Tombola, tests payants, pass sanitaire élargi... Comment relancer la vaccination en France ?

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Le nombre de premières injections réalisées chaque jour ne cesse de diminuer, alors que la menace du variant Delta se fait de plus en plus pressante.

Moins de 200 000 premières injections sont réalisées chaque jour, contre un pic à 400 000 il y a un mois. La vaccination ralentit nettement alors que près de 20 millions d'adultes, soit 38%, n'ont toujours pas reçu la moindre dose de vaccin.

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Un ralentissement qui inquiète d'autant plus que la menace d'une quatrième vague, sous l'effet du variant Delta, plus contagieux, se précise et touche plusieurs pays voisins, comme le Royaume-Uni, le Portugal ou encore l'Espagne.

Une liste des patients pour appeler ceux qui n'ont pas été vaccinés

Alors que la vaccination obligatoire dans la population n'est pas envisagée, plusieurs leviers existent pour relancer la campagne vaccinale. "Il faut mettre à disposition des médecins traitants la liste des patients et leur état vaccinal. Cela permettrait de pouvoir contacter nos patients non vaccinés pour leur proposer le vaccin voire leur prendre un rendez-vous dans un centre", plaide Michaël Rochoy, médecin généraliste dans le Pas-de-Calais. 

Une manière "d'aller chercher les patients qui soit hésitent, n'arrivent pas à trouver de rendez-vous, ou ne prennent pas le temps de le faire", complète le généraliste, qui souhaite également que davantage de doses soient allouées aux pharmaciens et généralistes afin de pouvoir vacciner directement en cabinet".

Faire payer les tests des non-vaccinés ?

Les vaccins Moderna sont depuis plusieurs semaines destinés aux médecins généralistes et aux pharmacies, mais plusieurs généralistes rapportent les difficultés d'approvisionnement. Ils souhaiteraient également avoir accès au vaccin Pfizer, dont les quantités en France sont beaucoup plus importantes.

Autre piste proposée par l'Académie de médecine, "suspendre le remboursement des tests RT-PCR et des tests antigéniques pratiqués pour convenances personnelles (obtention d’un passe sanitaire, voyages internationaux, participation à des événements collectifs)", écrit-elle, tout en maintenant "la gratuité des tests RT-PCR et des tests antigéniques prescrits pour la détection du SARS-CoV-2 à des fins diagnostiques (confirmation d’un cas suspect de Covid-19) et épidémiologiques".

"Parmi les facteurs qui peuvent détourner les individus de la vaccination, il faut s’interroger sur le recours répété aux tests RT-PCR ou antigéniques qui sont offerts gratuitement sur le sol Français à la différence de la plupart des pays européens", écrit l'Académie dans son communiqué.

Rendre obligatoire la vaccination des soignants ?

Une mesure qui séduit Jérôme Marty, président du syndicat Union Française pour une Médecine Libre, qu'il aimerait appliquer à certaines professions. "J'ai longtemps été contre l'obligation vaccinale, mais au bout de sept mois, on ne peut plus comprendre le refus dans les professions de santé et en contact avec de nombreuses personnes. S'ils refusent la vaccination, il faut leur faire payer les tests de dépistage auxquels ils sont fréquemment soumis", estime celui qui est aussi médecin généraliste.

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En Italie, la vaccination est obligatoire pour le personnel soignant. Des premières sanctions ont été prises, des suspensions de salaire. "En France, on manque de personnel. Si on suspend les salaires de ceux qui refusent la vaccination, on s'expose à des démissions, on ne peut pas se permettre de telles mesures", remarque Jérôme Marty.

Élargir le pass sanitaire ?

D'autres pistes pourraient également être explorées, via le pass sanitaire. "On pourrait l'élargir aux lieux à risque de contamination avérée, comme les restaurants ou les salles de sport. D'un côté, cela inciterait à se faire vacciner pour éviter les tests PCR à répétition, et de l'autre, les restaurateurs pourraient attirer des clients en mettant en avant l'aspect 'sûr' de leur restaurant", propose Michaël Rochoy.

"Le pass sanitaire ne sera jamais un droit d’accès qui différencie les Français. Il ne saurait être obligatoire pour accéder aux lieux de la vie de tous les jours comme les restaurants, théâtres et cinémas, ou pour aller chez des amis", détaillait Emmanuel Macron le 28 avril lors de la présentation du dispositif.

"Amener le vaccin aux patients"

Au-delà de ces mesures, Jérôme Marty plaide pour "une vraie communication auprès des Français sur l'intérêt de la vaccination, tant au niveau personnel que collectif. On ne parle que de la menace du variant. Il faut expliquer clairement les choses, faire des grandes campagnes d'information et rappeler ce qu'on a vécu depuis 18 mois", plaide le président de l'UFML.

Parmi les autres pistes évoquées par les médecins que nous avons interrogés, "multiplier les centres de vaccination mobiles dans les lieux de passage comme les centres commerciaux afin de proposer aux passants de se faire vacciner, alors qu'ils n'auraient pas fait la démarche d'eux-mêmes, par procrastination par exemple", prolonge Michaël Rochoy, ou encore la multiplication des centres mobiles sans rendez-vous qui se déplacent dans certains quartiers, comme à Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis) par exemple. 

"C'est la meilleure façon d'amener les vaccins aux patients, notamment parmi les populations précaires ou âgées, qui ne peuvent pas se déplacer en centre de vaccination ou qui n'ont pas accès à Internet", plaide Jérôme Marty.

Des tombolas ou des bons de réduction ?

D'autres idées, qui divisent davantage, sont également mises en avant pour relancer la campagne de vaccination, directement inspirées de l'étranger. "Je ne comprends pas pourquoi on ne parle pas d'"incentive" (des mécanismes d'incitations, ndlr) comme certains pays étrangers le font. Tous les moyens sont bons pour faire avancer la vaccination tant que ces moyens sont éthiques", propose Fabienne Pinson, Docteure en pharmacie, cofondatrice et présidente Citizen4Science.

"Sans parler de rémunération en cash, qui pourrait être mal perçue, on pourrait au moins lancer le débat sur certaines mesures comme des loteries, des bons de réduction, des places pour des spectacles, des réductions dans des commerces locaux... bref, toute mesure qui incite les gens à se faire vacciner", illustre Fabienne Pinson. C'est l'idée de la métropole de Nîmes à destination des jeunes. Pour les inciter, les 18-25 ans qui sont vaccinés participeront à une tombola pour recevoir des cadeaux allant jusqu'à 250 euros.

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