Covid-19 : pourquoi la vaccination ne devrait pas suffire à contrôler l'épidémie en France

Matthieu Brandely
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Photo d'illustration

En l'absence de mesure fortes pour casser la courbe de l'épidémie, l'exécutif mise beaucoup sur la vaccination. Une stratégie risquée alertent plusieurs scientifiques.

Des centres de vaccination géants, la mobilisation de l'armée et des pompiers, et un objectif de 30 millions de primo-vaccinés en juin. La France mise gros sur la vaccination, pour lutter contre le Covid-19. Au point de ne miser "que" sur la vaccination, déplorent plusieurs scientifiques en référence aux dernières mesures prises par l'exécutif qu'ils jugent insuffisantes pour casser la courbe de l'épidémie.

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Une stratégie axée uniquement sur la vaccination risque de ne pas suffire à court terme face au Covid. "Les vaccins ne sont qu'une partie de la réponse à la pandémie. Ils font partie de la solution, mais à eux seuls, ils ne mettront pas fin à la pandémie. Il faut conserver la distanciation physique, les masques, le lavage des mains, l'aération et éviter les regroupements importants", rappelait le 17 mars le docteur Mike Ryan, directeur de la gestion des crises sanitaires à l'Organisation Mondiale de la Santé.

"Une campagne de vaccination ne peut pas aller plus vite que des contaminations exponentielles"

Car une vaccination de masse ne produit pas un effet immédiat sur l'épidémie. La protection assurée par les vaccins n'apparaît en moyenne que deux semaines après la première injection et n'est pleinement atteinte qu'une semaine après la deuxième dose, soit un à trois mois après la première dose selon les vaccins administrés. Alors que la deuxième dose de Pfizer est administrée 21 jours après la première, celle d'Astra Zeneca ne l'est que 9 à 12 semaines plus tard.

"Jamais une campagne de vaccination ne pourra aller plus vite que des contaminations exponentielles, comme c'est le cas actuellement. L'exemple du Chili, qui vaccine actuellement massivement, le montre bien : l'effet de la vaccination ne se voit pas à court terme", nous explique le biologiste Claude-Alexandre Gustave.

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L'inquiétant exemple chilien

Selon les chiffres officiels, le Chili a injecté au moins une dose à 29% de la population, et deux doses à 15% de sa population. Chaque jour, 1,4% de la population de ce pays reçoit une dose de vaccin. Pourtant, la courbe des nouveaux cas de Covid-19 continue de flamber. Les autorités ont d'ores et déjà prévenu : les premiers effets du vaccin ne seront visibles qu’à partir du mois d’avril et l’immunité collective ne sera pas atteinte avant le mois de juin 2021.

En attendant les premiers effets de la vaccination, le Chili a remis en place des mesures de confinement, depuis le 20 mars, rapporte Le petit journal.

La courbe des nouveaux cas au Chili.
La courbe des nouveaux cas au Chili.

"Tout miser sur la vaccination comporte de nombreuses conséquences"

En France, où la vaccination est moins rapide qu'au Chili, on dénombre en moyenne plus de 30 000 nouvelles contaminations par jour, une courbe qui ne cesse d'accélérer ces derniers jours. "Tout miser sur la vaccination sans prendre des mesures pour casser la circulation du virus, c'est accepter d'exposer au virus une partie de la population qui peut faire un Covid long, mais aussi aller en réanimation, dont on ne ressort pas indemne. Sans oublier les conséquences sur une saturation durable des hôpitaux par ces patients et les opérations déprogrammées", alerte Michaël Rochoy, docteur en épidémiologie.

Sans oublier que les vaccins ont été mis au point pour empêcher les formes graves de la maladie, et pas pour casser les chaînes de transmission. "Le vaccin réduit la transmission, mais on ne sait pas encore exactement dans quelles proportions, et ça sera pas suffisant pour que la vaccination seule permettre de maîtriser l'épidémie", poursuit Michaël Rochoy.

Une circulation accrue du virus pourrait neutraliser le bénéfice du vaccin sur l'hôpital

Ne pas chercher à réduire la circulation du virus pourrait donc amoindrir l'effet du vaccin sur la pression hospitalière. "Le vaccin réduit les formes graves d'un facteur x8 à x9. Mais si l'on tolère une circulation virale 8 à 9 fois plus intense, on neutraliserait alors le bénéfice du vaccin pour réduire la pression hospitalière", relève Claude-Alexandre Gustave.

Autre risque d'une vaccination sans mesure visant à casser la flambée épidémique, le risque d'apparition d'un variant. “Quand on fait une campagne de vaccination de masse, si le virus circule beaucoup, il existe le risque d’une immunité incomplète, qui peut générer une pression de sélection sur le virus”, et donc l'apparition d'un variant plus résistant au vaccin, qui se propagerait dans la population en remplaçant la souche de base, éliminée par l’effet du vaccin nous expliquait dans un précédent article Eric Billy, chercheur en immun-oncologie et membre du collectif “Du coté de la Science”.

C'est ce qui a pu se passer dans la ville brésilienne de Manaus, où une large partie de la population a été contaminée par le virus lors de la première vague, mais d'où pourrait être originaire le variant brésilien, plus résistant au vaccin.

L'exemple d'Israël et du Royaume-Uni

En France, les campagnes de vaccination menées en Royaume-Uni et en Israël sont citées en exemple, notamment pour leur efficacité sur l'épidémie. Mais espérer les mêmes résultats en France semble illusoire avec la stratégie actuelle, à en croire certains spécialistes.

"En Israël, la troisième vague a été éteinte par un confinement national strict, et le déconfinement est progressif, avec des mesures de test massif et de contrôle des frontières. Le Royaume-Uni aussi, après son confinement, a mis en place des mesures strictes : quarantaines aux voyageurs entrant, et test massif, notamment à l'école. En France, on ne prend pas cette voie là", conclut le biologiste Claude-Alexandre Gustave.

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