à faire en sorte que les gens qui sont isolés géographiquement et socialement puissent partager une manifestation culturelle, que ce soit un concert, que ce soit un opéra, que ce soit une visite de musée. Et je pense que c’est un mode d’expression en soi dont non seulement, il ne faut pas avoir peur, mais qu’il faut encourager. La période actuelle joue comme une sorte d’accélérateur : il s'agit de s’habituer à recevoir des créations qui sont des créations qui viennent du monde numérique et qui, en aucun cas ne sont là pour remplacer le spectacle physique,avec le plaisir d’être épaule contre épaule pour partager un moment de concert, d’opéra, de théâtre...C'est un moment qui vient en plus, comme une alternative, et qui va donner naissance à de nouveaux métiers pour des techniciens, pour des artistes qui vont créer de nouvelles manières. Cette période aura peut-être pu jouer un rôle d’accélérateur dans ce domaine.

Vous repoussez toujours les limites de la technique, du spectaculaire aussi. Qu’est-ce qui vous pousse comme ça toujours à explorer plus loin ?

Je pense que c’est simplement la curiosité. Je pense aussi que je suis resté un sale gosse, c’est-à-dire que je suis toujours à la recherche de choses qui m’étonnent moi-même déjà, avant tout. Il ne s'agit pas de battre des records ou de faire quoi que ce soit de ce genre. Instinctivement, je pense que c’est au fond, dans l’ADN d’un artiste d’explorer, d’essayer de découvrir des choses différentes, de se renouveler soi-même, même si au bout du compte comme me disait Fellini, que j’ai rencontré à la fin de sa vie, on fait toujours le même film, on fait toujours la même musique, on fait toujours le même livre, on décline son propre ADN, son propre univers, mais avec des outils différents. Et c’est cela, en tout cas, qui me fait avancer et qui fait avancer un certain nombre de mes collègues également.

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