Covid: L'Afrique du Sud s'inspire de Moderna pour créer un vaccin à ARNm

·4 min de lecture
Le laboratoire de la biotech Afrigen Biologics au Cap, le 23 juin 2021. (Photo: Sumaya Hisham via Reuters)
Le laboratoire de la biotech Afrigen Biologics au Cap, le 23 juin 2021. (Photo: Sumaya Hisham via Reuters)

CORONAVIRUS - C’est ce qu’on appelle “l’ingénierie inverse”. L’Afrique du Sud est en phase de concevoir un “sosie” du vaccin anti-covid de Moderna. Soutenue par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’entreprise sud-africaine de biotechnologie Afrigen, basée au Cap, mène un projet pilote.

Les premières doses devraient être prêtes pour des essais cliniques d’ici un an, selon la directrice d’Afrigen, Petro Terreblanche. Des négociations sont en cours pour obtenir un contrat de licence avec le géant pharmaceutique américain pour la production. La recherche et le développement dans les installations ultramodernes, qui ont coûté environ 7,5 millions d’euros, ont commencé il y a trois mois.

“Cloner” le vaccin Moderna

La technologie innovante de l’ARNm consiste à injecter dans l’organisme des brins d’instructions génétiques qui dictent aux cellules du patient ce qu’il faut fabriquer pour lutter contre la maladie. Le procédé est utilisé par les laboratoires américains Moderna et Pfizer-BioNTech pour leurs vaccins anti-Covid.

Le “hub de transfert technologique” vise à donner aux pays pauvres et à revenu intermédiaire le savoir-faire et les licences nécessaires pour fabriquer des vaccins Covid-19. À ce jour, à peine 5% des Africains éligibles sont entièrement vaccinés. Largement à la traîne par rapport au reste du monde, l’Afrique est fortement dépendante des importations et des dons de doses par les pays riches.

“Ce que nous recherchons, c’est un vaccin de deuxième génération”, explique Martin Friede, coordinateur chargé des vaccins pour l’OMS à Genève. “Nous devons commencer par un sosie de Moderna”, poursuit-il. Mais l’idée est de mettre au point un vaccin “plus adapté aux pays à faible revenu”.

Alors que les vaccins à ARNm existants doivent être stockés à basse température, la formule d’Afrigen ne nécessitera idéalement que peu ou pas de réfrigération. Le projet vise à développer localement un vaccin innovant, adapté aux conditions notamment climatiques en Afrique.

Le professeur Petro Terreblanche, directeur général de la société de biotechnologie Afrigen et de l'installation Vaccine Hub au Cap, pose pour une photo à l'extérieur de leur bâtiment, le 5 octobre 2021. (Photo: RODGER BOSCH via Getty Images)
Le professeur Petro Terreblanche, directeur général de la société de biotechnologie Afrigen et de l'installation Vaccine Hub au Cap, pose pour une photo à l'extérieur de leur bâtiment, le 5 octobre 2021. (Photo: RODGER BOSCH via Getty Images)

Dans cette dynamique d’autonomie du continent africain, Afrigen prévoit ensuite de former d’autres pays africains à la fabrication du vaccin. Mais avant cela, la formule doit encore être mise au point. Le sud-africain Biovac, situé dans le même complexe qu’Afrigen, sera le premier à produire le nouveau vaccin à l’échelle commerciale.

La question des brevets encore en suspens

C’est à la Medicines Patent Pool (MPP) que revient de mener les pourparlers avec Moderna. L’organisation internationale, créée par l’Unitaid - organisation internationale d’achats de médicaments pour les pays pauvres - a pour mission de négocier des licences de traitements avec les titulaires de brevets. Avec un peu de chance, “nous pourrions obtenir un accord pour qu’ils ne fassent pas valoir leurs brevets”, a déclaré le mois dernier Charles Gore, directeur de la MPP.

Les géants de l’industrie pharmaceutique ont jusqu’ici résisté aux pressions pour lever les brevets sur les vaccins anti-Covid. L’Afrique du Sud et l’Inde en tête ont milité pour une levée temporaire permettant aux pays en manque de doses de produire localement des génériques moins chers. La semaine dernière, Moderna a annoncé son intention de construire une usine d’ARNm ultramoderne en Afrique. La fabrique produira jusqu’à 500 millions de doses de vaccins par an. Pour l’instant, ni date ni lieu n’ont été précisés.

Le projet Afrigen est financé par l’initiative Covax de l’OMS, pour un accès équitable aux vaccins. L’Afrique du Sud est officiellement le pays africain le plus touché par la pandémie, avec plus de 2,9 millions de cas et 88.300 décès.

Des doses du vaccin du laboratoire américain Johnson&Johnson sont conditionnées par le géant pharmaceutique Aspen à Gqeberha. Un accord similaire a été passé entre les laboratoires américains Pfizer et sud-Africain Biovac au Cap. Plusieurs autres projets de production de vaccins anti-Covid en Afrique sont à l’étude, en Algérie, au Maroc, en Egypte, au Nigeria, au Rwanda ou encore au Sénégal.

A voir également sur Le HuffPost: 50 millions de vaccinés: la course de graphique qui montre la progression française

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

LIRE AUSSI:

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles