Covid: les appels à une 3e dose "pour tous tout de suite" se multiplient

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Pourquoi les appels à une 3e dose de vaccin

Pour Vittoria Colizza, directrice de recherche à l’Inserm, “il ne faut plus attendre" pour élargir la troisième dose de vaccin anti-Covid à toute la population.

COVID - Une troisième dose pour tous et tout de suite. C’est ce qu’exhortent certains membres de la communauté scientifique ces dernières semaines. Le but: mettre un frein rapide à la cinquième vague et éviter les restrictions drastiques que subissent certains de nos voisins.

Encore ce dimanche 21 novembre, Vittoria Colizza, directrice de recherche à l’Inserm qui prépare de nouvelles modélisations, se dit favorable à l’injection d’une troisième dose de vaccin pour tous tout de suite. “Il ne faut plus attendre, il n’y a plus de raison de prioriser telle catégorie d’âge! On n’a plus de problème d’approvisionnement ou d’administration comme au début de la campagne”, appelle-t-elle dans les colonnes du JDD.

Vendredi, c’est Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France (FHF) et maire Agir de Fontainebleau (Seine-et-Marne), qui a lancé le même appel sur Franceinfo: “Il faut absolument accélérer la troisième dose pour ceux qui sont appelés à le faire et il faut aussi élargir très vite cette dose de rappel à la population générale”.

Faire face à “un début de 5e vague fulgurant”

Cet empressement d’élargir la troisième dose a toute la population adulte est en lien avec la cinquième vague qui “commence de façon fulgurante”, selon les mots de Gabriel Attal. Invité du Grand Rendez-vous ce dimanche 21 sur Europe 1 et CNews, le porte-parole du gouvernement a évoqué “une augmentation des cas de quasi 80% en une semaine”, “avec 17.000 cas quotidiens”. “On a des éléments qui peuvent à la fois nous inquiéter et en même temps nous rendre confiant”, a-t-il poursuivi.

Il faut dire que la situation de certains pays voisins a de quoi inquiéter. L’Autriche a renconfiné sa population et a rendu le vaccin obligatoire pour tous. Les Pays-Bas, théâtre de violentes émeutes, ont réintroduit un confinement partiel avec une série de restrictions sanitaires et projettent désormais d’interdire certains lieux aux non-vaccinés. Quant à l’Allemagne, le gouvernement a décidé d’imposer de sévères restrictions aux non-vaccinés et ouvert la voie à une obligation vaccinale pour les personnels soignants.

“Le ‘booster’ agit en prévention”

Selon Vittoria Colizza, la France a plusieurs outils “pour éviter d’en arriver là”, ”à commencer par la troisième dose, le ‘booster’”. “D’un point de vue épidémique, il est urgent de l’exploiter, car ce rappel aide à ‘pousser’ la protection contre l’infection. Développé contre la souche de Wuhan, le vaccin reste très efficace contre les formes graves après infection avec le variant Delta, ce n’était pas gagné”, explique-t-elle au JDD.

“Le ‘booster’ agit en prévention: il va faire remonter l’efficacité vaccinale contre l’infection pour qu’une personne exposée au virus ait une probabilité bien plus faible d’être contaminée. On a besoin de réduire la circulation virale dans la population pour diminuer aussi les hospitalisations. Le rappel, c’est la mesure barrière qui, coordonnée avec une couverture vaccinale élargie, va freiner l’épidémie”, exhorte-t-elle.

Un avis confirmé par le virologue et membre du Conseil scientifique, Bruno Lina, ce dimanche au micro de RTL. “Le niveau de protection baisse au bout de six mois, en particulier chez les plus de 65 ans et les plus fragiles. On retrouve ainsi un petit risque de développer une forme grave, mais surtout on perd beaucoup de protection du risque d’infection simple”.

Sans se prononcer d’ores et déjà pour une dose pour tous les adultes, le scientifique estime qu’il faut ”étendre le plus possible cette couverture vaccinale afin de protéger le système de santéet éviter que les malades aillent à l’hôpital, en réanimation”. “On attend d’avoir encore quelques données scientifiques, mais il est probable que la troisième dose soit quelque chose qui doit être fait par tous, entre six mois et un an après la dernière injection”, ajoute-t-il.

En octobre, Pfizer avait communiqué les résultats d’un essai clinique réalisé sur 10.000 personnes montrant qu’une dose de rappel du vaccin était efficace à 95,6% contre les formes symptomatiques de la maladie. Les résultats d’efficacité pour Moderna sont encore attendus mais une étude a montré qu’une dose de rappel augmentait bien les niveaux d’anticorps. Pour Pfizer-BioNTech, le dosage pour le rappel est le même (30 microgrammes), tandis que pour Moderna, le rappel est en réalité une demi-dose (50 microgrammes contre 100 pour les deux injections initiales).

Freiner l’engorgement des hôpitaux

Pour Frédéric Valletoux, l’urgence naît aussi de la nécessité de préserver les hôpitaux déjà grandement fragilisés. “On voit arriver l’hiver avec une certaine inquiétude. Le constat d’un hôpital sous très forte tension est partagé par tous les hospitaliers. Après deux ans de mobilisation contre le Covid-19 alors que l’hôpital était déjà fragile avant l’épidémie, on a des personnels moins nombreux sur le front et des tensions plus fortes. Les hospitaliers feront face mais à quel prix? Il y aura sans doute encore des déprogrammations importantes, ce qui n’est pas sans répercussions en matière de santé publique”, met-il en garde sur Franceinfo. 

Emmanuel Macron n’a pas écarté la possibilité de rendre éligible toute la population à une troisième dose et d’y conditionner le pass sanitaire. “S’il s’avère qu’une troisième dose est efficace et nécessaire pour les autres publics, évidemment, on l’intégrera dans la logique du pass”, a déclaré le président à la Voix du Nord.

De son côté, la Haute autorité de santé (HAS) s’est prononcée vendredi pour un élargissement de la dose de rappel aux plus de 40 ans, six mois après la primo-vaccination, les dernières études suggérant en effet un bénéfice pour cette tranche d’âge.

“Pas d’urgence” à la 3e dose pour tous, selon Delfraissy

Mais pour Jean-François Delfraissy, président du conseil scientifique, il n’y a toutefois pas d’urgence à appliquer la 3e dose pour tous. En effet, il rappelle que la population plus jeune a été vaccinée plus tard et qu’il faut attendre six mois entre la 2e et la 3e dose. 

Gabriel Attal a également indiqué qu’un Conseil de défense sanitaire aurait lieu au sommet de l’État la semaine prochaine.

À voir également sur Le HuffPost: Quand Olivier Véran écartait la 3ème dose pour le pass sanitaire

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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