Retour éphémère au cinéma le temps d'une séance dans une vingtaine de salles en France

"Ça me manque beaucoup le cinéma" : le cinéma d'art et d'essai Le Bretagne, à Saint-Renan (Finistère), a accueilli dimanche 14 mars des spectateurs avides d'évasion le temps d'une séance marquant l'anniversaire de la première fermeture des cinémas en raison de l'épidémie de Covid-19. Cette opération s'est déroulée dans une vingtaine de salles en France."Toute une expérience" "Le cinéma sur son canapé c'est bien, mais dans une salle c'est une toute autre expérience", se réjouit Lucille Quenhervé, peu avant d'assister à la première projection de la journée dans le cinéma de la petite ville de 8 000 habitants située à une quinzaine de kilomètres de Brest. "Ça me manque beaucoup le cinéma, je comprends qu'il y ait des choix qui doivent être faits mais je trouve difficile que les salles de cinéma, où on ne bouge pas, où il n'y a pas de brassage, soient fermées", poursuit cette femme, médecin de profession, venue voir Il mio corpo, un film de Michele Pennetta qui met en parallèle la vie en Sicile de deux frères rêvant d'un autre destin et celle de deux jeunes migrants partageant les mêmes espoirs d'une vie meilleure. "C'est important pour moi de pouvoir avoir une vie en dehors du travail, de pouvoir avoir des loisirs", souligne pour sa part Stéphanie Louboutin, au moment de franchir la porte d'entrée de ce cinéma associatif qui a enregistré une cinquantaine d'inscriptions à la séance. "J'enseigne dans des classes où il y a 35, 36 élèves et a priori ça ne pose pas de problème et là on est dans un cinéma où on est très espacés et ça poserait problème ?", s'interroge cette cinéphile habitant dans la petite ville connue pour son grand marché du samedi matin. Un "acte militant" Le cinéma Le Bretagne a répondu, comme une vingtaine d'autres en France, à un appel national pour protester contre la fermeture des salles lancé par le Groupement national des cinémas de recherche (GNCR) et l'Association du cinéma indépendant pour sa diffusion (Acid). "Ce week-end, cela fera un an que toutes les salles de cinéma ont fermé leurs portes pour la première fois et ont, depuis, cumulé 244 jours de fermeture", annonce aux spectateurs avant la projection Céline Michell, présidente de l'association Le Bretagne. "Parce que nous croyons à notre mission d'intérêt général, nous faisons le choix de vous ouvrir nos portes", poursuit-elle, avant d'être applaudie par le public masqué et séparé d'au moins deux sièges entre chaque groupe. "On organise aujourd'hui des séances un peu spéciales, des séances professionnelles qui servent un peu à tester les films qui ne sont pas encore sortis", explique à l'AFP Maxime Iffour, seul salarié de ce cinéma associatif classé "Art et essai". "C'est un acte un peu militant pour montrer qu'on est capable d'accueillir des personnes de manière sécurisée", souligne le programmateur de la salle, disant ne pas comprendre "le refus obstiné du gouvernement de répondre" aux attentes des salles obscures. Questionnaire "Ce sont des séances privées qui accueillent du public, c'est la manière de se mettre dans un cadre qui soit le plus légal possible", note auprès de l'AFP le réalisateur Clément Schneider, co-président de l'Acid. Des films inédits sont ainsi montrés à des spectateurs inscrits au préalable via internet. Au terme de la séance, gratuite, le public est invité à remplir un questionnaire censé permettre aux distributeurs de préparer la sortie des films. "La lumière qui s'éteint, l'écran qui s'allume, voir un film en vrai et non plus dans un minuscule écran, ça c'est un grand, grand plaisir pour moi", avoue Irène Ménat en prenant place dans la salle de 300 places, laissant entrevoir derrière son masque un large sourire.