En covoiturage, parler ou ne pas parler, ces deux visions qui s'opposent

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Le covoiturage est en forte augmentation du fait de la hausse des prix du carburant. Il peut devenir un moment assez désagréable si l'on n'est pas habitué au silence. (Photo: Kanawa_Studio)
Le covoiturage est en forte augmentation du fait de la hausse des prix du carburant. Il peut devenir un moment assez désagréable si l'on n'est pas habitué au silence. (Photo: Kanawa_Studio)

TRANSPORT - Le covoiturage a de beaux jours devant lui. Face à la hausse des prix du carburant, les Français décident de faire de plus en plus attention au coût financier des trajets domicile-travail. Et qui dit restrictions dit changements d’habitudes.

Parmi ces nouvelles habitudes, on retrouve évidemment le covoiturage. Entreprise leader du marché, BlaBlaCar Daily a ainsi enregistré ainsi des hausses d’inscriptions “records” depuis l’explosion des prix du carburant, des chiffres jamais atteints depuis les grèves de la SNCF fin 2019. Selon Franceinfo, 900.000 personnes pratiquent le covoiturage chaque jour. Interviewé par Le Parisien, le directeur général de BlablaCar, Nicolas Brusson, déclare que l’entreprise est passée “de 1000 à 5000 inscrits en moins de huit semaines”.

Ces nouveaux “covoitureurs” pourraient néanmoins se retrouver confrontés à un problème bien connu des habitués des trajets en voiture entre inconnus: le silence. Si, pour certains, ce silence peut être salvateur car ils ne souhaitent pas parler, pour d’autres, il est une véritable hantise.

Le silence devient (parfois) roi

Ce malaise, c’est ce qu’a vécu Amandine, étudiante de 22 ans, lors d’un trajet en covoiturage entre Toulouse et Castres. Dans la voiture, il n’y a qu’elle et cet inconnu. “Il ne parlait pas beaucoup. J’étais gênée, alors je lui posais des questions, mais il répondait toujours très brièvement. Soit oui, soit non.” Puis, l’inconnu, sûrement agacé, a monté le son de la musique. “J’ai compris tout de suite, j’ai arrêté de poser des questions”.

Pour Samuel Dock, psychologue clinicien, ce silence parfois gênant que l’on peut rencontrer en covoiturage en dit long sur l’être humain. “Lorsque l’on naît, on est vulnérable et en manque perpétuel. Le langage et donc la parole s’inscrivent, dans l’évolution, comme un mécanisme primordial pour combler notre manque. Ainsi, on est gêné quand il n’y a pas de parole”, explique-t-il auprès du HuffPost.

Être face au manque

Hugo a, lui, fait la mauvaise expérience d’une personne qui a immédiatement signifié qu’elle ne voulait pas de bruit dans l’habitacle. “Elle a imposé le silence. Elle nous a fait un speech surréaliste sur les ondes des téléphones et expliqué pourquoi elle ne voulait qu’on les utilise. Après cela, on a passé le covoiturage dans le silence le plus total”. Avec le recul, il se rappelle avoir été très gêné de la situation parce qu’elle “n’avait pas à imposer ça à nous autres passagers et, surtout, au conducteur”.

Mais quand on est en covoiturage, plus encore que le fait de n’avoir rien à dire, c’est aussi le fait de se retrouver sans écrans et sans divertissements autres que la parole qui nous pose problème. La gêne proviendrait donc également du fait que nous faisons face à notre manque. “Quand il n’y a plus d’écrans, de divertissements, on est, là aussi, mis face à nous-mêmes. C’est aussi dû au fait que nous ne sommes plus habitués à parler. Aujourd’hui, on comble le vide avec les écrans et il est difficile de renouer avec le langage”, estime Samuel Dock.

Si le langage est inhérent à l’être humain, il peut arriver que nous n’ayons pas envie de faire société avec des inconnus dans une voiture. C’est d’ailleurs en tenant compte des retours des voyageurs que l’entreprise BlaBlaCar a mis en place un système indiquant notre capacité et, surtout, notre envie de tenir une conversation. “On peut choisir de mettre, en créant son profil, Bla, BlaBla ou BlaBlaBla. Plus il y a de Bla, plus nous voulons discuter”, déclare le leader français du marché du covoiturage. Cette fonction permettrait d’éviter l’embarras de trop parler, ou pas assez.

“Je m’étais même surprise à avoir la capacité de combler le vide”

Lorsqu’elle était étudiante, Camille, 32 ans, faisait du covoiturage fréquemment. “Je ne suis pas de nature extravertie. Mais je crains beaucoup le silence.” Quand quelqu’un montait à bord de sa voiture, elle n’hésitait pas à poser “mille et une questions pour faire du small talk”. D’où viens-tu? Que fais-tu dans la vie? Il fait beau, non? Tant de questions qui permettent d’éviter le silence et donc d’être mal à l’aise. “Je m’étais même surprise à avoir la capacité de combler le vide pour ne pas dire grand-chose, mais c’était toujours mieux que de conduire sans rien dire”, se souvient-elle.

Pour Samuel Dock, ce silence nous semble insupportable car on cherche à se remplir. “Le manque, que vient combler la société par la parole, se caractérise par un fort repli sur soi.”

Un conseil pour votre prochain covoiturage: N’hésitez pas à demander à l’autre s’il souhaite discuter ou non. Dans le premier cas, vous ferez peut-être une belle rencontre. Dans le deuxième, vous vous sentirez moins mal à l’aise car vous saurez que l’autre ne veut pas parler.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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