Coronavirus : peut-on arrêter les gestes barrières après avoir été vacciné ?

Matthieu Brandely
·4 min de lecture
Vaccination à Ajaccio, le 7 janvier 2020.

Si le vaccin protège contre les formes graves du Covid-19, rien ne prouve pour l’instant qu’il empêche la contamination.

La vaccination démarre (doucement) en France, alors que près de 20 000 personnes ont été vaccinés le 6 janvier au soir, selon les chiffres du site Covid-Tracker. Parmi les vaccinés, le médecin Axel Kahn, qui, comme de nombreux autres soignants, ne s’est pas privé pour le faire savoir sur les réseaux sociaux.

“Dans trois semaines : 1, je vais embrasser mes petits enfants. 2, je quitte le masque sur les plateaux de TV”, écrit notamment le président de la Ligue contre le Cancer. Le message qui accompagne la photo de sa vaccination a fait réagir de nombreux médecins qui déplorent de tels propos.

“Les gestes barrières doivent se poursuivre”

“C’est dangereux de dire vaccination = fin des gestes barrières. Après avoir reçu les deux doses de vaccins, les gestes barrières doivent se poursuivre, sauf si l’on n’est qu’entre personnes vaccinées”, rappelle Matthieu Calafiore, médecin généraliste et membre du collectif du Côté de la science.

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Autant dire qu’avec environ 20 000 personnes vaccinées au niveau national, Axel Kahn a de grandes chances de croiser beaucoup de personnes qui n’ont pas encore été vaccinées dans les prochaines semaines, et donc qu’il pourrait potentiellement contaminer, notamment sur les plateaux TV.

“On ne sait pas encore si le vaccin évite la transmission”

Car si les vaccins Pfizer et Moderna protègent contre les formes graves du coronavirus à près de 95%, leur effet sur la contagiosité des patients reste encore inconnu. “Le vaccin a été conçu pour protéger contre les formes graves du Covid-19 pour soulager les hôpitaux et éviter les décès”, rappelle Laurent Fignon, médecin en soins palliatifs. “Même si l’on peut juger possible qu’il protège contre la transmission, il faut attendre des données scientifiques avant de se prononcer. Pour le moment on ne sait pas, attendons les études après les premières vaccinations”, ajoute le médecin, membre du collectif du coté de la Science.

Une mise en garde qui avait déjà été relayée par le ministre de la Santé, Olivier Véran, début décembre. Le vaccin “évite d'avoir des formes graves de la maladie, ce qui ne nous garantit pas qu'il évite la transmission", expliquait le ministre, avant de préciser que les gestes barrière devront continuer à être appliqués avec rigueur en attendant que la couverture vaccinale permette que tous soient protégés, rapportait notamment RTL.

“Le vaccin c’est se protéger soi, le masque c’est protéger les autres”

Le risque, tant que rien ne prouve que la contagiosité est bloquée par le vaccin, c’est qu’une personne vaccinée soit porteuse du virus et contamine son entourage si les gestes barrières, et notamment le port du masque ne sont pas respectés.

“Le vaccin c’est se protéger soi, porter le masque c’est protéger les autres. Donc après la vaccination, porter le masque en présence de personnes non vaccinés, c’est un acte collectif”, martèle Matthieu Calafiore.

Pas de gestes barrières entre personnes vaccinées

Lorsqu’il vaccine dans des EHPAD du sud de la France, Laurent Fignon explique aux résidents de ces établissements ce que la vaccin va leur permettre, une fois les deux doses injectées, à 21 jours d’intervalle.

“Les résidents pourront se retrouver entre eux, sans masque, s’ils sont tous vaccinés, ainsi que le personnel. Cela va aussi permettre de reprendre sereinement les visites des proches. En revanche, je rappelle aux familles que même si leur proche est vacciné, elles ne sont pas encore protégées et doivent porter un masque lors des visites. Pour se protéger, déjà, et pour protéger les autres au cas où le vaccin n’empêche pas la contamination”, ajoute le gériatre.

“Attendre une large couverture vaccinale pour alléger les gestes barrières”

“S’il est un jour prouvé que le vaccin empêche la contagion, il restera compliqué d’alléger les gestes barrières dans les lieux publics avant qu’une grande partie de la population ne soit vaccinée”, met en garde le médecin Michaël Rochoy, médecin généraliste et cofondateur de Stop-postillons, qui prônait le port du masque dès le mois de mars.

“Dans un lieu public, on ne peut pas se permettre des initiatives individuelles de personnes vaccinées qui décident de ne plus respecter les gestes barrières. Personne n’a envie d’avoir sur soi un certificat attestant qu’il a été vacciné et qu’il peut ne pas porter de masque”, ajoute le médecin.

La campagne vaccinale, qui doit accélérer dans les prochains jours en France, devrait permettre d’espérer un allègement des gestes barrières dans les prochains mois, si la couverture vaccinale est suffisante. En revanche, en cas de contact avec une personne non vaccinée, ils restent indispensables tant que le virus circule.

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