Crise sanitaire au Liban: une infirmière témoigne de l'hémorragie de soignants

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Au Liban, la crise économique et politique qui frappe le pays provoque le départ de plus en plus de Libanais diplômés, une fuite des cerveaux qui touche tous les secteurs, et notamment les hôpitaux. En un an et demi 1 000 médecins auraient quitté le pays du cèdre. Soit 20% du total des médecins au Liban. Même constat alarmant chez les infirmiers. Face à l’hémorragie, l’ordre des infirmiers a décrété « l’état d’urgence ». Une infirmière libanaise sur le départ a accepté de témoigner au micro de RFI.

Avec notre correspondant à Beyrouth, Noé Pignède

Après 26 ans de carrière comme infirmière dans un hôpital réputé de la capitale libanaise, Mireille a décidé de faire ses valises. Le mois prochain, elle décollera pour la France où elle a trouvé un poste dans une clinique. Une décision motivée par la dégradation du niveau de vie de sa famille.

« Comme je suis une infirmière expérimentée, je touchais plus de 2 000 dollars, explique-t-elle. J'avais la sécurité sociale pour mes enfants, j'avais une assurance maladie de première classe, j'étais très bien. À présent, on touche 100 dollars. On a peur chaque jour. On se demande si on va se réveiller avec l'électricité ou non, avec Internet ou non. On en a marre de ça. »

Mais ce qui a surtout convaincu Mireille, son mari et ses deux filles de quitter le pays, c’est l’explosion qui a ravagé Beyrouth le 4 août dernier et fait 200 morts. Ce jour-là, l’infirmière a vu des centaines de blessés défiler dans son bloc opératoire.

« On a tous été sollicités pour travailler une nuit horrible, une nuit noire, pas une nuit blanche, raconte-t-elle. C'était traumatisant à vie. Je ne suis pas contente de quitter, je me sens forcée à quitter. Bien sûr je ressens de l'amertune. Je ne pars pas pour vivre la vie en rose, mais moi je veux vivre dans une stabilité psychologique. Je suis consciente que l'intégration ne va pas être facile, mais l'avenir des enfants, c'est ça qui prime »

Ses filles de 15 et 18 ans devraient la rejoindre à Paris à la fin de l’année scolaire. La plus grande espère être acceptée en fac de médecine et faire sa vie loin du Liban.

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Le Liban, réputé pour la qualité de ses soins dans tout le Moyen-Orient, craint aujourd'hui de devenir un désert médical avec l'immigration des soignants.