Covid: "derrière la vague épidémique, la vague psychiatrique"

H.F. avec AFP
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A l'hôpital psychiatrique de Ville-Evrard, en Seine-Saint-Denis, le 3 novembre 2020 - Christophe ARCHAMBAULT © 2019 AFP
A l'hôpital psychiatrique de Ville-Evrard, en Seine-Saint-Denis, le 3 novembre 2020 - Christophe ARCHAMBAULT © 2019 AFP

"On s'attendait à des dépressions, à des anxiétés mais c'est beaucoup plus grave que ça": les conséquences désastreuses du premier confinement lié au Covid-19 commencent tout juste à retomber que les psychiatres de l'établissement de santé mentale de Ville-Evrard, en banlieue parisienne, craignent une deuxième "vague psychiatrique".

"En psychiatrie, la tension est permanente. Elle n'a fait qu'augmenter d'année en année mais on a connu un vrai paroxysme avec la période post-confinement, au mois de juin", explique à l'AFP Fayçal Mouaffak, chef de pôle à l'établissement de santé mentale (EPS) de Ville-Evrard à Saint-Denis ajoutant craindre de nouveau une "vague psychiatrique derrière la vague épidémique".

Avec son équipe, blouses blanches et masques FFP2 de rigueur, le psychiatre évalue les traitements de celui pour qui ses vêtements sont sa femme et qui refuse de les retirer, de celui qui ne sait pas toujours si on est le matin ou le soir... Des comportements fruits d'hallucinations, de troubles de l'humeur ou de confusion.

"Ici, 50% des patients souffrent de pathologies schizophréniques très invalidantes", précise le médecin qui partage ses jours et parfois ses nuits entre l'unité d'hospitalisation, les urgences de l'hôpital Delafontaine et le centre médico-psychologique (CMP) de Stains (Seine-Saint-Denis).

Dans l'étroit couloir rose et vert, décoré de dessins de patients, qui mène à la salle de repos, les malades déambulent: "vous avez compris, vous, le chat de Schrödinger ?", "Ta cannette est bloquée dans la machine !", "Tu danses?"... Des échanges anodins. Pourtant, la souffrance est palpable.

Un homme se met à hurler. "On s'est habitué à cette violence permanente. Si un patient est menaçant c'est qu'il pense que vous le menacez", décortique le médecin pour qui "il faut absorber les états d'angoisse par la discussion".

Episodes psychotiques

Après la première vague, "on s'attendait à des dépressions, à des anxiétés. Mais c'était beaucoup plus grave que ça avec beaucoup de premiers épisodes psychotiques graves chez des patients sans aucun antécédent psychiatrique", raconte Asma Ben Dhia, psychiatre dans l'établissement depuis 3 ans.

"Je me rappelle une mère de famille qui s'est auto-poignardée trois fois dans un contexte délirant autour du Covid et du confinement alors qu'elle n'avait aucun antécédent", enchaîne-t-elle.

Le virus perturbe aussi l'organisation: les patients sont testés avant leur arrivée et confinés jusqu'aux résultats. Ils s'avèrent rarement positifs peut-être parce qu'ils ont "la distance sociale chevillée au corps".

A cause de l'épidémie, les sorties et les visites ont été supprimées et des lits condamnés afin que les chambres doubles deviennent simples.

Face à "une explosion de la demande" et de fortes difficultés à recruter (2 postes d'infirmières sont toujours vacants), "le Covid nous oblige a être inventif". "La première vague a été assez rude et on s'attend à pire", ajoute Asma Ben Dhia.

Article original publié sur BFMTV.com