Débat Macron-Le Pen: «Marine Le Pen a donné l’impression de retenir ses coups»

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Au lendemain d'un débat musclé, où les deux finalistes de l'élection présidentielle, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, se sont affrontés sur le terrain des idées, RFI a interrogé Adrien Broche, consultant opinion au cabinet d’études et de sondages Viavoice. Est-ce que le débat télévisé du 20 avril va changer quoi que ce soit aux choix des électeurs ?

RFI : Est-ce qu’il y a un gagnant à l’issue de ce débat ?

Adrien Broche : C’est une question un petit peu difficile à laquelle répondre. Je pense qu’il fallait regarder ce débat et tout le monde l’a fait ainsi, avec, en tête, le débat de 2017.

Il fallait se souvenir du débat d’il y a cinq ans et faire le comparatif…

Exactement. C’est un petit peu la difficulté qu’il y avait pour l’un et l’autre, et évidemment notamment pour Marine Le Pen. Force est de constater que de ce point de vue-là, Marine Le Pen a eu du mal à s’en détacher. Elle a été presque comme hantée par moment par ce débat de 2017, à la fois sur le fond avec un certain nombre de procès. C’est ce procès en incompétence évidemment qui lui a beaucoup été fait depuis 2017, qu’elle n’a pas totalement réglé visiblement. Et sur la forme, puisqu’elle a constamment donné l’impression d’être sur la retenue, de retenir ses coups si on suit la métaphore du match de boxe qui a laissé Emmanuel Macron prendre la place, prendre l’espace, et du coup occuper ce débat. Donc, de ce point de vue-là, je pense qu’on peut dire qu’Emmanuel Macron a pris l’avantage.

Effectivement, on l’a vue presque muette à certains moments. La candidate qui encaissait, subissait les attaques. Cela a été très net concernant les liens avec la Russie et les liens avec les banques russes…

Tout à fait. Elle a presque été poussée dans les cordes, parfois sans répartie ou alors la répartie tombait un petit peu à plat. Emmanuel Macron, lui, jusque dans ses postures, très au fond de son fauteuil, qui rappelait les grands débats entre Giscard d’Estaing et François Mitterrand.... Ce qui n’est plus tellement la manière en communication politique dont on a d’appréhender aujourd’hui les débats. Mais il s’est joué de cette position-là.

Une attitude physique qui a été très relevée sur les réseaux sociaux. On a parlé d’arrogance, de suffisance. Est-ce que tout cela peut jouer des tours à Emmanuel Macron ?

Les débats d'entre-deux-tours, c’est quand même surtout ça, c’est une manière de jouer sur vos traits d’image. Effectivement, vous parliez d’arrogance. À Viavoice, on a réalisé une étude ce week-end sur justement les traits caractéristiques. Qu’est-ce qui nous ressortait de cette étude en quelques mots : Emmanuel Macron apparaissait plus présidentiable, plus compétent, plus démocrate, moins inquiétant, mais moins honnête et moins proche des Français que Marine Le Pen. Est-ce que si on prend un par un, mais pour aller très vite, ces différents traits d’image quelque chose peut changer ? Présidentiable, visiblement Emmanuel Macron va le rester, quitte à avoir sur joué un petit peu une sorte d’arrogance ; compétent aussi, pas de souci de ce point de vue-là ; démocrate, je pense que l’écart était faible mais il va le conserver ; moins inquiétant, à peu près pareil ; sur l’honnêteté et la proximité des Français, je pense que c’est là que ça peut se jouer. Est-ce qu’Emmanuel Macron a réussi à rattraper son retard sur cette proximité des Français qu’il a par rapport à Marine Le Pen. Je pense en tout cas que c’était un objectif pour lui. On l’a vu notamment dans cette manière qu’il avait de renverser un certain nombre de choses, de parler du plateau aux journalistes, et à Marine Le Pen. Nous quatre. Nous quatre nous sommes dans cette situation-là.

Nous quatre nous sommes des privilégiés…

Exactement, nous quatre nous sommes des privilégiés. Donc, c’est moi d’une certaine manière qui connaît le mieux cette réalité peuple élite. En tout cas, je l’assume. Et ça, c’était aussi extrêmement habile et je pense que Marine Le Pen n’a pas totalement réussi à sortir de ce piège-là qui lui a été tendu.

Il y avait un décalage aussi peut-être, nous qui avons tous regardé le débat, entre les chiffres qu’avançait Emmanuel Macron, les chiffres qui étaient censés être le réel et la perception du réel, et le ressenti que semblait défendre de son côté Marine Le Pen ?

Oui, tout à fait. Là aussi, deux choses. Tout d’abord, la question de la compétence. Encore une fois, sur cet enjeu des chiffres, Emmanuel Macron sait que c’est son point fort. Marine Le Pen sait que c’est son point faible. Et tous les deux appuient dessus. Emmanuel Macron évidemment sait qu’en allant sur ce terrain-là, il aura toujours une sorte d’ascendant face à Marie Le Pen par habitude, mais aussi peut-être par ses qualités personnelles qui fait qu’il est plus à l’aise de manière générale avec cela. Et Marine Le Pen bataille toujours, quitte à effectivement s’opposer et faire des erreurs tout simplement, quitte à être approximative sur un chiffre. Le problème, c’est que quand cela arrive une fois, ce n’est pas tellement un souci. Mais quand ça arrive plusieurs fois, et qu’à nouveau, elle ne se sort pas de ce face-à-face et de cet espace quasiment professoral que lui impose Emmanuel Macron, ça peut lui poser un problème. Effectivement, comme vous le disiez, il y a ce deuxième aspect, il y a l’aspect du réel, l’aspect de perception du réel-réalité. Là aussi, il y avait un parti-pris d’Emmanuel Macron, qui était une sorte d’inversion de la charge du bilan ou bien renvoyer aussi Marine Le Pen à ses votes, d’inversion de la charge du réel : « C’est moi qui connais le réel, je l’ai connu pendant cinq ans, j’ai fait plus de 600 déplacements ». Effectivement, on a joué aussi là-dessus et je pense qu’il avait bien anticipé ces angles-là.

Est-ce que ce débat change quoi que ce soit à l’issue du vote ? D’après les sondages : victoire d’Emmanuel Macron avec 54 à 56% des voix dimanche 24 avril ?

De manière générale, est-ce qu’un débat change quelque chose ? En général, assez peu. Qu’est-ce que ça a comme impact en général un débat d’entre-deux-tours ? Ça cristallise des positions électorales qui étaient déjà anticipées. Cela convainc les convaincus. En réalité, assez peu de personnes hésitent entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. En revanche, pour les gens qui sont plutôt hésitants, indécis entre l’abstention, le vote blanc, ou l’un des deux candidats, est-ce que cela va amener ces candidats-là aux urnes ? C’est assez difficile de le dire. À titre personnel, je ne le pense pas nécessairement.

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