Le débat sur le "minimum jeunesse" tourne court à l'Assemblée, la gauche s'insurge

Par Jules Pecnard avec AFP
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Le député PS des Landes Boris Vallaud, le 21 mars 2020 à l'Assemblée nationale - AFP / Ludovic Marin
Le député PS des Landes Boris Vallaud, le 21 mars 2020 à l'Assemblée nationale - AFP / Ludovic Marin

"Vieille lune hamoniste" ou "effort" de solidarité nécessaire pour hisser la jeunesse hors des difficultés liées à la crise du Covid-19? Ce jeudi matin à l'Assemblée nationale, le débat autour du "minimum jeunesse" défendu par les socialistes a tourné très court. La proposition de loi déposée par le groupe PS à l'occasion de sa niche parlementaire, rejetée par la majorité, a été retirée très tôt dans les débats.

Le texte visait à mettre en place une "aide individuelle à l'émancipation solidaire", ou Ailes. Un dispositif issu d'une consultation citoyenne lancée en novembre 2020 sur la plateforme numérique "Parlement & Citoyens". Il serait adossé à la Garantie jeunes, dispositif plus restrictif, mis en place sous François Hollande et prolongé par Emmanuel Macron.

"Ils n'écoutent personne"

Selon Boris Vallaud et Hervé Saulignac, qui ont porté la proposition socialiste, ce "minimum jeunesse" marche sur deux jambes: un revenu de base pour tous dès 18 ans de 564 euros, et une dotation sur un compte personnel d'activité de 5000 euros pour tout projet de formation, de mobilité ou d'entrepreneuriat.

Face aux rebuffades du groupe La République en marche et du gouvernement sur le texte, les députés PS ont proposé "un amendement de compromis républicain" pour ouvrir de manière temporaire, le temps de la crise, le droit au RSA dès 18 ans. Après s'être fait à nouveau retoquer cette suggestion, Boris Vallaud a finalement choisi de retirer l'ensemble de la proposition de la loi. Point final des discussions.

"On s'est pas fait élire sur la promesse d'écouter tout le monde. Eux, oui. Et ils n'écoutent personne", s'agace le député des Landes auprès de BFMTV.com.

Un conseiller du groupe LaREM nous rappelle de son côté qu'en tant que secrétaire général adjoint de l'Elysée sous François Hollande, Boris Vallaud a suivi la mise en place de la Garantie jeunes.

"C'est quelque chose qui a marché et on a repris le dispositif pour 200.000 jeunes en le réservant aux NEETs (jeunes sans formation, ni diplôme, ni travail, NDLR). Le truc du PS, pour résumer, c'est un RSA Jeunes, qui par définition serait destiné à tout le monde, mais sans accompagnement derrière. Ils auraient pu nous suivre, mais ils ont préféré défendre leur truc", soupire cette source parlementaire auprès de BFMTV.com

"Donner des perspectives"

Les socialistes "confondent l'hémicycle avec une salle de conférence de presse", a raillé auprès de l'AFP la marcheuse Monique Iborra. Pointant du doigt le "trop" grand nombre de textes déposés dans la "niche", elle a estimé "scandaleux" de retirer le texte, une situation "inédite" selon elle.

Au cours de débats souvent crispés, Boris Vallaud avait préalablement appelé l'Assemblée à faire fi d'un "truisme si souvent partagé: la jeunesse doit en baver et ses devoirs passent avant ses droits". "Votre philosophie est diamétralement opposée à la nôtre", a répondu Brigitte Klinkert, ministre déléguée à l'Insertion:

"Mon ambition pour les jeunes, ce n'est pas d'être allocataire, (...) la réponse de l'État est de donner des perspectives."

Coût budgétaire

Appuyée par les "marcheurs", la ministre a mis en avant les mesures prises par le gouvernement: dispositif "Un jeune, une solution", repas à un euro dans les restaurants universitaires, etc.

Pour le MoDem, Michèle de Vaucouleurs s'est en outre inquiétée du coût budgétaire du dispositif des socialistes, évalué à 21 milliards par an. L'ensemble de la majorité n'était cependant pas sur la même longueur d'ondes puisque Valérie Petit du groupe Agir a apporté un soutien appuyé aux initiatives socialistes.

Les ex-députés LaREM Aurélien Taché et Emilie Cariou, co-présidents du parti Les Nouveaux Démocrates, rattachés financièrement à Europe Écologie-Les Verts, viennent de déposer une proposition de loi pour la création d'une "allocation d'émancipation de la jeunesse" au niveau du seuil de pauvreté. N'appartenant toutefois à aucun groupe parlementaire, les deux élus n'ont aucune chance de voir leur proposition inscrite à l'ordre du jour d'une séance.

De son côté, la maire Les Républicains du VIIe arrondissement de Paris Rachida Dati a demandé à Emmanuel Macron un "revenu minimum" pour les étudiants précaires.

En décembre, le Conseil économique, social et environnemental (Cese) avait lui demandé un accès aux minima sociaux pour les 18-25 ans, quel qu'en soit le mécanisme.

Article original publié sur BFMTV.com