Covid, scandales médiatiques, fronde conservatrice: pourquoi Boris Johnson traverse une mauvaise passe

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    Boris Johnson
    Premier ministre du Royaume-Uni depuis 2019
Le Premier ministre britannique Boris Johnson lors d'une conférence de presse sur la vaccination contre le Covid-19 à Londres le 15 décembre 2021 - Tolga Akmen © 2019 AFP
Le Premier ministre britannique Boris Johnson lors d'une conférence de presse sur la vaccination contre le Covid-19 à Londres le 15 décembre 2021 - Tolga Akmen © 2019 AFP

"Les emmerdes, ça vole toujours en escadrille". La sentence chiraquienne retrouve une actualité à chaque fois qu'une personnalité politique s'enfonce dans les difficultés. Et elle semble parfaitement convenir à la situation présente du Premier ministre britannique, Boris Johnson.

Sa gestion décriée d'une crise sanitaire particulièrement douloureuse dans un Royaume-Uni submergé par le variant Omicron, une succession de scandales médiatiques, sa proximité trop grande avec un homme soupçonné de corruption, des déconvenues électorales, une opposition ragaillardie, un cabinet ministériel qui se fissure, un groupe parlementaire en révolte, un parti de plus en plus défiant... Boris Johnson est piégé dans une lessiveuse infernale. Et la question de sa survie à la tête du gouvernement se pose désormais ouvertement.

Soirées et apéritif au soleil

La première question que se pose un observateur s'interrogeant sur le cas Johnson est en ce moment la suivante: par où commencer? Mais à l'évidence, c'est bien le Covid-19 qui apparaît comme la racine de toutes les difficultés de l'ancien maire de Londres, devenu Premier ministre il y a maintenant deux ans. Le Royaume-Uni vit actuellement des heures terribles. La nouvelle vague de la pandémie y est très violente - on a déploré plus de 6000 nouvelles hospitalisations il y a deux semaines selon la dernière statistique officielle disponible -, dopée par un variant Omicron qui s'y déchaîne plus qu'ailleurs.

Si le chef du gouvernement ne peut évidemment être tenu responsable d'une pandémie mondiale, sa gestion de la crise n'a jamais fait consensus. En 2020, il s'était longtemps refusé à prendre des mesures contraignantes, privilégiant une "immunité collective" qui n'est jamais venue. Désormais, il s'active et a reconnu le danger dans une allocution télévisée que le Royaume-Uni faisait face à un "raz-de-marée" avec Omicron. Mais il est de moins en moins audible. En cause notamment, la parution dans la presse d'informations et d'éléments écornant son image.

Dans les premiers jours de décembre, la presse britannique a révélé l'organisation de soirées festives dans sa résidence du 10, Downing Street, quelques jours avant le Noël 2020. Boris Johnson a présenté ses excuses dès le 8 décembre devant la Chambre des Communes et l'une de ses conseillères politiques, Allegra Stratton, a été poussée vers la sortie pour avoir pris la controverse à la légère.

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Toutefois, la polémique a encore grossi dimanche avec la publication dans le Guardian d'une photo le montrant lui et 17 collaborateurs sous le beau soleil du 15 mai 2020. Alors que le pays est plongé en plein confinement, on aperçoit sur le cliché davantage de bouteilles de vin et de plateaux de fromages que de gestes barrières et de respect des distances. Dès lundi, sur Sky News, Boris Johnson a tenté de se dégager de l'ornière, balayant une réunion de "gens au travail parlant de travail".

Les Communes sens dessus-dessous, départ fracassant du gouvernement

Mais le coup est d'autant plus rude que la nouvelle relance de l'épidémie l'oblige à revoir sa politique en matière de santé. Et que le virage ne plaît pas à tous les passagers. Ainsi, mardi 14 décembre, 99 députés des rangs du parti de Boris Johnson se sont opposés à sa décision d'instaurer un pass sanitaire. La mesure n'est passée que grâce au soutien de ses adversaires travaillistes. Un défi doublé d'une humiliation donc.

