Cuisine et indépendance

Libération.fr

La revue «Actes de la recherche en sciences sociales» consacre un dossier aux classes sociales au foyer. Quand le chez-soi constitue un abri contre rapports de domination et confrontations.

Où va se nicher la sociologie ? Au fond des canettes d’un pack de bière ou à la place de la télé dans le salon ? Prenez la recherche de Pierre Gilbert sur un dispositif architectural qu’on n’aurait pas imaginé si riche d’enseignements : la cuisine ouverte. Le sociologue a étudié comment l’arrivée de la cuisine donnant sur séjour dans les HLM des Minguettes a ébranlé le mode de vie de certains de leurs habitants. Son étude est résumée dans le dernier numéro de la revue bourdieusienne Actes de la recherche en sciences sociales, consacré à la question des «Classes sociales au foyer». Qui, des sœurs ou des frères, débarrasse la table dans les familles nombreuses ? Comment la décoration des fermes d’agriculteurs céréaliers évolue-t-elle au gré de leur embourgeoisement ?

Mais revenons au débarquement de la cuisine américaine aux Minguettes. A l’origine, l’introduction de ce type de cuisine dans les nouveaux HLM de ce quartier populaire de la banlieue lyonnaise partait d’une bonne intention. Les concepteurs de la rénovation urbaine voulaient moderniser l’habitat, le déstigmatiser en quelque sorte, en adoptant un élément prisé depuis les années 70 parmi les classes moyennes et supérieures (de manière moins généreuse, il s’agissait aussi de gagner quelques mètres carrés). Idée bien «ethnocentrique», comme le note Gilbert. A la grande surprise des agents de la rénovation urbaine, beaucoup de ménages ont refusé d’emménager dans ces appartements, préférant encore vivre dans des tours plus dégradées. Bien souvent, la fameuse cuisine était mentionnée dans les causes du refus. «La cloison qui sépare la cuisine du salon assure une fonction sociale importante, qui met en jeu la possibilité de maintien des styles de vie populaires», analyse le chercheur.

Depuis les années 80, la cuisine ouverte se (...)

Lire la suite sur Liberation.fr

Le café de Sevran ou le retour de «Papy Voise»
Contre le racisme et l'Etat policier
La gauche doit oublier tout populisme
Fillon ou le syndrome de la tortue verte
Philippe Grimbert : «Allier la parole de l’analysant à celle de l’analysé est une aventure inédite»

En utilisant Yahoo vous acceptez les cookies de Yahoo/ses partenaires aux fins de personnalisation et autres usages