Crise politique en RD Congo : le chef du Sénat, proche de Kabila, démissionne

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Le chef du Sénat, Alexis Thambwe Mwamba, dernier proche de l’ancien président Joseph Kabila à la tête d'une institution politique de poids, a annoncé, vendredi, sa démission.

Dans un contexte de crise politique en République démocratique du Congo, le chef du Sénat, Alexis Thambwe Mwamba, a annoncé, vendredi 5 février, sa démission. Avec le départ de ce proche de l’ancien dirigeant Joseph Kabila, le président Félix Tshisekedi a désormais les mains libres sur toutes les institutions politiques du pays.

"Considérant que la confiance n'existe plus entre un groupe des sénateurs et moi-même (...), je vous remets ma démission en tant que Président du Sénat", a écrit M. Thambwe Mwamba dans une lettre adressée au bureau provisoire mis en place, jeudi, par un haut fonctionnaire pour examiner une motion de censure contre lui, signée par 64 sénateurs sur un total de 109.

Cette lettre a été lue en séance plénière par ce bureau provisoire qui a, ensuite, pris "acte de la démission".

Plus grand pays d'Afrique subsaharienne, à l'histoire politique agitée, la RD Congo a connu sa première transition pacifique au sommet de l'État le 24 janvier 2019, lorsque l'ex-président Joseph Kabila a transmis le pouvoir à l'ancien opposant Félix Tshisekedi.

Proclamé vainqueur de la présidentielle controversée de décembre 2018, M. Tshisekedi a mis fin à l'accord de coalition qui le liait avec le Front commun pour le Congo (FCC, majoritaire au parlement) de M. Kabila en octobre dernier.

Ancien garde des Sceaux, M. Thambwe Mwamba, plusieurs fois ministre, était le dernier proche de M. Kabila à être à la tête d'une institution politique. Le président Tshisekedi a réussi à renverser en sa faveur la majorité parlementaire qui était acquise jusque récemment à son prédécesseur.

Troisième personnalité du pays, le président du Sénat remplace le chef de l'État en cas d'empêchement. Sa démission laisse le champ libre au président Tshisekedi pour appliquer sa politique de réformes soutenue par les États-Unis et l'Union européenne, basée sur la "lutte contre la corruption".

Kabila dans son fief du Katanga

Les tensions ont éclaté au grand jour, au sommet de l'État, après l'installation par le président Tshisekedi de trois juges constitutionnels nommés par lui en juillet, contre l'avis de ses ancien alliés du FCC. Jeudi, après l'installation du bureau provisoire à la chambre haute, les sénateurs membres du FCC ont dénoncé des "dérives dictatoriales" et ont appelé M. Tshisekedi à y mettre fin.

Cet acte "est le coup de grâce asséné aux institutions de la République, après la mise au pas de la Cour constitutionnelle, le renversement du bureau de l'Assemblée nationale et la déchéance du Premier ministre", avait commenté l'ancien ministre de la Défense Tshikez Diemu, porte-parole des sénateurs du FCC.

Outre une offensive politique, M. Thambwe Mwamba fait également face, depuis quelques jours, à des attaques judiciaires de la part du parquet et de l'inspection générale des finances sur des soupçons de "détournement des deniers publics".

Mercredi, un partisan de M. Tshisekedi, Christophe Mboso, 79 ans, a été élu président de l'Assemblée nationale, trois semaines après que sa responsable pro-Kabila, Jeanine Mabunda, a été évincée.

Le Premier ministre, Sylvestre Ilunga Ilunkamba, a été contraint de démissionner la semaine dernière après le vote d'une motion de censure contre son gouvernement au Parlement, où une majorité de députés ont quitté M. Kabila et ont fait allégeance à M. Tshisekedi, comme d'ailleurs la grande majorité de la classe politique.

M. Kabila, 50 ans (en juin), dont 18 au pouvoir, est "sénateur à vie", mandat que lui accorde la Constitution, en tant qu'ancien président élu. Il a siégé une seule fois, le 15 septembre 2020, lors de l'une de ses rares apparitions publiques depuis qu'il a transmis le pouvoir au président Tshisekedi. Il s'est replié dans son fief du Katanga depuis décembre.

Avec AFP