Le curling pose une pierre au Nigeria et cible l’Afrique

La Fédération nigériane de curling (NCF) a lancé la construction d’un centre dédié, à Calabar, au sud du pays. Avec cette toute première infrastructure sur le continent, la NCF compte bien promouvoir la pratique de ce sport de glace au Nigeria et dans le reste de l’Afrique.

Au Nigeria, pays de 200 millions d’habitants, on ne jure que par le football et quelques rares autres disciplines (basket-ball, athlétisme, tennis de table…). Pourtant, il a suffi de la passion d’une fillette pour que le curling, sport de glace, trouve sa place dans le paysage local. Et plus précisément à Calabar, sur la côte sud, où la Fédération nigériane (NCF), créée en 2017 et affiliée à la Fédération internationale (World Curling) en 2018, vient de lancer les travaux d’un complexe censés s’achever fin 2021, si tout va bien.

Damola Daniel, le président de la NCF et patron de ce projet très ambitieux, financé en partie à l’aide de donations, raconte : « La Fédération de curling du Nigeria a été créée à la demande de Mlle Sheila Daniel en 2017, alors âgée de 12 ans. Elle est allée voir son père et sa mère, M. Daniel et Mme H.Daniel, et elle a dit : "S'il vous plaît, est-ce que vous pourriez tous les deux venir me regarder jouer au curling ? Si vous trouvez ça intéressant, s’il vous plait, faîtes venir ce sport au Nigeria" ».

Premier pays africain affilié à la Fédération internationale

Visiblement, les parents de Sheila ont été convaincus. Au point de mobiliser leur entreprise spécialisée dans le management du sport. Celle-ci a en effet réussi, en l’espace de quelques mois, à remplir les conditions requises pour devenir le tout premier pays africain affilié parmi la soixantaine de membres de World Curling.

De quoi ravir la présidente de l’instance mondiale, Kate Caithness. « Disposer d’une infrastructure dédiée au curling sur glace est une première étape fondamentale pour que les pays développent le curling, explique la dirigeante écossaise. Bien qu'il ne soit devenu membre qu'en 2018, le Nigeria a entamé ce processus, ce qui montre sa passion pour ce sport et pour son développement. Non seulement dans son propre pays, mais pour montrer la voie à toutes les autres nations africaines ». La patronne de World Curling ajoute : « La passion manifestée par le Nigeria a déjà incité d'autres pays africains à devenir membres. Nous avons déjà deux autres demandes d'adhésion [Gambie et Kenya, Ndlr] ». Le Nigeria aiderait également le Ghana et le Sénégal à créer leur propre fédération.

Cet intérêt en Afrique de l’Ouest pour une discipline, certes olympique mais peu médiatisée, peut étonner. Cependant, pour Jean-Pierre Bauduin, créateur et animateur du site spécialisé France Curling, il n’y a aucune raison de ne pas le prendre au sérieux. « World Curling va tout faire pour promouvoir le curling au Nigeria et en Afrique en général. Nous avons déjà eu des exemples similaires avec le Brésil et le Mexique, explique-t-il. Le curling dans les pays chauds peut surprendre, mais c'est ce qui fait son charme. Au Brésil, rien que marcher sur la glace est déjà une expérience ! » Et d’ajouter : « Le projet du Nigéria est valable. Il va faire parler du pays et les Nigérians n'ont pas à avoir honte à se présenter aux compétitions internationales, même si la première équipe est plus canadienne que nigériane. »

Développer la pratique locale

En 2019, le duo composé de Tijani Cole et Susana Cole avait battu la France lors des Championnats du monde de double mixte. Pour l’heure, le Nigeria s’appuie en partie sur certains athlètes et entraîneurs naturalisés. Mais, avec l’ouverture du centre de Calabar, le curling devrait passer à la vitesse supérieure au Nigeria.

C’est en tout cas ce que veut croire, Damola Daniel. « Le curling est désormais un sport qui se développe rapidement au Nigeria, assure-t-il. Nous nous sommes embarqués dans ce projet d’avoir notre propre arena, parce que nous utilisions le curling sur parquet pour développer notre discipline. Chaque jour, nous enregistrons des centaines d’inscriptions. […] Ça prouve que ce sport est bien accueilli par les Nigérians ». Et de conclure : « Cette installation offrira de nombreuses opportunités à tous ceux qui, à partir de l'âge de 5 ans, souhaitent faire carrière dans le sport de glace sur un continent qui n'est justement pas, traditionnellement, enclin aux sports de glace. »