Crânes déformés : une sacrée prise de tête pour les archéologues

WIKIPEDIA/ MHNT

La déformation volontaire des crânes s'avère une pratique des plus communes qui peut avoir eu plusieurs motivations.

Cet article est issu du magazine Les Indispensables de Sciences et Avenir n°210 daté juillet/ septembre 2022.

Plus de deux cents ans qu'ils sont des objets de fantasmes. Depuis le 19e siècle, certains pensent même que les squelettes aux crânes allongés sont ceux d'extraterrestres…

Une pratique retrouvée en Bourgogne

Pourtant, la déformation volontaire des crânes s'avère une pratique des plus communes. Si le continent américain concentre le plus grand nombre de cas, depuis les chasseurs-cueilleurs de Méso-Amérique au 8e millénaire avant notre ère aux Shamas des Andes centrales au 20e siècle, on la retrouve en Chine, en Océanie, en Afrique, en Asie centrale… "Et jusqu'en Bourgogne, où des squelettes burgondes du 5e siècle sont ainsi déformés. Mais aussi dans la région toulousaine", note Jérôme Thomas, anthropologue à l'Université Montpellier 3.

Une piste retient de plus en plus l'attention des chercheurs

Quelles que soient les latitudes, deux explications sont traditionnellement avancées à cette étrange pratique : la volonté d'une élite de se distinguer du reste de la communauté, et celle de se différencier d'autres groupes ethniques. Mais une troisième piste retient de plus en plus les chercheurs. "On peut interpréter cette coutume d'un point de vue religieux, souligne Jérôme Thomas. En Amérique du Sud, en effet, on considérait qu'une force vitale, l'animu, circulait dans le corps et pouvait s'échapper par la tête, notamment au moment de la mort. Or, chez le nourrisson, la fontanelle n'est pas complètement fermée. Enserrer le crâne dans des bandages ou des planchettes de bois permettait d'interdire à l'âme de s'enfuir."

Cette connotation religieuse n'avait pas échappé aux conquistadores. "Au 18e siècle, ils détruisaient les berceaux utilisés pour déformer les crânes des nourrissons, car ils les tenaient pour des objets idolâtres", précise le chercheur. En lien avec cette dimension spirituelle, des études associent les crânes allongés des Mayas à la forme du maïs, leu[...]

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