A la Une: En Croatie, de la haine virtuelle au passage à l'acte terroriste

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Une revue de presse présentée en partenariat avec le Courrier des Balkans.

En Croatie aussi, l'actualité de ces derniers jours a été marquée par le passage à l'acte terroriste d'un jeune homme de 22 ans. Le 12 octobre, Daniel Bezuk s'est présenté devant le siège du gouvernement, dans la capitale Zagreb, armé d'une mitraillette et a ouvert le feu, blessant un policier avant de mettre fin à ses jours. Il avait grandi dans un milieu catholique nationaliste, dominé par la haine contre la minorité serbe orthodoxe de Croatie et les « traîtres ».

Cet attentat fait écho à celui commis en France contre le professeur Samuel Paty. Dans les Balkans, où vit une importante minorité musulmane, aucune action terroriste islamiste n'a été enregistrée depuis plusieurs années, malgré la circulation massive d'armes illégales. Dans ces territoires paupérisées par trois décennies de transition néo-libérales, cela n'empêche pas de craindre l'émergence de mouvements fondamentalistes. Pour en savoir plus, retrouvez le dossier : « Islam des Balkans : une tradition de tolérance menacée ? ».

De l'autre côté du Danube, à l'Est, l'extrême-droite serbe fait elle aussi parler d'elle. Jeudi 22 octobre, plusieurs groupes militants ont manifesté contre la tenue du festival Mirëdita, dobar dan (bonjour, en albanais et en serbe), un rendez-vous qui promeut depuis 2014 le rapprochement culturel entre le Kosovo et la Serbie. La police anti-émeute a dû être déployée.

Une semaine plus tôt, des hooligans avaient mis à sac l'exposition d'un collectif de bande dessinée « underground » des années 1990 après avoir menacé de mort les organisateurs. Au lieu de défendre fermement la liberté d'expression, le ministère serbe de la Culture a préféré renvoyer dos-à-dos les hooligans et les artistes, expliquant qu'exposer « un contenu immoral provoque à juste titre des réactions négatives du public » et critiquant cet « art dégénéré ». « Depuis [les Nazis à] Munich en 1937, aucun ministère de la Culture dans le monde n’avait osé parler d’art dégénéré », se sont indignés les associations d'artistes.

La responsable du ministère de la Culture chargée de la création contemporaine en a ensuite remis une couche, arguant que pour avoir un soutien institutionnelle, les artistes serbes feraient mieux de consacrer leurs travaux au « génocide commis contre le peuple serbe au XXe siècle en Bosnie Herzégovine, en Croatie et au Kosovo ». Or, seuls quelques cercles nationalistes serbes évoquent l'existence d'un tel « génocide ».

Cette polémique a en tout cas éclipsé le report de l'annonce de la formation du nouveau gouvernement en Serbie. Avant même sa composition, le tout-puissant président Aleksandar Vučić a tenu à préciser que son mandat aurait une durée déterminée : des élections législatives anticipées sont d'ores et déjà prévues pour le printemps 2022. Voilà qui risque de limiter encore la séparation des pouvoirs : l'exécutif, mené d'une main de fer par le chef de l'État, a officiellement pris le pas sur le législatif.

Dans le viseur des nationalistes du sud-est de l'Europe et de leurs dirigeants, on trouve aussi les réfugiés qui continuent d'emprunter « la route des Balkans » avec l'espoir de rejoindre les pays riches de l'Union européenne. Malgré les murs de barbelés qui ne cessent de s'ériger sur les différentes frontières et les violences commises par les forces de l'ordre, avec le soutien tacite de Bruxelles, qui insiste plus sur le volet sécuritaire qu'humanitaire de la question migratoire. Or, en voulant à tout prix empêcher les migrations irrégulières sans s'attaquer aux réseaux criminels, on laisse proliférer la traîte des êtres humains. L'analyse du sociologue Olivier Peyroux.

Outre la question des réfugiés, qui sert de moyen de pression avec l'UE, la Turquie doit faire face à la deuxième vague de l'épidémie de Covid-19 sur son sol. Pour faire croire que la situation est sous contrôle, le régime publie des chiffres tronqués depuis la fin juillet : les cas ne nécessitant pas de soins ne sont plus comptabilisés. Révélé par un membre de l'opposition, ce scandale a suscité des réactions de la part de l’Association des médecins qui se retrouve depuis sous le feu de Recep Tayyip Erdoğan.

Pendant ce temps, la prospection gazière menée par l'Oruç Reis se poursuit en Méditerranée orientale, ce qui suscite la colère de la Grèce. Cela fait maintenant près de trois mois que la tension ne retombe pas dans la mer Égée. Mais un autre problème préoccupe Athènes : les conséquences économiques de la pandémie. Les chiffres du tourisme ont été rendus publics cette semaine et ils sont catastrophiques, encore inférieurs aux prévisions du gouvernement. Sur les neuf premiers mois de l'année 2020, la chute des revenus de ce secteur-clé sont supérieurs à 80% par rapport à l'année dernière.

Un autre conflit historique agite les Balkans ces derniers mois, entre la Bulgarie et la Macédoine du Nord. Il y a quelques semaines, le ministre bulgare de la Défense, le nationaliste Krassimir Karakatchanov avait même menacé de bloquer le processus d'adhésion de Skopje à cause de ce différend. Un dégel semble s'amorcer entre les deux voisins : les 15 et 16 octobre, la commission bilatérale créée en 2017 s’est de nouveau réunie à Skopje après dix mois d’interruption.

Timișoara, la troisième ville de Roumanie vient d'élire un maire allemand à sa tête. Dominic Fritz, 37 ans, est arrivé là-bas en 2003, sans parler un mot de roumain. Ce trentenaire dynamique, représente le fantasme de l’« excellence allemande », très prégnant en Roumanie et dans le Banat roumain, qui abritait autrefois une large communauté allemande. Portrait. Toujours en Roumanie, le journal Ager Press nous entraîne sur les traces du rabbin Teitelbaum, à l'origine de la communauté juive hassidique dont s'enfuit l'héroïne de la série Unorthodox diffusée sur Netflix.