Crise de l’hôpital : quelles sont les propositions des politiques et des soignants ?

Mobilisation le 7 juin à Paris (Photo by PHILIPPE LOPEZ / AFP) (AFP)

Une nouvelle mobilisation du personnel soignant, la première depuis la réélection d'Emmanuel Macron, est organisée dans plus de 50 villes de France.

Le signal d'alarme avait été tiré par le personnel soignant en 2019, avec la création du collectif inter urgences notamment, pour alerter sur la situation de l'hôpital public, et particulièrement des urgences. Trois ans plus tard, c'est tout l'hôpital public qui tire le signal d'alarme, et organise sa première journée de mobilisation du deuxième quinquennat d'Emmanuel Macron, à l'appel de neuf syndicats et collectifs, qui réclament notamment des recrutements et des hausses de salaires.

Entre déserts médicaux, services d'urgences fermés la nuit, manque de personnel dans les maternités, la situation inquiète, tout particulièrement à l'approche des vacances d'été qui pourraient accentuer le manque de médecins. Faute de soignants, au moins 120 services ont été forcés de limiter leur activité ou s'y préparent, selon un décompte fin mai de l'association Samu-Urgences de France.

Filtrer l'accès aux urgences

Une situation illustrée par plusieurs faits divers comme dans l'Hérault, où le corps d'une femme décédée sur ses toilettes est resté 24h sur place en raison de l'absence de médecin pour venir constater le décès. La crise que traverse l'hôpital public se retrouve au coeur du débat, à quelques jours des législatives. Personnel soignant, candidats et responsables politiques y vont tous de leurs propositions.

Parmi les propositions du personnel soignant figure l'obligation d'appeler le 15 pour filtrer l'accès aux urgences. Une idée, déjà mise en œuvre à Cherbourg ou à Bordeaux, que soutient Mathias Wargon, le chef des urgences de l'hôpital Delafontaine à Saint-Denis. Pour cela, explique-t-il, "il faudra former du personnel soignant pour faire un tri des patients "et "expliquer aux gens que non, tout n'est pas gratuit, l'hôpital n'est pas gratuit, les urgences c’est pas gratuit, ça ne l'a jamais été", explique-t-il sur France Info, lançant un appel au "civisme" des patients. Un scénario "injouable" pour Patrick Pelloux, président de l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf), qui prédit une explosion des appels vers des Samu "déjà débordés".

Réintégrer les soignants suspendus

Autre proposition, réintégrer les soignants suspendus en raison de l'absence de pass sanitaire. Une position que défend l'urgentiste Patrick Pelloux, mais également Marine Le Pen, qui évoque la réintégration de "15 000 soignants". Or, le chiffre de 15 000 soignants comprend aussi le personnel administratif. Si l’on s’en tient seulement aux médecins, infirmiers et aides-soignants, selon les chiffres de la Fédération hospitalière de France (FHF), on tombe à 1500 à 2000 personnes, soit dix fois moins. D'après la FHF, il manque aujourd’hui environ 11 000 infirmiers, 5000 aides-soignants et 4000 médecins-urgentistes. Soit, au total, 20 000 soignants, relève TF1.

Imposer 1 année en désert médical pour les généralistes

Emmanuel Macron a annoncé la mise en place d'une mission Flash concernant la situations aux urgences. La Première ministre Élisabeth Borne a assuré qu'il y aura "des réponses rapides, dès cet été". "Nous voulons aussi un travail de fond, territoire par territoire, pour mobiliser au mieux les soignants et permettre à chacun d'avoir un référent de santé", a-t-elle ajouté sur France Bleu.

À droite, le chef de file des sénateurs LR a évoqué, sur France 2, la création d'une année supplémentaire d'études pour les futurs médecins généralistes, durant laquelle ils devraient exercer "dans un désert médical", pour "désengorger" les urgences. Il plaide aussi pour des hôpitaux gérés de façon plus "artisanale", où "les grandes décisions puissent être prises par des médecins", a proposé Bruno Retailleau.

Des recrutements massifs et la revalorisation des salaires

À gauche, Jean-Luc Mélenchon, leader de la France insoumise (LFI), a déclaré vouloir "réquisitionner le secteur privé de la santé" mercredi 25 mai à Strasbourg, s’il accédait à Matignon. Dans le volet santé du programme de la Nupes figure "un plan pluriannuel de recrutement et de pré-recrutement des professionnels du soin et du médico-social, la revalorisation des métiers et des revenus et l'augmentation les capacités d’accueil des établissements de santé publics, notamment les hôpitaux".

Une crise plus profonde que le problème des salaires ?

Des recrutements qui ne sont pas la solution, selon Mathias Wargon, qui déplore des conditions de travail qui rebutent les candidats, malgré des primes.

La solution selon lui, faire évoluer les métiers vers davantage de sens. "Il faut qu'ils trouvent un intérêt, il faut qu'ils aient davantage de contact avec les patients, des perspectives de carrière", illustre le chef des urgences de l'hôpital Delafontaine à Saint-Denis. En attendant, l'été s'annonce critique dans l'hôpital public, où les vacances des soignants vont venir peser un peu plus sur le manque de personnel.

VIDÉO - Hôpital français en grève : les personnels soignants à bout de souffle après la crise du Covid

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