Là-dessus, la division s'est invitée à l'échelon plus haut. En effet, samedi dernier, la démission de David Frost, ministre d'État chargé des Relations avec l'Union européenne et cheville ouvrière du Brexit, a été rendue publique. Si l'homme paraît avoir pris sa décision la semaine précédente, ce sont les raisons de sa rupture avec le patron de l'exécutif qui importent. On y retrouve, outre son hostilité à la politique écologique en vigueur, à la feuille de route européenne suivie et à une fiscalité qu'il juge excessive, son animosité envers la politique sanitaire nouvelle.

Défaite électorale à l'ère du soupçon

Ces fissures à la surface commencent à fragiliser directement la base de l'édifice. Les conservateurs viennent en effet de subir une défaite électorale à l'occasion d'une législative partielle. Owen Paterson a perdu son siège de député du Shropshire du Nord, fief antédiluvien de sa famille politique, au profit des Libéraux-démocrates. Il faut dire qu'il le remettait en jeu sous le coup de soupçons de corruption. Ce proche du Premier ministre est accusé d'avoir exercé une activité de lobbying auprès du gouvernement pour le compte de deux sociétés.

Pire, pour Boris Johnson: il est lui-même blâmé pour avoir essayé de soustraire son ami à des sanctions en usant de son influence.

Dans ces circonstances, l'opposition fait bien sûr feu de tout bois. Leur victoire dans cette législative renforce de fait les "Libdem" et les travaillistes pointent depuis ce week-end le contraste entre le gueuleton du 15 mai 2020 et la situation des Britanniques à la même époque qui, entre autres restrictions, ne pouvaient même pas assister aux funérailles de leurs proches.

Les tories ruent dans les brancards

Le péril qui menace Boris Johnson n'est pas seulement extérieur. Une bonne part du Parti conservateur conteste désormais son leadership au grand jour. Une fronde que l'intéressé peut d'autant moins se permettre de prendre à la légère qu'au Royaume-Uni, les principales forces politiques ont prouvé à plusieurs reprises leur aptitude à démettre un Premier ministre en osant lui retirer les rênes du parti. Le 28 novembre 1990, ces mêmes tories n'avaient, par exemple, pas hésité à débrancher Margaret Thatcher, après onze ans de pouvoir.

Un élu du Kent, Roger Gale, s'est même fendu d'une lettre à l'intention de ses camarades afin de déboulonner Boris Johnson. Dans cette missive carabinée, traduite ici par Le Parisien, le parlementaire - qui doit encore récolter le soutien de 54 de ses confrères ou consoeurs, comme le précise le quotidien francilien - écrit:

"Boris Johnson a enfreint les règles, il ne peut plus être Premier ministre. Bientôt, il faudra changer de Premier ministre mais pas tout de suite car nous sommes au milieu d’une pandémie. Après cet hiver, ce sera le bon moment."

Des sondages alarmants

L'opinion dit également son mot. D'après un sondage Ipsos paru lundi, six Britanniques sur dix estiment que Boris Johnson devra quitter son poste d'ici la fin de l'année 2022. Une espérance de vie politique qui paraîtrait presque exagérée au vu du calendrier fixé par Roger Gale.

Le 8 décembre dernier déjà, une enquête conduite par la société Savanta ComRes assurait quant à elle que pour 54% des citoyens locaux "BoJo" devait démissionner de ses fonctions.

Un déclin en chansons

Et comme il est dit que décidément, le chef du gouvernement ne connaîtrait aucun répit dans la période, il fait dorénavant l'objet de railleries aussi anodines qu'incessantes.

Le groupe de rock The Kunts, qui a mis en ligne le 26 novembre un morceau intitulé Boris Johnson is still a fucking cunt (soit Boris Johnson est toujours un sacré connard), espère décrocher la première place des palmarès musicaux pour Noël.

https://www.youtube.com/embed/v7xr3GxELKQ?rel=0

Lundi soir, le public des championnats du monde de fléchettes a encore entonné un autre air. Sur les vidéos qui circulent, on peut entendre les spectateurs chanter "Stand up if you hate Boris" ("Debout, si tu détestes Boris").

Pas de doute: Boris Johnson est devenu la cible de tous.

Article original publié sur BFMTV.com

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