Covid-19 : pourquoi installer des sas de décontamination à l'entrée des restaurants est une mauvaise idée

Matthieu Brandely
·6 min de lecture
Le président du Medef Geoffroy Roux de Bezieux teste un tunnel de désinfection, le 20 avril 2021.

Des entreprises proposent d'imposer le passage par sas de décontamination à l'entrée des restaurants, cinémas, musées, pour faciliter leur réouverture et limiter le risque de contagion au Covid-19. Si l'initiative a séduit le Medef, de nombreux scientifiques sont dubitatifs.

Passer par un portique ou un sas de décontamination avant d'entrer au restaurant, dans un stade ou dans un théâtre. C'est l'idée de plusieurs entreprises qui ont reçu le soutien du Medef et de son président, Geoffroy Roux de Bézieux, pour sécuriser la réouverture de ces établissements, fermés depuis plusieurs mois.

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"Toutes ces bactéries, tous ces virus et toutes ces poussières sont attirés vers le sol : vous pouvez du coup pénétrer à l'intérieur en ayant réduit la charge virale que vous portez sur vous à 99,99% grâce à un procédé de ionisation", explique Tony Bordelo le responsable du développement de l’entreprise LifeLine, à France Info.

Dans certains EHPAD, ce sont des portiques désinfectants qui sont testés à l'entrée de quelques établissements. "C’est un produit qui désinfecte à la fois les personnes et les surfaces: les chaussures, les vêtements, les mains, le cou, les cheveux, le visage", assure à l'AFP le docteur Matthieu Rigaud, qui a développé ces prototypes. 

"A 30 secondes, on atteint 99% de réduction du titre viral", c’est-à-dire que 30 secondes après le passage sous le portique, "ce que vous avez de Covid-19 sur vous est éliminé à hauteur de 99%", poursuit le docteur, précisant que les données ont été établies par un laboratoire indépendant.

"À moins que vous ne léchiez le t-shirt de votre voisin", c'est inutile

Des dispositifs efficaces pour éliminer le virus sur les personnes et les surfaces, mais qui laissent dubitatifs de nombreux scientifiques. "A moins que vous ne léchiez le t-shirt de votre voisin, le risque de contamination par les vêtements est inexistant. Ça ne sert à rien de les désinfecter. Si vous êtes malade, vous propagerez le virus à l'intérieur malgré votre désinfection", explique Michaël Rochoy, chercheur en épidémiologie.

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"C'est un dispositif qui aurait eu du sens il y a un an, au début de la pandémie, lorsqu'on manquait d'éléments concernant le mode de transmission du virus" resitue le chercheur en épidémiologie. "Mais depuis, on sait que la contamination se fait essentiellement par l'air, via les gouttelettes ou en aérosol, mais très peu par les contacts", poursuit-il.

Mars 2020, l'époque où l'on désinfectait les rues

Rappelez-vous. En mars 2020, alors que la France découvrait les mots Coronavirus, Covid-19, confinement ou encore attestation de déplacement, toutes les précautions étaient prises en attendant d'en savoir davantage sur ce virus. Certains conseillaient de laver ses courses à l'eau de javel, de laisser ses chaussures plusieurs jours dans un sac poubelle, ou encore de laver ses vêtements immédiatement après être rentré du supermarché. Une pratique heureusement oubliée depuis.

En s'inspirant des images venues de Wuhan, berceau de l'épidémie, on encourageait même à désinfecter les rues, à grand rendort d'images chocs du personnel municipal muni de combinaison et de masques, comme à Cannes.

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Une contamination en très grande majorité par l'air

Des initiatives depuis abandonnées, en raison de la preuve de l'absence d'efficacité. En effet, depuis le début de la pandémie les preuves attestant d'une contamination en très grande majorité par l'air se sont multipliées. Soit par les projections de gouttelettes de l'individu malade vers un autre individu, ou en aérosol dans les lieux clos, via le virus excrété par les personnes contaminées qui créent un nuage viral que tout le monde est susceptible de respirer dans la pièce.

A LIRE AUSSI >> Le risque d'être contaminé par une surface serait de moins de 1 sur 10.000 !

"Nos récentes études montrent que le risque d'infection par le SARS-CoV-2 par contact avec une surface contaminée est faible et généralement inférieur à 1 sur 10.000", écrivaient récemment les CDC (Centers for Disease Control and Prevention), l’agence fédérale américaine chargée des recommandations en matière de santé, enterrant le risque de contamination par les surfaces.

Le risque de "créer un faux sentiment de sécurité"

"Installer ces dispositifs à l'entrée d'un magasin pour lutter contre la contamination au Covid-19, c'est passer un coup de polish sur votre voiture pour réparer une fuite d'huile : ca n'a pas de sens", illustre Michaël Rochoy, qui déplore une telle communication autour d'un dispositif que l'on sait inefficace aujourd'hui.

Un dispositif qui pourrait même être contreproductif : "Il y a aussi le risque que ces sas créent un faux sentiment de sécurité et un relâchement des gestes barrière bien plus efficaces, comme le port du masque, en pensant que l'on est protégé", pointe du doigt le chercheur en épidémiologie.

Entre 8 000 et 30 000 euros la cabine de désinfection

Un sas de décontamination qui serait donc très peu efficace et surtout très coûteux : le type de cabine de désinfection testé par le président du Medef coûte entre 8 000 et 30 000 euros pour les plus sophistiquées, poursuit France Info. "C'est de la poudre aux yeux : c'est cher et très peu voire pas efficace. Mieux vaut investir cette somme dans des capteurs de CO2 et des purificateurs d'air, qui joueraient un vrai rôle dans la diminution du risque de contamination au Covid", poursuit Michaël Rochoy. 

Pour 7 500 dollars, un restaurant californien s'est équipé en purificateurs d'air et capteur de CO2, en collaboration avec un expert de la qualité de l'air. Des objets qui gagnent peu à peu leur place dans les protocoles sanitaires. Alors qu'ils sont depuis longtemps réclamés par les scientifiques pour sécuriser les écoles, Jean-Michel Blanquer a, pour la première fois le 22 avril, encouragé leur installation dans les établissements scolaires pour la prochaine réouverture des établissements.

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