Cure d'austérité forcée pour la diplomatie israélienne

C’est un nouvel épisode qui illustre les restrictions financières imposées aux représentations diplomatiques israéliennes à l’étranger. Le gouvernement israélien a adopté un plan permettant aux ambassades et consulats de lever des fonds privés pour l’organisation de réceptions officielles.

Le projet a été adopté par le Conseil des ministres dimanche dernier. Les diplomates israéliens seront désormais autorisés à accepter des financements extérieurs pour l’organisation de réceptions, comme pour la fête nationale célébrant la déclaration d’indépendance du pays ou « des moments importants dans les relations internationales du pays ».

Cette pratique sera toutefois encadrée afin qu’elle réponde à des critères éthiques. Le ministère des Affaires étrangères va mettre en place un comité chargé d’examiner ces dons et de déterminer s’ils peuvent être acceptés. Les dons seront sans contrepartie. Ils ne pourront pas venir d’entreprises et un donateur ne pourra contribuer qu’à hauteur de 100 000 shekels, soit environ 25 000 euros, par an. Sa participation ne pourra représenter plus de 25% du budget d’un événement.

Un plan dénoncé par les diplomates

Ce plan a été reçu très froidement par les diplomates israéliens et le syndicat des salariés du ministère des Affaires étrangères a rapidement dénoncé ce plan. « Devrons-nous aussi lever des fonds pour les cérémonies du Jour du souvenir de la Shoah ? C’est une honte ! » a-t-il écrit sur Twitter demandant à Benyamin Netanyahu d’intervenir de manière urgente afin de résoudre cette crise financière.

Il voit dans ce plan une façon d’ajouter du travail aux diplomates alors, dit-il, que leurs rémunérations sont en baisse. En octobre, il avait lancé un mouvement de grève entraînant la fermeture des ambassades et consulats pour protester contre une nouvelle mesure du ministère des Finances prévoyant notamment de taxer leurs remboursements de frais.

Un « vendetta » personnelle de Netanyahu ?

Mais depuis l’arrivée de Benyamin Netanyahu au pouvoir, le syndicat dénonce régulièrement la dégradation des conditions de travail des diplomates. Des mouvements de grève avaient déjà eu lieu en 2011 et 2014. Et le contrôleur d’État est venu apporter de l’eau au moulin des diplomates. Un rapport publié en avril dernier dénonçait des conditions de vie insalubres dans certains cas. Il relevait ainsi que l’ambassadeur au Nigeria se plaignait de la présence de rats et de poux dans sa résidence officielle.

La diplomatie est pourtant l’un des domaines préférés de Benyamin Netanyahu. Le Premier ministre sortant a obtenu de nombreux succès diplomatiques : la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par les États-Unis, le rapprochement avec des pays musulmans, dans le monde arabe mais aussi en Afrique, et il en fait un argument de campagne.

Une volonté de casser le ministère ?

Mais le journal en ligne Times of Israël soulignait en octobre dernier qu’au cours des 20 dernières années, les budgets de tous les ministères avaient doublé sauf celui des Affaires étrangères qui a – au contraire - diminué, souligne le site d’information. Son budget est aujourd’hui de moins de 340 millions d’euros.

D’anciens et d’actuels diplomates y voient une volonté du chef du gouvernement de casser le ministère. Un certain nombre de ses prérogatives ont été transférées au bureau du Premier ministre directement ou à d’autres ministères. Dans un éditorial publié cette semaine, le journal Jerusalem Post y voit une « vendetta » personnelle de Benyamin Netanyahu contre un ministère considéré comme étant à gauche. Et le quotidien, pourtant considéré de droite, appelle à un changement de politique. « Nous avons besoin d’un ministère des Affaires étrangères fort maintenant », conclut-il.