Crimes contre l'humanité au Liberia: réclusion à perpétuité pour l'ex-rebelle Kunti Kamara

L'ancien commandant du groupe rebelle libérien de l'Ulimo, Kunti Kamara, à l'ouverture de son procès devant la cour d'assises de Paris, le 10 octobre 2022. - Benoit PEYRUCQ © 2019 AFP
L'ancien commandant du groupe rebelle libérien de l'Ulimo, Kunti Kamara, à l'ouverture de son procès devant la cour d'assises de Paris, le 10 octobre 2022. - Benoit PEYRUCQ © 2019 AFP

La cour d'assises de Paris a condamné mercredi l'ex-commandant rebelle Kunti Kamara à la réclusion criminelle à perpétuité pour des actes de barbarie pendant la première guerre civile au Liberia et pour s'être rendu complice de crimes contre l'humanité en facilitant des viols.

À l'issue d'un procès inédit en France, cet ancien milicien libérien de 47 ans a été reconnu coupable d'une série d'exactions contre les civils en 1993-1994, dont le supplice infligé à un instituteur dont il aurait mangé le coeur et sa passivité face aux viols répétés de deux adolescentes par des soldats placés sous son autorité.

La cour a ainsi suivi les réquisitions du ministère public qui avait réclamé à son encontre la prison à vie, fustigeant des crimes ayant "porté atteinte à l'humanité tout entière".

La défense avait, elle, plaidé l'acquittement sur l'ensemble des faits, dénonçant des "lacunes" dans un dossier reposant sur des témoignages anciens.

Jamais jugé au Liberia

Arrêté à Bobigny en septembre 2018, Kunti Kamara comparaissait à Paris au titre de la "compétence universelle" exercée, sous certaines conditions, par la France pour juger les crimes les plus graves commis hors de son sol. C'est la première fois que ce mécanisme était utilisé pour des faits commis dans un autre pays que le Rwanda.

Au moment de la première guerre civile libérienne (1989-1997), Kunti Kamara faisait partie du Mouvement uni de libération pour la démocratie (Ulimo) qui luttait contre la milice rivale du redouté Charles Taylor et a fait régner la terreur dans le district de Foya (nord-ouest).

Pendant les trois semaines de procès, des plaignants et témoins venus du Liberia ont décrit d'indicibles atrocités: des habitants assassinés en ingurgitant de l'eau bouillante, le commerce de la viande humaine, des intestins utilisés en guise de checkpoints.

Les crimes de ce sanglant conflit, qui ont fait au total 250.000 morts, n'ont jamais été jugés au Liberia où d'anciens chefs rebelles occupent aujourd'hui de hautes fonctions dans l'appareil d'Etat.

Article original publié sur BFMTV.com