Covid-19: la subite propagation en Corée du Nord probablement liée à une parade militaire

Kim Jong-un, masqué, sur la télévision nord-coréenne le 12 mai 2022  - ANTHONY WALLACE / AFP
Kim Jong-un, masqué, sur la télévision nord-coréenne le 12 mai 2022 - ANTHONY WALLACE / AFP

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Un revirement de situation inattendu. Aux prémices de la pandémie de Covid-19 en 2020, la Corée du Nord, l'une des dictatures les plus fermées de la planète, avait été l'un des premiers pays à totalement fermer des frontières après l'apparition du virus dans la Chine voisine. Depuis, Pyongyang se vantait de sa capacité à tenir le virus à distance et n'avait, jusqu'à présent, signalé aucun cas confirmé de la maladie à l'OMS.

Ce vendredi, les Nord-Coréens ont été contraints de se rendre à l'évidence. Les autorités sanitaires de ce pays qui vit en quasi-autarcie depuis plusieurs décennies a annoncé vendredi son premier mort du Covid-19. Celles-ci ont également précisé que le virus s'est déjà répandu à travers tout le pays et que des dizaines de milliers de personnes sont actuellement "isolées et soignées".

Un défilé sans masques ni distanciation

Selon plusieurs spécialistes dont Hong Min, chercheur à l'Institut coréen pour l'unification nationale, basé à Séoul, l'actuelle épidémie de Covid-19 serait "étroitement liée à la parade du 25 avril", un gigantesque défilé militaire à l'occasion du 90e anniversaire de l'Armée populaire révolutionnaire de Corée.

Censé être une célébration triomphale des prouesses martiales de la Corée du Nord, un défilé militaire géant pour célébrer la fondation de l'armée pourrait avoir involontairement propagé le Covid-19 dans tout le pays.

Les images de l'événement diffusées par la télévision d'État montrent des milliers de personnes - non masquées et sans distanciation sociale - entassées sur la place Kim Il Sung à Pyongyang pour voir défiler les soldats et applaudir le passage de chars, de lance-roquettes et de gros missiles balistique intercontinentaux (ICBM).

"Plus de 20.000 personnes se sont préparées à la parade deux mois avant l'événement et sont restées dans la capitale pour des séances de photos avec Kim Jong Un", a ajouté Hong Min.

Imprudence

Le régime de Kim Jong Un ne semble selon lui avoir "réalisé la gravité" de la situation que tardivement et a procédé à des tests de dépistage du Covid-19 après le retour des participants au défilé dans leurs districts.

Aucun des 25 millions d'habitants n'est vacciné contre le coronavirus, Pyongyang ayant rejeté les offres de vaccination de l'Organisation mondiale de la santé, de la Chine et de la Russie.

"L'organisation d'un défilé militaire en présence d'une grande foule, alors que le variant Omicron faisait rage en Chine voisine, montre que Pyongyang était trop confiant dans ses capacités à combattre et à prévenir le virus", assure Cheong Seong-chang, de l'Institut Sejong.

Kim Jong-un, qui apparaissait masqué pour la première fois, a en personne présidé jeudi une réunion d'urgence du bureau politique sur la situation épidémique. Il a ordonné des mesures de confinement pour tenter d'enrayer la propagation du virus.

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Crise sanitaire majeure?

Le pays pourrait dès lors faire face à une crise sanitaire majeure, Omicron étant hautement transmissible, a-t-il estimé, rappelant que Pyongyang a fait état de près de 20.000 cas en une seule journée. "Si le nombre de décès dus à Omicron monte en flèche, Pyongyang pourrait être amené à demander le soutien de la Chine" voisine, a-t-il ajouté. Pékin a offert jeudi son aide à la Corée du Nord dont les infrastructures sanitaires sont notoirement défaillantes.

D'autant que depuis quelques mois, il semble que la Corée du Nord ait relâché sa vigilance sur le plan intérieur, les médias d'État faisant état de la lutte contre l'épidémie de manière plus sporadique, selon les analystes.

A l'époque du défilé de 2021, la circulation des personnes et des biens vers et depuis la Chine faisaient l'objet d'un verrouillage quasi-total, note Yang Moo-jin, professeur à l'Université des études nord-coréennes. Mais au début de l'année, la Corée du Nord a brièvement assoupli ses restrictions sanitaires, menant probablement à l'épidémie actuelle d'Omicron, ajoute-t-il.

"Le virus a pu pénétrer en Corée du Nord par trois voies différentes : les chemins de fer, le transport maritime et la contrebande", a-t-il ajouté. "Le fait est qu'il est venu de Chine."

En annonçant ses premiers cas de Covid-19, la Corée du Nord sort du club, très fermé, des pays qui n'avaient jusque-là déclaré aucun cas de la maladie. Dernier en date, le Turkménistan, qui refuse toujours d'admettre officiellement sa réalité sanitaire alors que le coronavirus aurait déjà fait sur place plusieurs milliers de morts.

Article original publié sur BFMTV.com

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