La crise du logement à Berlin s'invite dans la campagne des législatives

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Berlin ne sait plus où loger ses nouveaux habitants. Ils sont environ 350.000 à s'y être installés ces dix dernières années. Le manque structurel de logements, mais aussi l'attrait de la ville pour les investisseurs ont raréfié les biens à louer et fait grimper les loyers dans une ville où 80% de la population est locataire.

Deux semaines avant les législatives du 26 septembre comme il y a quelques mois, une manifestation a eu lieu dans la capitale allemande pour réclamer un gel des loyers à l'échelle nationale et la construction de nouveaux logements sociaux et abordables.

Dans le cortège, une femme nous explique : "C'est important que les gens aient les moyens de vivre dans Berlin et qu'ils ne soient pas exclus." Un autre protestataire renchérit : "Aujourd'hui, on ne sait plus qui est notre bailleur : une entreprise quelconque à l'étranger." Une manifestante lance : "Le coût de la vie augmente, mais pas nos revenus."

Le gel des loyers annulé par la justice

Le gouvernement local de Berlin a tenté l'an dernier de geler les loyers pour cinq ans, une démarche inédite dans le pays. Mais la Cour constitutionnelle allemande l'a annulé en avril, affirmant que ce plafonnement n'était pas compatible avec la Constitution car du ressort du gouvernement fédéral.

L'écart entre riches et pauvres risque encore de s'aggraver selon Rainer Wild de l'Association de locataires de Berlin association de locataires. "Le problème, c'est que les frais de logement pour les foyers aux revenus inférieurs à la moyenne représentent déjà 50% ou plus de leurs revenus," souligne-t-il.

Les grands bailleurs privés mis en cause

À Berlin, les loyers vont de 5,30 euros dans les appartements des "Plattenbau" (les barres d'immeubles typiques de l'ex-RDA) à plus de 13 euros le mètre carré dans les immeubles d'avant-guerre qui ont été rénovés, ainsi que dans les nouvelles constructions haut de gamme. Trouver une location donne lieu à une concurrence féroce. En janvier, on comptait en moyenne 214 personnes intéressées par appartement disponible.

Le Département du Land de Berlin pour le développement de la ville et le logement a estimé à 200.000, le nombre de logements qu'il faudrait construire entre 2017 et 2030 pour répondre aux besoins.

Parmi les facteurs qui alimentent cette crise, beaucoup pointent du doigt la vente de milliers d'appartements détenus par l'État à des bailleurs privés à la fin des années 90 et au début des années 2000.

"C'est un problème que nous essayons de stopper depuis de nombreuses années, mais aussi d'inverser en faisant revenir des logements dans le parc social municipal," assure Wenke Christoph, secrétaire d'État de Berlin pour le logement.

Ainsi, en 2019, l'agence du logement du Land de Berlin Gewobag avait racheté 6000 appartements qui avaient été des logements sociaux des années 60 à 90. Cette acquisition pour 920 millions d'euros auprès de la société luxembourgeoise Ado Properties avait représenté la plus vaste opération de renationalisation immobilière jamais entreprise dans la capitale allemande.

Référendum berlinois

Lors des législatives du 26 septembre, les Berlinois sont appelés à participer à un référendum controversé sur la possible expropriation de plus de 240.000 logements appartenant à de grands groupes immobiliers. Son résultat ne sera pas juridiquement contraignant, mais ses partisans espèrent qu'il permettra de mettre la pression sur les dirigeants politiques.

Dans Berlin, pourtant, de nouveaux logements sont bel et bien construits. Mais ils ne sont pas toujours bien vus, surtout quand il s'agit de copropriétés coûteuses comme dans le secteur de Berlin-Tegel situé dans le nord-ouest de la ville et où habite Heinz-Jürgen Korte.

"Évidemment, on veut pouvoir continuer de vivre ici," explique cet habitant mobilisé comme d'autres riverains contre la construction d'immeubles de standing, "cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas construire de logements, on en a besoin à Berlin. Mais nous, on veut pour ce terrain, un projet qui soit bénéfique aux habitants et qui ait une approche sociale," insiste-t-il.

Le projet a été stoppé. Mais les riverains restent sur leurs gardes. Une autre société pourrait avoir les mêmes vues sur le terrain en question.

D'autres grandes villes touchées

Berlin n'est pas la seule ville allemande touchée par cette crise du logement. Il manquerait environ 670.000 appartements à l'échelle nationale.

Cette pénurie affecte particulièrement des grandes agglomérations comme Stuttgart, Munich, Francfort et Cologne.

Dans le contexte des législatives du 26 septembre, l'accès à un logement abordable fera certainement partie des questions que de nombreux électeurs à travers le pays auront en tête en se rendant aux urnes.

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