Dans la crise Bélarus-Pologne-Europe, Poutine est-il le problème ou la solution?

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Alors que la Biélorussie continue d'envoyer des milliers de migrants vers l'Union européenne, la question du rôle joué par la Russie, grand allié des Biélorusses, se pose dans et pour la résolution de la crise (photo d'archive prise au mois de juillet à l'occasion d'une rencontre entre Poutine et Loukachenko à Saint-Petersbourg) (Photo: Sputnik / Alexei Nikolskyi / Kremlin via Reuters)
Alors que la Biélorussie continue d'envoyer des milliers de migrants vers l'Union européenne, la question du rôle joué par la Russie, grand allié des Biélorusses, se pose dans et pour la résolution de la crise (photo d'archive prise au mois de juillet à l'occasion d'une rencontre entre Poutine et Loukachenko à Saint-Petersbourg) (Photo: Sputnik / Alexei Nikolskyi / Kremlin via Reuters)

MIGRANTS - La solution viendra-t-elle de Moscou? Depuis plusieurs jours, l’Union européenne se retrouve face à une situation complexe: pour se venger des sanctions économiques qu’elle subit depuis la réélection du “plus vieux dictateur d’Europe” Alexandre Loukachenko, la Biélorussie ouvre grand ses portes à des migrants venus du Moyen-Orient avant de les envoyer vers la Pologne. Et Varsovie, opposée à Bruxelles sur plusieurs autres dossiers, masse en réponse des soldats à sa frontière pour empêcher les exilés de passer.

Un face-à-face inextricable dans lequel les Polonais refusent l’aide de l’UE pour gérer les migrants, tout en réclamant dans le même temps les moyens d’édifier un mur pour les empêcher de franchir leur frontière. Dans l’urgence, une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU doit se réunir ce jeudi 11 novembre, mais cela ne donnera lieu, au mieux, qu’à une déclaration commune et guère plus.

L’est de l’Europe s’inquiète

Sauf qu’il reste un acteur non négligeable dans ce dossier qui n’a pas encore été évoqué ici: la Russie de Vladimir Poutine. Car d’après le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki, c’est bien le Kremlin qui est aux manettes dans cette affaire. Pour le chef du gouvernement de Varsovie, le président russe est “le commanditaire” responsable des agissements du régime d’Alexandre Loukachenko, et il utiliserait les migrants comme un moyen de pression contre l’Union européenne.

Pavlo Klimkine, ancien ministre des Affaires étrangères ukrainien, abonde dans le même sens, voyant clairement la main du Kremlin. “Les Biélorusses, y compris Loukachenko, sont tout simplement instrumentalisés par Poutine”, écrit-il dans le journal géopolitique Vysoky Zamok. “La Russie tentera de nous rendre responsables du traitement inhumain réservé aux migrants clandestins”, ajoute-t-il, craignant que la situation vécue par les Polonais soit bientôt répliquée aux portes des pays baltes, de l’Ukraine etc.

À cet égard, Bruxelles a fait savoir que la Russie était l’un des vingt pays tout particulièrement surveillés par l’UE pour leur possible rôle dans l’acheminement de migrants vers la Biélorussie. Peter Stano, le porte-parole de Josep Borrell, le chef de la diplomatie européenne, a ainsi déclaré mercredi 10 novembre que “la Russie est parmi les pays où nous observons la situation avec beaucoup d’attention. (...) Nous évaluons la possible implication de la Russie.”

Une manœuvre “immonde, abominable”

Or en France aussi, la question du rôle de la Russie se pose. Jeudi 11 novembre, l’ancien journaliste et désormais député européen (LREM) Bernard Guetta a dénoncé fermement au micro de France Inter (où il officiait auparavant) les agissements russes à la frontière bélarusso-polonaise.

“Profondément, ce qu’il se passe, c’est que monsieur Poutine ne veut pas d’une affirmation politique de l’Union européenne et qu’il essaie donc de la diviser, de la fragiliser”, a analysé l’eurodéputé, reconnaissant au passage que la manœuvre était très réussie du point de vue russe. “C’est immonde, c’est abominable et c’est bien évidemment condamnable. Mais politiquement, c’est bien pensé”, a-t-il ajouté.

“Monsieur Poutine aime tellement l’Europe qu’il en préfère 27 qu’une seule”, a-t-il encore ironisé, manière de dire que Moscou chercherait avant tout une désunion de l’UE pour peser plus fortement dans une multitude de relations bilatérales. “Ce n’est pas une crise migratoire là, c’est un coup politique qui a été monté”, a poursuivi Bernard Guetta.

Ainsi, pour l’ancien lauréat du prix Albert-Londres, la solution serait “d’étrangler économiquement” la Biélorussie de Loukachenko pour mettre un terme à la crise, et cela en lui bloquant l’accès à la mer Baltique qui se fait via la Pologne et la Lituanie, deux pays de l’UE qui pourraient trouver ici un contrepoids de taille au chantage aux migrants.

Paris dédouane Moscou

Un avis et une solution qui tranchent drastiquement avec la position officielle de la France, ainsi qu’avec l’attitude de certains dirigeants européens. Au micro de BFMTV, le secrétaire d’État aux Affaires européennes Clément Beaune a en effet déclaré que la Russie n’était “pas une part du problème” dans la crise en cours. “Nous n’avons pas d’éléments qui montrent une complicité dans cette affaire”, a-t-il poursuivi.

Et d’aller encore plus loin, en assurant que c’est au contraire Moscou qui détient les clés de la sortie de crise. “Il y a une capacité d’influence évidente de la Russie sur la Biélorussie pour aider à arrêter ce trafic et donc nous devons utiliser ce canal”, a ajouté le secrétaire d’État. Un message qui doit être martelé ce vendredi à l’occasion d’une rencontre des ministres des Affaires étrangères et de la Défense français et russes à Paris

Dans la même veine, mercredi, Angela Merkel avait déjà demandé à Vladimir Poutine d’intervenir auprès de son allié pour mettre un terme à “l’instrumentalisation des migrants” par la Biélorussie. Un échange au cours duquel les Russes n’ont d’ailleurs pas véritablement affiché une envie de prendre part aux discussions, rejetant toute responsabilité en proposant “que des discussions soient arrangées directement entre les membres de l’UE et Minsk”, comme l’a rapporté le Kremlin dans un communiqué.

Après un nouveau coup de fil à Angela Merkel ce jeudi 11 novembre au soir, Vladimir Poutine a dit souhaiter le “rétablissement des contacts entre les pays de l’UE et la Biélorussie”. Les pays européens ont pour l’heure refusé toute discussion avec Minsk.

Ainsi, que la Russie soit à l’origine ou pas de la passe d’armes qui se joue actuellement dans l’Est dans l’Europe, il est pratiquement certain qu’elle aura un rôle majeur à jouer dans la résolution de la crise.

À voir également sur le HuffPost: À la frontière entre Biélorussie et Pologne, les migrants sous pression policière et diplomatique

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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