Covid: avec le variant Omicron, ce qui rend optimiste et ce qui fait peur

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Le variant Omicron provoque des records de cas, mais des hospitalisations moindres, en proportion. (Photo: Getty Creative / Le HuffPost)
Le variant Omicron provoque des records de cas, mais des hospitalisations moindres, en proportion. (Photo: Getty Creative / Le HuffPost)

SCIENCE - Ce n’est plus une courbe, c’est un mur. Lundi 3 janvier, 271.686 cas de contamination au Covid-19 ont été dénombrés en France. Un record qui peut s’expliquer par les fêtes de fin d’année et le samedi 1er janvier férié, mais qui est surtout lié à l’incroyable dynamique du variant Omicron.

Découvert en Afrique du Sud fin novembre, cette nouvelle souche du coronavirus disposant d’un nombre très important de mutations bien spécifiques est en train de s’imposer partout dans le monde et provoque des explosions similaires du nombre de cas dans un grand nombre de pays; la Grande-Bretagne vient ainsi de franchir le cap des 200.000 cas pour la première fois.

Si cette hausse en France était prévisible (mais malheureusement difficile à suivre au vu de la politique de criblage et de séquençage des cas), elle s’accompagne d’une “bonne” nouvelle: le variant Omicron semble entraîner moins de formes graves du Covid-19 que Delta.

Mais si certaines caractéristiques de cette nouvelle vague peuvent donner un peu d’espoir, ce nouveau variant pose surtout beaucoup de problèmes et obscurcit l’avenir.

Un variant Omicron moins “grave”...

La bonne nouvelle donc, c’est qu’il apparaît de plus en plus clairement que le variant Omicron cause moins de formes graves. Une étude sud-africaine du 29 décembre détaille que 5% des cas positifs ont été hospitalisés, contre 19% et 14% pour les deux vagues précédentes, causées par Delta et Beta. Mieux: ces personnes hospitalisées avaient 73% moins de risque de développer une forme sévère de la maladie.

Attention, comme le précisent les auteurs, cela ne veut pas dire qu’Omicron a trois fois moins de chance de vous envoyer à l’hôpital. Cette baisse de sévérité peut être à la fois due aux mutations du virus, mais aussi au fait qu’une grande partie de la population est soit vaccinée, soit immunisée (car elle est déjà tombée malade).

D’un côté, des travaux préliminaires estiment que le fonctionnement même d’Omicron lui permettrait de mieux se multiplier dans notre nez et notre gorge, mais moins facilement dans nos poumons. De l’autre, de nombreuses études et observations en conditions réelles montrent que ce variant peut plus facilement infecter des personnes vaccinées ou immunisées naturellement que Delta (le rappel permet d’augmenter quelque peu l’efficacité).

Une récente analyse britannique estime qu’en comparant à population égale (vaccinés contre vaccinés, non-vaccinés contre non-vaccinés), le risque d’hospitalisation est 60 à 70% plus faible avec Omicron qu’avec Delta. Pour autant, il est possible que les réinfections de personnes non-vaccinées, mais déjà touchées par les précédentes vagues, biaisent les calculs.

Toujours est-il que c’est une bonne nouvelle dans l’absolu. De plus, comme le rapporte l’analyse britannique, les vaccins continuent d’être efficaces pour diminuer le risque de formes graves. Une deuxième dose récente est efficace à 72% (52% si elle date de plus de six mois) et la dose de rappel à 88%.

... mais qui provoque bien plus de cas

Une bonne nouvelle qui n’est pourtant pas spécialement réjouissante. Car si le variant Omicron provoque moins de formes graves dans les faits, il entraîne une vague gigantesque. Difficile de savoir avec certitude à quel point il est plus contagieux ou si c’est sa capacité à infecter des personnes immunisées qui lui donne un tel avantage sur Delta. Toujours est-il que la courbe des cas est impressionnante, en France comme chez nombre de nos voisins.

