Croatie: le social-démocrate Zoran Milanovic élu contre la présidente sortante

En Croatie, le social-démocrate Zoran Milanovic a été élu dimanche 5 janvier président de la République. Avec 52,7% des suffrages contre 47,3%, il l'a emporté face à la présidente conservatrice sortante, Kolinda Grabar Kitarovic.

Sans succès, Kolinda Grabar Kitarovic a tenté dans cette campagne de rassembler derrière elle les voix de l'extrême droite, arrivée en 3e position avec un quart des suffrages. La Croatie ne fait en effet pas exception à la tendance européenne générale : cette élection présidentielle s'est déroulée sur fond de montée du populisme et de l'extrême droite, et dans paysage politique morcelé.

Mais la très conservatrice présidente sortante n'a pas réussi, malgré un durcissement du ton de sa campagne. Un échec qui s'explique de plusieurs façons, selon le spécialiste Jospeh Krulic. Ces voix contestataires sont très disparates. Parmi les électeurs courtisés par Kolinda Grabar Kitarovic, il y a ceux d'extrême droite, qui ont été séduits par des arguments ultra-nationalistes et anti-immigration. Mais beaucoup sont simplement anti-système et issus des classes défavorisées.

Parmi ces derniers, beaucoup ont pu s'abstenir ou soutenir le candidat social-démocrate, les résultats affinés du scrutin le diront. Fille de boucher, Kolinda Grabar Kitarovic a certes mis en avant ses origines populaires, qui avaient joué en sa faveur il y a cinq ans, mais la présidente de la République, par définition membre de l’establishment, a depuis éclipsé quelque peu la femme du peuple.

Enfin, le second tour n'a pas effacé ses erreurs de campagne, la promesse de salaires mirobolants huit fois le niveau du revenu moyen actuel, ou encore le soutien reçu d'une militante nationaliste qui a purgé 13 ans de prison pour détournement d'avion pendant la lutte pour l'indépendance.

Un social-démocrate à la tête de l'État

Dès le premier tour, Kolinda Grabar-Kitarovic a eu très chaud, obtenant 26,6% des suffrages, soit seulement deux points de plus que Miroslav Skoro, un artiste populaire des années 1990, qui se définit lui-même comme « chanteur patriote ». Sans étiquette, c'est lui qui avait obtenu le soutien de la plupart des formations d’extrême droite, avec des promesses telles que déployer l'armée à la frontière pour empêcher les migrants de passer.

Rapidement après l’annonce des résultats du premier tour, Kolinda Grabar-Kitarovic avait déclaré que Miroslav Skoro avait en réalité joué le rôle de « co-candidat » pendant la campagne, appelant à un rassemblement derrière elle.

La fonction présidentielle en Croatie est surtout honorifique, mais cette défaite de la chef de l’État sortante, soutenue par le HDZ, complique les choses pour ce parti, qui domine la vie politique depuis le début des années 1990. C'est aussi de mauvais augure pour le Premier ministre modéré Andrej Plenkovic, alors que les prochaines législatives doivent se tenir avant la fin de l’année.

À gauche, l’électorat s'est donc rassemblé autour de Zoran Milanovic, un ancien diplomate et ancien Premier ministre. Durant son mandat à la tête du gouvernement, entre 2011 et 2016, il avait déçu une bonne partie des Croates pour n’avoir pas su mettre fin à la corruption ambiante ni développer l'économie.