Crise de l'énergie: les oppositions contestent la convocation par Macron d'un Conseil de défense

Plusieurs députés de la Nupes arrivent à l'Assemblée nationale le 28 juin 2022 - EMMANUEL DUNAND / AFP
Plusieurs députés de la Nupes arrivent à l'Assemblée nationale le 28 juin 2022 - EMMANUEL DUNAND / AFP

Après les questions sanitaires durant l'épidémie de Covid-19, c'est l'énergie qui fait l'objet d'un Conseil de défense ce vendredi. Pour les oppositions, le choix du président de convoquer cette instance - un Conseil des ministres restreint, réuni à huis-clos et sans compte-rendu - pour évoquer l'approvisionnement en gaz et en électricité de la France à l'approche d'un hiver sous haute tension.

La députée LFI Clémentine Autain y voit le signe d'une "grande dérive". "La normalisation de la gestion de crise Covid avec des échanges en huis clos soumis au secret défense qui viennent se substituer aux débats transparents", dénonce-t-elle.

"Ce Conseil 'de défense' compte une grande absente: la démocratie", estime l'élue de Seine-Saint-Denis.

"Un outil antidémocratique"

"À nouveau, Emmanuel Macron va utiliser le conseil de défense. Un outil antidémocratique qui permet au président de prendre en secret des décisions politiques qui engagent le pays et concernent des millions de personnes", regrette son collègue insoumis Thomas Portes sur Twitter. Avant d'ajouter: "Le président persiste dans l’autoritarisme."

"'Conseil de défense énergie': soit 'tout va bien se passer' alors pas besoin de ces réunions secrètes. Soit les intérêts fondamentaux du pays sont en jeu et alors il faut mieux anticiper et agir dans la transparence. Ce que font les gouvernements suisse et allemand", juge pour sa part l'écologiste Julien Bayou.

"Depuis le Covid le conseil de défense désormais utilisé pour tout sujet", regrette encore la sénatrice PS Marie-Pierre de la Gondrie.

"L'avantage? Le secret et l'absence de compte rendu." "À quoi sert le Conseil des ministres?", s'interroge la porte-parole du PS Lamia El Aaraje sur le plateau de BFMTV.

"Emmanuel Macron choisit encore de contourner le Parlement", regrette Marine Le Pen, présidente du groupe RN au Palais-Bourbon. "Compte tenu de l’urgence sur la situation énergétique, je propose que l’Assemblée nationale soit convoquée au plus vite. Il est urgent de trouver des solutions pour protéger les Français sans attendre octobre."

LFI dénonce un "abus de pouvoir"

C'est au sein de la France insoumise que l'opposition est la plus forte. "Menace de 49.3, refus d’Élisabeth Borne de se soumettre au vote de confiance devant le Parlement et maintenant de nouveau le Conseil de défense! Vive la démocratie à la sauce Macron!", dénonce la députée LFI du Val-de-Marne Mathilde Panot.

Même reproche pour Raquel Garrido, pour qui la Première ministre et le Parlement "doivent s’opposer à cet abus de pouvoir de la part du président-monarque".

Il faut dire que Jean-Luc Mélenchon, figure de proue du parti, a pris position très tôt sur le sujet. Dès novembre 2020, dans une tribune parue dans Libération, il avait critiqué l'utilisation du conseil de défense durant la pandémie de Covid-19.

"On ne saura donc ni pourquoi ni comment ont été prises les décisions que le gouvernement a recopié sans discuter", écrivait-il alors à propos du plan de confinement. "Qui ouvre la bouche à l'extérieur encourt des sanctions pénales. Mais de quel droit la pandémie est-elle traitée là? Car le code de la défense prévoit de façon bien précise les attributions de ce conseil. Rien que du militaire", écrivait-il plus loin.

Véran évoque "des sujets à haute valeur stratégique"

Les membres du gouvernement n'ont quant à eux pas manqué de défendre ce choix de la part du président. "Par définition un Conseil de défense c'est secret, donc seul le président décide de ce qui sort du Conseil de défense", confirme Bruno le Maire, en marge de son déplacement à la semaine de rentrée du Medef.

"On ne peut pas parler de gaz et d’énergie sans parler de la Russie et de la guerre en Ukraine. Il y a des sujets à haute valeur stratégique”, explique pour sa part le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran, sur France Info. Il assure toutefois que "les oppositions ont vocation à travailler ces questions" et que "la transparence sera la clé et sera la règle".

Article original publié sur BFMTV.com