Si nous avons pu passer un hiver sans mesures drastiques visant à limiter nos contacts à risque, c’est avant tout parce que le vaccin diminuait fortement le risque d’attraper le Covid-19. Comme Omicron passe bien mieux à travers nos défenses, il se répand logiquement plus vite.

Or, même si ce variant envoie proportionnellement moins de personnes à l’hôpital, s’il y a beaucoup plus de contaminés, le risque de saturation hospitalière est toujours présent. Si par exemple un virus entraîne une forme grave pour 10% des cas et contamine 1000 personnes, il y aura 100 hospitalisés. Mais un autre virus qui entraîne une forme grave chez 1% des cas et contamine 100.000 personnes... enverra 1000 patients à l’hôpital.

On le voit ainsi dans les zones déjà fortement touchées, comme à New York, en Floride, ou encore à Londres: le nombre de cas explose d’une manière encore jamais vue alors que les hospitalisations progressent bien plus lentement... mais elles augmentent tout de même.

Le graphique ci-dessous réalisé par l’épidémiologiste Jason Salemi permet de s’en rendre compte. En rouge, Omicron, en blanc Delta. En pointillés, les hospitalisations, en trait plein, les cas.

La bonne nouvelle, c’est que pour le moment, le nombre de personnes en soins intensifs, avec une forme sévère et devant donc être hospitalisées longtemps, est stable, rappelle Chris Hopson, le directeur de l’agence nationale de santé britannique.

Où s’arrêtera la vague Omicron ?

En France, on voit également une hausse récente des hospitalisations, qui vient s’ajouter à celles déjà provoquées par Delta depuis le début de l’automne. Les entrées en réanimation augmentent aussi chez nous, mais encore moins vite.

La question est donc de savoir quand va s’arrêter la vague en France, alors que le nombre d’entrées à l’hôpital s’approche doucement du plus haut de la troisième vague.

En Afrique du Sud, elle est déjà retombée. Au Royaume-Uni, pas encore, mais cela semble être le cas à Londres. Mais même si ce scénario a lieu dans les jours à venir, il n’est pas dit que nous soyons tirés d’affaire.

Dans la capitale britannique, les cas d’Omicron continuent de croître pour les plus de 60 ans, même s’ils sont à un niveau bien moins élevés que pour les plus jeunes.

Le taux d'incidence à Londres par classe d'âge montre que la vague d'Omicron semble refluer chez les plus jeunes, mais pas encore chez les plus âgés. (Photo: UKHSA)
Le taux d'incidence à Londres par classe d'âge montre que la vague d'Omicron semble refluer chez les plus jeunes, mais pas encore chez les plus âgés. (Photo: UKHSA)

Or, on sait que le Covid-19 a plus de risque d’entraîner une hospitalisation et une forme grave chez les personnes âgées. En France également, si l’on regarde l’incidence par tranche d’âge, on voit que ce sont les 20-40 ans qui portent la vague Omicron, avec une incidence qui dépasse les 2500.

Chez les plus âgés, elle est “plus faible”, mais se situe tout de même entre 500 et 1000. Et elle est en croissance, même si celle-ci est plus faible pour le moment. Logique: les plus jeunes ont en moyenne plus de contacts sociaux différents, donc plus de risque d’être confrontés au virus. De plus, les plus âgés sont plus couverts par la troisième dose, qui diminue le risque d’être infecté.

Toutes ces raisons tendent à relativiser la bonne nouvelle d’un variant Omicron moins sévère que Delta. Les choses auraient pu être pires, mais le système hospitalier français risque encore de souffrir dans les semaines à venir. Alors même que les soignants sont épuisés après deux années de pandémie comme le notait le Conseil scientifique en octobre dernier en estimant qu’il était “impossible d’exclure un débordement du système de soins”, notamment alors que les épidémies de bronchiolites et de grippe se greffaient au Covid-19. Et ce, avant même l’apparition du variant Omicron.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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