Covid, manque de débouchés: après leur Master, ces étudiantes ont dû changer leurs plans

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ÉDUCATION - “Je m’apprêtais à préparer les concours de professeur d’histoire, et puis j’ai commencé à douter.” Après cinq ans d’études, un mémoire, et un nombre incalculable d’heures passées à réviser, Margo, 24 ans, a finalement décidé de faire une croix sur son objectif professionnel. Cette année spéciale, marquée par la crise sanitaire, lui aura permis de prendre du recul et de réfléchir à ce dont elle avait vraiment envie.

“On peut parfois être influencé par une pression sociale. Dès le collège, on nous demande de choisir un métier. Alors on fonce, tête baissée, mais en prenant de l’âge, on réalise ce qui nous plaît vraiment”, analyse la jeune femme.

Et cette situation, Yulia la comprend parfaitement. Après avoir validé un Master d’histoire de l’art, la jeune femme a décidé d’emprunter un tout autre chemin, faute de débouchés. “Les professeurs nous disaient ‘préparez-vous à pôle emploi’”, se souvient-elle. Pas facile à encaisser quand on a 24 ans.

“En France, on privilégie ceux qui ont fait la Sorbonne ou l’École du Louvre. Je sors d’un Master de la fac de Poitiers, c’est donc très compliqué pour moi, d’autant plus que je n’ai pas fait de stages dans les grands musées”, déplore-t-elle.

“Je ne sais pas ce que je vais devenir”

Outre le manque de débouchés, les étudiants regrettent aussi parfois le caractère trop “général” de certaines filières, jugées “trop académiques”, et pas assez professionnalisantes. L’embarras du choix, c’est souvent un embarras tout court.

C’est le cas de Clara. “Je ne sais pas ce que je vais devenir”, s’inquiète la jeune femme. Sa dernière année en Master d’études politiques internationales touche à sa fin, et, pourtant, la jeune femme de 23 ans a le sentiment d’être totalement déboussolée. “Il n’y a aucune spécialisation dans mon Master et pas assez de stages pour gagner en expérience, alors on se retrouve seul dans notre galère”, regrette-t-elle.

Et la crise sanitaire n’a fait qu’exacerber son sentiment de désorientation. “Le Covid a chamboulé tous mes projets, je devais partir en échange international, je n’ai rien pu faire”, regrette la jeune femme.

Comme elle, beaucoup de jeunes évoquent une colère, un désordre, une frustration latente, et le besoin de prendre soin de sa santé mentale plus que de se mettre la pression pour envisager un avenir, qui, quoi qu’il advienne, se montre incertain.

Se réorienter, une décision difficile

Alors pour ces trois jeunes filles, l’heure est venue de se réorienter. Une décision difficile à prendre, surtout lorsque l’on ne veut pas surprendre ou décevoir son entourage. “J’appréhendais le regard des gens, et surtout celui de mes parents qui étaient fiers de mon parcours. Mais aujourd’hui, je me rends compte que je suis loin d’être un cas isolé”, constate Margo.

Toutes les trois visent un métier concret, dans un secteur qui recrute, et dans lequel il y a possibilité de s’épanouir.

Margo a fait le choix d’un BTS hôtellerie-restauration, un secteur qu’elle connaît déjà bien. “Ce sont mes jobs d’été qui m’ont guidée vers ce choix”, indique-t-elle. Et d’ajouter: “C’est un soulagement de savoir ce que je veux faire, et puis si ça ne marche pas, je travaillerai à droite, à gauche, j’ai décidé d’arrêter de me mettre la pression pour rien...”

Clara a quant à elle décidé de tenter sa chance à l’étranger. “J’attends encore mon visa, mais normalement je vais faire un Master en gestion publique internationale au Québec, je ne veux plus du système universitaire français.”

Yulia, elle, a choisi un Master en “management et administration des entreprises” dans le but de devenir cheffe d’entreprise. Des études “concrètes” qui lui permettront, elle l’espère, de monter sa propre société d’experte historienne en parallèle.

La crise du quart de vie

Tandis que la crise de la quarantaine a été abondamment développée par les psychologues au cours de ces dernières années, celle du “quart de vie” autrement intitulée “le blues des ‘twentysomething’”, reste peu connue. Et pourtant, elle existe bel et bien.

Ce spleen générationnel, identifié pour la première fois en 2001 par deux psychologues américaines, Alexandra Robbins et Abby Wilner, reflète un moment de transition fragilisant, une interrogation sur le sens que l’on veut donner à son existence et une remise en cause de tout ce que l’on pensait solide et dont on réalise soudain la fragilité illusoire. Les jeunes sont alors confrontés à l’angoisse des lendemains et au renoncement de leurs rêves.

Cette instabilité peut parfois être exacerbée par les réseaux sociaux. “Les réseaux sociaux alimentent un concours constant de popularité, et créent une distorsion sur la réalité de la vie des autres, de ce qu’ils sont vraiment. Et cela peut créer une sorte de complexe d’infériorité.”, analyse le professeur Olivier Robinson, interrogé par Les Inrocks.

Pour Boris Charpentier, interrogé parMarie Claire “le plus important est de s’interroger sur le sens que l’on veut donner à son existence. Qu’est-ce qui importe le plus? L’argent, le couple, les voyages? Il ne faut pas avoir peur de se poser les bonnes questions et de prendre des risques par la suite, quitte à faire des erreurs.”

“Quand on traverse la crise des 25 ans, on baigne dans la confusion”, explique Natasha McCreesh auprès de Cosmopolitan. “Mais c’est une confusion bénéfique, qui nous rapproche du moment où on se connaîtra parfaitement.”

Dans ce contexte, une seule règle: faire confiance à son instinct, poursuit la coach. “Si vous doutez à propos d’une situation ou d’une personne, ça veut souvent dire qu’elle n’est pas faite pour vous. A contrario, gardez bien en tête les conversations et les activités qui vous donnent de l’énergie et vous font vous sentir bien: elles indiquent la voie à suivre.”

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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