Crise des urgences à l'hôpital : faible mobilisation à quelques jours des législatives

Sans attendre le résultat de la "mission flash" commandée par Emmanuel Macron, neuf syndicats et collectifs hospitaliers ont appelé les personnels soignants à se mobiliser mardi pour réclamer des hausses de salaires et d'effectifs. Mais les rassemblements n'ont pas fait le plein.

En pleine crise des urgences et à quelques jours des élections législatives, les personnels hospitaliers se sont peu mobilisés, mardi 7 juin, pour réclamer des hausses de salaires et d'effectifs, tandis que l'exécutif attend le résultat de la "mission flash" commandée par Emmanuel Macron.

Pour cette première journée d'action du second quinquennat Macron, neuf syndicats et collectifs de soignants organisaient des rassemblements dans au moins cinquante villes.

Mais la mobilisation n'a pas fait le plein, comme l'ont constaté des journalistes de l'AFP. Ainsi à Paris, entre 200 et 300 manifestants se sont retrouvés devant le ministère de la Santé en début d'après-midi. Parmi eux, Corinne Panot, aide-soignante venue de Méricourt (Vosges) pour rappeler qu'"au-delà des augmentations de salaires, c'est surtout des moyens humains qu'il nous faut".

Ils étaient à peu près aussi nombreux à Toulouse, où Hélène Isus, infirmière au CHU, expliquait vouloir "faire (son) travail correctement, ne pas avoir à choisir entre les patients". Même affluence à Grenoble et à Nantes, où l'infirmier en pédopsychiatrie Ronan Tréguer s'exaspérait : "Ça fait des années que c'est le bazar et on en a marre. Nos conditions de travail sont déplorables et les patients en pâtissent".

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À Bordeaux, parmi les quelques centaines de manifestants regroupés devant le CHU à la mi-journée, Lise, infirmière de bloc opératoire, se disait lassée de devoir "toujours faire plus avec moins de temps et de personnel".

"J'aime mon métier, mais c'est dur de rester motivée"

"Il y a beaucoup de fatigue professionnelle, on est rappelés sur nos jours de congés", soulignait Noëlle, aide-soignante au CHU de Rennes, où une centaine de personnes ont défilé du CHU à l'agence régionale de santé (ARS).

À Clermont-Ferrand, ils n'étaient que quelques dizaines devant le CHU. "J'aime mon métier, mais c'est dur de rester motivée car on ne peut plus le faire correctement", déplorait l'infirmière Nathalie Niort.

C'est aux urgences que le feu couve : faute de soignants, au moins 120 services ont été forcés de limiter leur activité ou s'y préparent, selon un décompte fin mai de l'association Samu-Urgences de France.

Son président, François Braun, doit d'ailleurs rendre les conclusions de la "mission flash" d'ici fin juin au chef de l'État, qui a promis dans un entretien à la presse régionale vendredi "des décisions d'urgence dès juillet". L'objectif, "c'est de faire remonter toutes les bonnes réponses qui peuvent se mettre en place, dès cet été", a affirmé mardi sur France Bleu la Première ministre, Élisabeth Borne.

Mais pour Marine Le Pen, "cette mesure n'a qu'un seul intérêt, c'est d'enjamber les élections législatives" des 12 et 19 juin.

La méthode ne convainc pas non plus le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, qui juge dans une tribune dans Libération que "le temps des enquêtes est dépassé" et réclame "des négociations urgentes sur l'organisation du travail" pour remettre sur pied un hôpital "au bord du K.-O.".

"Secouer les tabous"

Sur le terrain, le temps presse : "On risque d'être dans une situation très, très problématique cet été" et "je crains fort qu'il y ait des drames", a alerté sur RTL le chef des urgences de l'hôpital Avicenne à Bobigny (Seine-Saint-Denis), Frédéric Adnet.

Attendu au tournant, François Braun a assuré la semaine dernière qu'il n'entendait pas produire "un énième rapport", mais bien "rédiger l'ordonnance" attendue par les hospitaliers, ajoutant avoir "déjà des pistes".

Certaines figurent dans un courrier envoyé à la ministre de la Santé, Brigitte Bourguignon, le jour de sa nomination et publié sur le site internet de Samu-Urgences de France. Elles sont parfois consensuelles, comme la revalorisation du travail de nuit et du week-end, "très pénible" mais majoré de seulement un euro de l'heure pour les infirmières, ce qui est "complètement aberrant", souligne-t-il.

D'autres idées inquiètent, comme l'obligation d'appeler le 15 pour filtrer l'accès aux urgences, mise en œuvre à Cherbourg ou à Bordeaux. L'option a, toutefois, des défenseurs dans la majorité, à l'instar du député de Charente Thomas Mesnier. Lui aussi urgentiste, il a jugé nécessaire dans le Journal du dimanche de "se remettre en mode gestion de crise pour passer le cap de l'été", quitte à "recentrer" ces services "sur leur vrai métier, les urgences vitales".

Avec AFP

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