"On peut lever le pass sanitaire dans les lieux où le masque est obligatoire", selon un épidémiologiste

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Contrôle du pass sanitaire à l'entrée d'un centre commercial à Paris.

À partir du 8 septembre, le pass sanitaire ne sera plus demandé à l'entrée des centres commerciaux situés dans des départements où le taux d'incidence est inférieur à 200 depuis au moins une semaine.

C'est le premier allègement du pass sanitaire en France. Dès ce mercredi, il ne sera plus demandé que pour accéder à 64 centres commerciaux en France, contre 178 actuellement. Une décision basée sur le taux d'incidence. Si le nombre de cas pour 100 000 habitants est inférieur à 200 et en baisse continue sur 7 jours consécutifs, alors l'obligation de présenter un pass sanitaire à l'entrée des centres commerciaux est levée.

Conséquence : seuls 8 départements restent soumis à l'obligation de présenter un pass sanitaire à l'entrée des centres commerciaux de plus de 20 000 mètres carrés. Pour justifier cet allègement, le ministre de l'Économie a mis en avant l’amélioration de la situation sanitaire dans le pays, alors qu'on recense en moyenne plus de 13 000 nouveaux cas par jour contre plus de 21 000 à la mi-août.

"Le but du pass, sécuriser les lieux sans masque"

De quoi donner de l'espoir à d'autres secteurs des départements les moins touchés, qui pourraient légitimement demander une levée du pass sanitaire. "Le but du pass sanitaire, c'est de sécuriser les lieux où tout le monde ne peut pas porter le masque comme les bars, les restaurants ou les salles de sport. Cela rend ces lieux à fort risque de contamination plus sûrs pour les clients", rappelle le chercheur en épidémiologie Michael Rochoy.

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Actuellement, le pass sanitaire est demandé à l'entrée des zoos, des parcs d'attraction, des théâtres, des musées, des bibliothèques, des stades, mais aussi des restaurants, des bars ou encore des salles de sport, rappelle le site gouvernement.fr qui liste l'ensemble des activités où est demandé un pass sanitaire.

"Pas choquant de le lever dans les lieux soumis au port du masque"

"Dans la situation actuelle, ce n'est pas choquant de ne plus le demander à l'entrée des centres commerciaux, qui sont des lieux où le masque peut être porté en continu. On pourrait aussi imaginer abandonner le pass sanitaire à l'entrée des musées par exemple, et de l'ensemble des lieux où le masque est porté si la situation sanitaire reste bonne", poursuit le docteur Rochoy. 

"En revanche, il faut le maintenir dans les lieux à risque comme les restaurants, bars, et même les cinémas. Si a priori les salles obscures ne semblent pas être des lieux de contamination, on y mange du popcorn, donc les spectateurs enlèvent leur masque", détaille le chercheur en épidémiologie.

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"Le risque de rebond épidémique lié à la rentrée est très élevé"

Un constat que partage l'épidémiologiste Antoine Flahault, qui appelle néanmoins à ne pas alléger trop vite les mesures en place. "La levée de certaines de ces privations ciblées de liberté s’entend si la situation épidémiologique s’améliore comme en ce moment. Il faut cependant être très prudents en cette période de rentrée car le ralentissement des transmissions observable actuellement n’est pas seulement attribuable au pass sanitaire mais aussi à la fermeture des écoles et des universités durant les longs congés d’été. Avec la reprise, le risque de rebond est très élevé et le pass sanitaire pourrait contribuer à l’éviter", met en garde le directeur de l'Institut de Santé globale à Genève.

Si l'idée de supprimer le pass sanitaire à l'entrée de certains lieux ne choque pas les épidémiologistes que nous avons interrogé, la question des indicateurs utilisés pose problème. "On se base sur l'incidence dans le département, mais il faut se baser sur une échelle plus petite, au niveau intercommunal par exemple", déplore Michael Rochoy.

Prendre en compte les disparités au sein d'un département

"Il peut y avoir d'importantes différences au sein même d'un département. Le pass ne sera par exemple plus demandé à l'entrée des centres commerciaux des Pyrénées-Orientales, puisque le taux d'incidence est de 150 sur la semaine écoulée. Mais le taux d'incidence est très différent selon les EPCI (établissements publics de coopération intercommunale, ndlr)".

En effet, selon les données disponibles par communautés de communes sur Geodes, l'incidence dans le département peut être comprise entre 10 et 20 cas pour 100 000 habitants dans la communautés de communes d'Agly-Fenouillèdes, et bondir entre 250 et 500 dans la communauté de communes Roussillon- Conflent. Le département compte trois centres commerciaux de plus de 20 000 mètres carrés, qui lèvent donc le pass sanitaire dès mercredi.

L'incidence varie fortement dans les Pyrénées-Orientales
L'incidence varie fortement dans les Pyrénées-Orientales

"Si on allège le pass sanitaire, il faut le faire avec ce type de maillage, afin de prendre en compte ce type de disparités territoriales", prône Michaël Rochoy.

"La fin du remboursement des PCR, dernier incitatif à la vaccination ?"

Mais le pass sanitaire ne sert pas qu'à sécuriser les lieux où certains doivent se retrouver sans masque. Depuis son élargissement cet été et l'allocution du président de la République, la vaccination s'est envolée sous l'effet de l'extension du pass. Alléger son champ d'application pourrait donc avoir un effet négatif sur la vaccination, alors que 85% des habitants éligibles et 86% des habitants majeurs ont reçu au moins une dose de vaccin.

Une crainte pointée du doigt par Antoine Flahault : "La fin du remboursement des tests PCR de confort pourrait représenter un dernier incitatif fort pour se faire vacciner", estime l'épidémiologiste. Ce qui donne encore un intérêt au pass sanitaire pour poursuivre la vaccination dans les prochaines semaines. 

Le Danemark lève toutes ses restrictions

"Désormais les dernières poches de non vaccinés sont certes constituées d’une minorité d’antivax qui ne sera sensible à aucun argument rationnel, environ 5%, mais surtout à une plus grande proportion de personnes encore hésitantes vis-à-vis du vaccin et qu’il faut plutôt chercher à convaincre ou encore à des personnes isolées ou exclues des systèmes actuels de déploiement de la campagne vaccinale et qu’il faut aller chercher un à un et leur proposer le vaccin" détaille l'épidémiologiste.

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La fin du remboursement des tests PCR est prévue mi-octobre, de quoi inciter certains à se faire vacciner pour pouvoir accéder à certains lieux soumis au pass sanitaire sans avoir à se ruiner. Un test PCR pourrait coûter autour de 49 euros. Le Danemark, premier pays européen à avoir déployé le pass sanitaire, à décider de lever l'ensemble des mesures anti-Covid en raison de la vaccination massive de la population la plus âgée. 

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