Covid: le risque de Guillain-Barré après un vaccin est moins élevé qu'après une infection

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Après avoir étudié plus de 32 millions de vaccinés, cette étude fait le point sur les effets indésirables neurologiques causés par les vaccins, mais aussi par le Covid-19. (Photo: simonlong via Getty Images)
Après avoir étudié plus de 32 millions de vaccinés, cette étude fait le point sur les effets indésirables neurologiques causés par les vaccins, mais aussi par le Covid-19. (Photo: simonlong via Getty Images)

SCIENCE - Près de 10 mois après le début de la campagne de vaccination, 91% des Français de plus de 18 ans ont reçu au moins une dose d’un vaccin contre le Covid-19. Alors que les températures hivernales font repartir l’épidémie de coronavirus à la hausse en France et dans toute l’Europe, le gouvernement se demande comment convaincre les 9% restant, notamment parmi les plus âgés, qui ont le plus de risques de souffrir d’une forme grave de Covid-19.

Nul doute que l’étude publiée ce lundi 25 octobre dans Nature devrait être utilisée pour expliciter clairement les risques et bénéfices des vaccins, un point sur lequel les non-vaccinés affirment vouloir plus d’explications dans les enquêtes d’opinion. Dans ces travaux, des chercheurs ont analysé en détail plus de 32 millions de vaccinés anglais et les effets indésirables neurologiques qu’ils ont pu subir après une injection.

Et le fait est qu’ils ont trouvé des cas, très rares certes, mais bien présents, notamment de syndrome de Guillain-Barré avec AstraZeneca, confirmant de précédentes analyses plus limitées. Une analyse qui se confirme dans les diverses tranches d’âges, chez les plus jeunes comme les plus vieux.

Mais l’étude ne s’arrête pas là: les chercheurs ont aussi regardé parmi les personnes contaminées par le coronavirus. Et ils se sont rendu compte qu’invariablement, le risque de complications neurologiques est bien plus élevé quand on attrape le virus que quand on se fait vacciner.

“Ce sont probablement les plus grands travaux de pharmacovigilance publiés sur le Covid-19”, estime Jean-Louis Montastruc, membre de l’Académie de médecine et spécialiste de la pharmacovigilance. “C’est une publication intéressante car elle discute le risque de la vaccination par rapport au risque de la maladie, or il faut proportionner le risque de toute intervention au risque de la maladie.”

Dans leur étude, les chercheurs ont croisé les données sur les personnes anglaises vaccinées (20 millions avec Pfizer, 12 millions avec AstraZeneca) avec les données d’hospitalisation. Ils ont ensuite comparé cela avec 2 millions de personnes infectées par le Sars-Cov2. Mais aussi avec une cohorte de “contrôle”, sans vaccin ni contamination. Objectif: connaître le risque qu’une personne soit hospitalisée avec une complication neurologique en temps normal.

Les effets indésirables du Covid sont pires que ceux du vaccin

Après de nombreuses vérifications statistiques avec “une très bonne méthodologie”, selon Jean-Louis Montastruc, les chercheurs sont arrivés à la conclusion qu’une personne vaccinée avec AstraZeneca a 2,9 fois plus de risque de développer le syndrome Guillain-Barré dans les 21 jours suivant l’injection qu’une personne non-vaccinée.

Attention, il faut bien comprendre que ce risque est à la base très, très faible. 2,9 fois une proportion très faible, cela reste très faible. Ainsi, les chercheurs ont décelé 38 cas pour 10 millions de vaccinés. Surtout, le risque est multiplié par 5,25 pour les personnes contaminées par le coronavirus. Cela veut dire qu’il y a 145 cas pour 10 millions d’infectés.

Un phénomène similaire a été observé pour la paralysie de Bell: un risque 29% plus élevé après une vaccination AstraZeneca, mais un risque qui est en revanche bien plus élevé après une infection au Sars-Cov2.

Le graphique ci-dessous, qui peut sembler complexe, résume bien cette situation. Les trois lignes représentent le vaccin AstraZeneca, Pfizer, puis l’infection au Covid-19. Pour chaque maladie testée (les colonnes), le risque supplémentaire par rapport à la population générale est calculé en fonction du temps après l’injection de vaccin ou la contamination.

En clair, plus les petites barres verticales sont au-dessus de la ligne noire, plus le risque est augmenté. On voit bien que ces barres sont en général bien plus élevées après le Covid-19 qu’après le vaccin.

Le risque de différentes complications neurologiques pour AstraZeneca, Pfizer et le Covid-19 (Photo: Nature / Hippisley-Cox et al.)
Le risque de différentes complications neurologiques pour AstraZeneca, Pfizer et le Covid-19 (Photo: Nature / Hippisley-Cox et al.)

Des incertitudes à lever

“C’est un bon complément des analyses de pharmacovigilance qui montrent qu’il y a des signaux faibles de risque de Guillain-Barré, comme avec tous les vaccins, et de paralysie faciale”, rappelle Jean-Louis Montastruc. “Le message principal, c’est que la vaccination prévient une maladie grave que nous ne savons pas traiter, non seulement dans ses complications neurologiques mais également dans toutes ses autres complications”.

Ces résultats ont pu être confirmés par les auteurs en comparant à une autre cohorte de patients vaccinés écossais. L’un est par contre peu clair. Ainsi, le seul effet indésirable neurologique avec un risque significativement plus important qu’en population générale induit par Pfizer est un risque d’AVC. Mais les auteurs précisent que cette hausse de 38% n’a pas été retrouvée dans la cohorte écossaise. En conséquence, d’autres études plus poussées doivent valider ou infirmer ce possible lien.

Enfin, cette étude est certes très détaillée et complète, mais ne traite que des complications neurologiques. Il serait utile que des études similaires sur d’autres complications, notamment cardiaques et vasculaires, voient le jour pour préciser le risque précis de rares effets déjà décelés, tels les myocardites pour les plus jeunes avec Pfizer ou les thromboses avec AstraZeneca.

À voir également sur Le HuffPost: la course de graphique des vaccins qui montre la progression française

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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