Covid: les soignants argentins se préparent à affronter une 2e vague virulente

Maria Lorente
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Mieux préparés oui, mais à court de lits et épuisés : comme ailleurs, les soignants en Argentine s'attendent des semaines difficiles alors que le pays est confronté à une deuxième vague exponentielle de Covid-19.

Dans l'unité de soins intensifs de l'hôpital El Cruce - Nestor Carlos Kirchner, dans la province de Buenos Aires, le rythme n'a pas réellement faibli un an après l'arrivée de l'épidémie dans le pays.

"C'est très dur", s'accordent médecins et infirmières de cet établissement public dans une des zones les plus pauvres de la province, au sud de la capitale.

"Nous n'avons pas arrêté depuis le mois de mars 2020 et maintenant nous constatons une recrudescence, avec un besoin croissant de lits surtout pour des jeunes en situation très grave", explique à l'AFP, Nestor Pistillo, chef de l'unité de réanimation.

Les 44 lits sont "occupés à 100%", dont 24 avec des patients Covid. Comme l'an dernier, des unités "modulaires" devraient être ouvertes pour faire face au surplus de cas.

"Le principal problème c'est la durée prolongée du séjour, nous avons eu des patients Covid hospitalisés pendant plus de 70 jours", souligne M. Pistillo.

Avec un nombre de cas qui monte en flèche, son service s'attend au pire. Mardi, un nouveau record de 27.001 contaminations quotidiennes a été atteint, pour un total de 2,5 millions de cas dont 58.000 décès, dans ce pays de 44 millions d'habitants.

Et la circulation, confirmée dans le pays, du variant brésilien P1, réputé plus contagieux, ne devrait rien arranger, alors que la vaccination progresse lentement.

- Bien plus qu'un patient -

Actuellement, 71 % des lits sont occupés dans la zone métropolitaine de Buenos Aires et 62 % en Argentine, selon les données officielles. Mais dans la seule ville de Buenos Aires, le nombre de patients Covid hospitalisés dans le système public a augmenté de 27 % entre le 5 et le 11 avril.

"Nous avons suspendu une partie des opérations, mais cela pose un problème : nous n'opérons plus de tumeurs cérébrales, de chirurgies cardiaques, de transplantations d'organes, ce qui signifie que si une personne ne meurt pas du Covid, elle meurt d'une autre maladie", explique M. Pistillo.

Le médecin est aussi préoccupé par le manque de personnel. "Les soignants ne peuvent pas être remplacés. Vous pouvez avoir un respirateur, mais c'est une voiture de Formule 1, il faut un pilote pour la conduire".

"Aidez-moi docteur à la ramener à la maison". À travers une vitre, une femme regarde sa fille de 43 ans plongée dans un coma artificiel et s'essuie les yeux.

Non loin, des personnes prient devant leurs proches intubés. Seul un homme quitte le service soulagé. Sa mère passe en soins intermédiaires. "Nous pensions qu'elle n'avait aucune chance, mais après sept jours, elle s'améliore", se réjouit Rafael Porcel.

"Il s'agit de ne pas perdre de vue que l'on s'occupe non seulement du patient, mais aussi de la famille", explique Yazmin Saad.

La voix de cette kinésiologue de 33 ans se brise. "Quand je rentre chez moi, je ferme les yeux et je me souviens de ces moments d'intimité quand vous dites à un patient que vous allez le connecter à un ventilateur mécanique (...) cela signifie que je suis peut-être la dernière personne qu'il voit", dit-elle.

"Je n'oublierai jamais les choses que ces patients me disent à ce moment-là (...) ces personnes sont bien plus qu'un patient ayant besoin d'une assistance respiratoire, elles sont un père, une mère, l'amour de la vie de quelqu'un".

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