Covid-19: les sorties médiatiques du Pr Delfraissy agacent l'exécutif

Par Jules Pecnard avec Jérémy Brossard et Agathe Lambret
·3 min de lecture
Jean-François Delfraissy au Sénat.  - Thomas Samson
Jean-François Delfraissy au Sénat. - Thomas Samson

"La place du médecin n'est pas forcément de faire la tournée de tous les plateaux télé." Ce mercredi matin sur France Inter, Christophe Castaner a laissé paraître un léger courroux. Le président du groupe La République en marche n'a pas précisé s'il faisait allusion aux récentes déclarations du Pr Jean-François Delfraissy qui, en l'espace de 48 heures, a semblé faire des préconisations pour le moins contradictoires en matière de mesures de restriction face au Covid-19.

L'ancien socialiste n'est pas le seul ponte de la macronie à exprimer cet avis. D'autres, pour partie au sommet de l'État, font un constat similaire, voire plus ciblé, quitte à mettre une forme de pression sur le chef de file du Conseil scientifique.

"Jean François Delfraissy nous pilonne à chaque fois. Ça énerve. Il nous fait le tapis de bombes sur les vaccins, sur le confinement... Il est grisé par sa position. C'est la science dans sa toute-puissance", s'agace un ministre auprès de BFMTV.

Rétropédalage

Depuis que l'épidémie de Covid-19 a commencé à se répandre en Europe il y a un an, la présence de médecins dans les médias est devenue monnaie courante. Au point parfois d'induire une forme de confusion dans l'esprit des Français. À plusieurs reprises, pouvoir politique et corps médical ont défendu des positions contradictoires, l'un disposant d'une légitimité démocratique et l'autre, son expertise.

En l'espèce, le président du Conseil scientifique a déclaré dimanche sur BFMTV qu'il y avait "urgence" à imposer des mesures de restriction plus dures pour freiner la propagation des nouveaux variants du coronavirus, qu'il assimilait à une "deuxième pandémie". Et de se raviser dans une interview publiée mardi dans les colonnes de Libération, où il déclare que la France n'en "est pas à une semaine près".

"Il faut l'entendre"

Jean-François Delfraissy a eu beau assurer à BFMTV qu'il n'avait "pas changé d'un iota" et préciser sa pensée, son apparent revirement a beaucoup "surpris" certains membres du gouvernement. "Cette Une de Libé ne vient pas de chez nous", nous assure-t-on par ailleurs afin d'évacuer toute rumeur de mise sous cloche du célèbre immunologue.

"On a déjà eu à l'automne des sorties de Delfraissy qui ne nous arrangeaient pas. On n'a pas de prise sur lui en terme de communication, sa communication est indépendante. (...) Je pense qu'il parle en tant que scientifique. Quand il dit 'il y a une urgence', il le dit avec sa temporalité de scientifique qui n'est pas la même qu'en politique", minimise une source au sein de l'exécutif auprès de BFMTV.

D'autres vont plus loin encore, se disant sensibles à certains arguments avancés par le président du Conseil scientifique. "Il faut l’entendre quand il en appelle à la responsabilité individuelle des personnes âgées, c’est d’ailleurs ce qu'il se passe. Tu ne peux pas obliger les gens. Mais pourquoi toujours sacrifier les plus jeunes", s'interroge ainsi un conseiller ministériel.

"Il va trop loin sur les vaccins"

À l'issue du Conseil de défense réuni ce mercredi à l'Elysée, un participant nous a confirmé que les différentes sorties de Jean-François Delfraissy avaient bel et bien agacé. "Qu’il dise 'on va reconfiner', c’est son rôle et c’est normal", reconnaît-il.

"Là où il va trop loin, c’est sur les vaccins, sur le variant en disant que c’est une 'deuxième épidémie', quand il dit que le vaccin n’est pas efficace contre les variants, en étant hyper pessimiste alors que le lendemain, Moderna dit que c’est efficace", nous égrène-t-on.

Et de conclure: "Ça c’est très dangereux. Si on commence à peur aux gens... C’est ça qui a énervé."

Article original publié sur BFMTV.com