Crise de l'eau à Mayotte: de nouvelles mesures d'urgence "pour tenir jusqu'en novembre"

PHILIPPE LOPEZ / AFP

De nouveaux outils pour apporter de l'eau potable aux habitants. Le préfet Gilles Cantal, chargé de gérer la crise de l'eau à Mayotte, a annoncé lundi l'arrivée dans ce département d'Outre-Mer de plusieurs petits appareils pour produire de l'eau potable, en plus de l'osmoseur (un système de filtration de l'eau) annoncé par le gouvernement.
Depuis des mois déjà, l'eau potable n'est distribuée aux 300.000 habitants du département français qu'au compte-gouttes. Et à compter de ce lundi, les habitants de Mayotte n'ont accès à l'eau courante qu'un jour sur trois, les autorités ayant annoncé des coupures durant 48 heures toutes les 24 heures. L'île subit une grave sécheresse et ses infrastructures – capables de produire 38.000 m³ d'eau au maximum - ne parviennent plus à subvenir aux besoins de sa population, d'environ 40.000 m³ par jour.

Une politique de restrictions "indigne", selon Marine Le Pen

Les restrictions mises en place ont fait bondir certains responsables politiques, comme Jean-Luc Mélenchon. "À Mayotte désormais, pour tout le monde, l'eau au robinet et à la douche c'est 1 jour sur 3 seulement. Au secours !", a écrit ce lundi sur X (ex-Twitter) l'ancien candidat LFI à la présidentielle.

"Il est indigne de continuer à délaisser Mayotte, qui doit faire face à de nouvelles restrictions d’accès à l’eau courante", accuse de son côté Marine Le Pen, cheffe des députés RN.

"Tenir le coup jusqu'au mois de novembre"

"Un certain nombre de travaux d'urgence, financés et engagés, sont en cours de réalisation afin d'apporter une amélioration de la ressource d'ici la fin de l'année", a assuré Gilles Cantal, préfet chargé de mission "eau" auprès du préfet de Mayotte depuis juin, lors d'une conférence de presse lundi. "Il faut tenir le coup jusqu'au mois de novembre", a-t-il annoncé.
Gilles Cantal évoque l'arrivée de "petits osmoseurs", capables de produire 60 à 70 m³ d'eau par jour grâce à la désalinisation d'eau de mer "pendant la période la plus sensible, entre octobre et novembre". Les services de l'État ne précisent toutefois pas le nombre d'appareils qui seront acheminés. En avril, des appareils de ce type étaient arrivés à Mayotte, sans pouvoir être exploités, "faute d'autorisation", a souligné Gilles Cantal.

De gros travaux en cours et à venir

Entre octobre et novembre, un osmoseur de grande capacité – pour lequel le ministre chargé des Outre-mer Philippe Vigier a annoncé un investissement de 8 millions d'euros – sera installé sur une plage de l'ouest, pour traiter l'eau de mer. Il devrait produire 1000 m³ par jour et être opérationnel d'ici la fin d'année. Des travaux sur les canalisations, permettant d'améliorer la distribution de l'eau vers le sud, sont également prévus. Tout comme une liaison entre les deux îles principales de Mayotte, Petite Terre et Grande Terre, afin de répartir l'eau de l'usine de dessalement, actuellement en travaux pour améliorer ses capacités de production.

Des travaux de forage pour identifier de nouvelles sources ainsi que la recherche de fuites sur le réseau sont aussi en cours. Aujourd'hui, les pertes atteignent un tiers de la production, selon Gilles Cantal. À plus long terme, il a annoncé la mise en chantier d’une deuxième usine de dessalement, à Ironi Bé, au sud de Mamoudzou. Le projet d’une troisième retenue collinaire (réserve artificielle d'eau), évoqué depuis de nombreuses années, est toujours d’actualité. "Les négociations foncières sont en cours", a-t-il ajouté.

L'ARS a annoncé doubler ses contrôles, renforcer ses dispositifs de veille sanitaire et lancer une campagne de vaccination préventive contre la fièvre typhoïde, tout en surveillant les éventuels cas d’hépatite A, de poliomyélite et de choléra.

Article original publié sur BFMTV.com