Crise migratoire: entre la Biélorussie, la Pologne et l'UE, le ton monte avant de nouvelles sanctions

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Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki s'adresse aux militaires mobilisés à la frontière avec la Biélorussie le 9 novembre 2021.  REUTERS THIS IMAGE HAS BEEN SUPPLIED BY A THIRD PARTY. (Photo: Handout . via Reuters)
Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki s'adresse aux militaires mobilisés à la frontière avec la Biélorussie le 9 novembre 2021. REUTERS THIS IMAGE HAS BEEN SUPPLIED BY A THIRD PARTY. (Photo: Handout . via Reuters)

CRISE MIGRATOIRE - À vingt-quatre heures de l’annonce de nouvelles sanctions européenne contre la Biélorussie, la situation est loin de s’améliorer à la frontière avec la Pologne. Samedi, une cinquantaine de personnes ont été arrêtées et reconduites par les autorités polonaises, qui redoutaient ce dimanche 14 novembre une “tentative de grande ampleur” d’entrée sur leur territoire.

Les migrants sont majoritairement des Kurdes irakiens. Selon le Bélarus, quelque 2000 personnes sont sur place, dont des femmes enceintes et des enfants. Varsovie affirme pour sa part qu’il y a entre 3000 et 4000 migrants à la frontière, et que de nouvelles personnes arrivent quotidiennement. La Pologne leur refuse l’entrée et accuse le Bélarus de les empêcher de quitter la zone, ce que le pays dément.

Selon les organisations humanitaires, au moins dix personnes sont mortes depuis le début de cette crise migratoire.

Aucune solution concrète n’a pour l’instant été apportée à cette situation inhumaine. Pologne et UE d’un côté et la Biélorussie, soutenue par la Russie, de l’autre, se renvoient la balle et jouent des muscles diplomatiques.

Rumeurs et aide humanitaire limitée

Samedi, le ministre polonais de l’Intérieur Mariusz Kaminski a signalé une rumeur circulant parmi les migrants, selon laquelle lundi, la Pologne leur permettrait de passer et que des autocars viendraient d’Allemagne pour les récupérer. “Une provocation est en préparation”, a-t-il estimé. Et s’il n’a pas accusé les autorités biélorusses d’avoir propagé la rumeur, le sous-entendu est explicite.

En réponse, le gouvernement a envoyé un texto à tous les téléphones portables étrangers le long de la frontière, en dénonçant “un mensonge total et un non-sens! La Pologne continuera de protéger sa frontière”. “Ceux qui répandent de telles rumeurs cherchent à encourager les migrants à prendre la frontière d’assaut, ce qui peut conduire à des développements dangereux”, prévient ce texte.

“Le mensonge, la manipulation et la désinformation sont des armes de base de la Russie et maintenant de la Biélorussie. (...) Aujourd’hui nous le vivons avec une grande intensité”, a dénoncé ce dimanche le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki dans une interview à l’agence de presse nationale.

Il a également accusé Minsk de bloquer l’aide humanitaire déjà envoyée. Tandis que de l’autre côté, les autorités bélarusses ont annoncé samedi la livraison dont des tentes, de l’eau, du bois de chauffage et un générateur.

Ce dimanche, le porte-parole des services de sécurité polonais, Stanislaw Zaryn, s’est inquiété sur Twitter de “mouvements” à la frontière. Selon le ministère de la Défense, des tentes ont été retirées tandis que des camions ont acheminé des pierres et des gravats d’entreprises de construction biélorusses vers des zones proches de la frontière. Autant d’informations qui ouvrent la porte à une installation durable de ces campements à la frontière européenne, avec l’aide de Minsk.

Sanctionner Loukachenko

Inquiets, les ministres des Afaires étrangères de l’UE doivent se réunir lundi pour élargir les sanctions imposées au Bélarus, déjà dans le viseur européen depuis la violente répression des opposants de Loukachenko, qui dirige le pays depuis près de 30 ans.

Josep Borrell, haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a confirmé au Journal du Dimanche que l’UE allait “donner le feu vert à un élargissement du cadre juridique de nos sanctions contre la ­Biélorussie”.

Concrètement, l’UE veut pouvoir sanctionner “tous ceux qui participent au trafic de migrants vers ce pays” comme les compagnies aériennes et leurs dirigeants. Ces derniers jours, la Turquie a interdit de vols vers la Biélorussie les ressortissants d’Irak, de Syrie et du Yémen. Samedi, la compagnie privée syrienne Cham Wings - la seule du pays à rallier Minsk - a suspendu ses vols.

À cette nouvelle salve de sanctions viendra s’ajouter un durcissement des mesures déjà prises contre “une trentaine de responsables de l’administration de Loukachenko qui sont impliqués dans cette crise.”

Autre moyen de pression évoqué côté européen, la fermeture pure et simple de la frontière avec la Biélorussie “pour couper le régime de ses avantages économiques”. L’idée a été évoquée par le chef du gouvernement polonais et sera sans doute évoquée lundi. Mais elle pourrait se heurter à la réticence d’autres états-membres: “On n’a pas épuisé notre capacité de sanctions vis‑à-vis des entreprises, mais nous ne voulons pas que cela affecte les conditions de vie de la population”, a mis en garde Josep Borrell. Le représentant européen se montre aussi dubitatif sur la construction du mur voulu par le dirigeant polonais, et qui serait financé en partie par l’Europe: “On ne réglera pas nos problèmes avec le monde extérieur en érigeant une immense muraille de Chine autour de l’Europe”, met-il en garde.

Minsk, même pas peur

Ces menaces n’ont pour l’instant pas intimidé Minsk. En témoigne le ton du premier contact de haut niveau entre Bruxelles et Minsk depuis le début de la crise ce dimanche. Lors d’une conversation entre le ministre bélarus des Affaires étrangères, Vladimir Makei, et Josep Borrell, le représentant bélarus a fait savoir que les sanctions de l’UE étaient “sans espoir” et “contre-productives”.

Reste encore une option sur la table, et elle est loin d’être anecdotique: le déclenchement de l’article 4 du traité de l’OTAN qui prévoit que “ses pays membres peuvent porter à l’attention du Conseil de l’Atlantique Nord toute question concernant en particulier la sécurité d’un pays membre.” Article qui peut découler sur une réponse armée.

Ce dimanche, le Premier ministre polonais a confirmé avoir évoqué le sujet avec ses voisins lituaniens et lettoniens. “Il ne suffit pas d’exprimer publiquement notre préoccupation, il faut maintenant des mesures concrètes et l’engagement de l’ensemble de l’Alliance”, a-t-il déclaré.

À voir également sur Le HuffPost: À la frontière entre Biélorussie et Pologne, les migrants sous pression policière et diplomatique

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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