Cuba entame la réforme risquée de son système à deux monnaies

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L’unification monétaire entre en vigueur à Cuba à partir de ce 1er janvier 2021. Deux monnaies sont en circulation sur l’île depuis plus de 20 ans, mais d’ici six mois il ne restera que le peso cubain. L’abandon du système à deux monnaies n’est pas sans risque et laisse craindre une forte inflation, alors que Cuba traverse une crise économique sans précédent.

Avec notre correspondante à La Havane, Domitille Piron

Nécessité fait loi ! C’est ainsi que les Cubains expliquent qu’après plus de dix ans de débats sur l’indispensable réforme de l’unification monétaire, elle soit mise en place aujourd’hui, dans un contexte économique des plus difficiles pour Cuba.

Mais ce système à deux monnaies permettait jusqu’alors aux entreprises d’État d’importer à un taux de change préférentiel. Alors les Cubains comme Pepe, qui ne veut pas donner son nom, craignent une forte inflation : « Moi je suis à la retraite, mais je suis en train de travailler parce que je dois être prévoyant, confie-t-il, inquiet. Parce qu’il y aura des changements de prix, l’élimination de certaines subventions, donc j’ai la sensation qu’il vaut mieux être prévoyant si on veut s’en sortir ! »

Durant les six prochains mois, le CUC, le peso convertible, va donc disparaître, pour laisser place au seul peso cubain, dont le taux a été fixé à 24 fois 1 dollar.

Le prix du pain multiplié par 20

Et une série de réformes comme la hausse des salaires d’État et la disparition à terme du carnet d’approvisionnement sera mise en place. Mais si les salaires sont multipliés par cinq, le prix du pain lui, par exemple, est multiplié par 20.

Pour les travailleurs du secteur privé, comme José Abreu, l’inquiétude est moindre car il pourra répercuter cette inflation sur la hausse de ses tarifs, même si le gouvernement a fixé une limite de hausse de 300% : « C’était compliqué de vivre avec deux monnaies, résume José Abreu, donc je crois que l’unification est une bonne chose pour le pays. Si le gouvernement prend ces mesures là, c’est pour le bien de tous, parce qu’il faut que l’économie s’améliore et je crois que ça va s’améliorer. »

Cuba entre donc en 2021 avec une réforme d’ampleur et à risque, qui ne rassure personne, mais qui était devenu indispensable.