Covid-19: la pression s'accentue sur l'exécutif face à la flambée épidémique

Alexandra DEL PERAL
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La France échappera-t-elle à un confinement dur, avec écoles fermées? Si Emmanuel Macron, assure que "rien n'est décidé", la semaine qui arrive s'annonce décisive pour sortir le pays de la troisième vague de l'épidémie de Covid-19.

Saturation des hôpitaux, établissements scolaires dépassés: y-aura-t-il un tour de vis supplémentaire cette semaine ? "Rien n'est décidé", répond Emmanuel Macron dans le Journal du dimanche.

"Pour les jours qui viennent, nous allons regarder l'efficacité des mesures de freinage et nous prendrons si nécessaire celles qui s'imposent", souligne le chef de l'Etat dans cet entretien réalisé vendredi soir, alors que la situation sanitaire est de nouveau qualifiée de "critique" par l'exécutif.

Un conseil de défense doit se tenir mercredi pour décider d'un éventuel durcissement des mesures.

Car le scénario anticipé dès janvier par les épidémiologistes s'est révélé exact: l'épidémie a progressé quasiment partout en France en mars, poussée par le variant anglais, jugé plus contagieux et plus virulent.

Le nombre de malades en réanimation s'élevait dimanche en fin de journée à 4.872, frisant le pic de la deuxième vague à l'automne (4.903). Au total, 94.492 personnes sont mortes depuis le début de l'épidémie.

- Gestion "hypocrite" -

Depuis vendredi minuit, trois départements -- le Rhône, l'Aube et la Nièvre -- se sont ajoutés aux 16 autres, dont Paris et sa région, soumis à des mesures de restrictions plus sévères: pas de déplacements à plus de 10 km sans dérogation, pas de sortie du territoire sans motif impérieux, commerces fermés et demi-classes en lycée.

Parallèlement, 24 autres départements sont sous vigilance renforcée. Dans le reste du pays, un couvre-feu est en vigueur de 19H00 à 06H00. Partout, bars, restaurants, lieux culturels restent fermés.

"La bataille des prochains jours est simple. Du pragmatisme et une réponse adaptée face au virus, des mesures de freinage en particulier destinées à préserver les soignants et les personnes vulnérables et une mobilisation générale pour dérouler notre plan d'attaque sur le vaccin", a résumé Emmanuel Macron.

Même tonalité chez son ex-ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, qui a jugé sur BFM TV qu'il faudra parvenir à trouver un "point d'équilibre" entre les mesures de restrictions sanitaires et "la vie des enfants à l'école, la vie des salariés, des femmes et des hommes".

Car sur le terrain les signaux d'alarmes se multiplient.

En Ile-de-France, 41 directeurs médicaux de crise de l'AP-HP (Assistance publique - Hôpitaux de Paris) évoquent une "situation de médecine de catastrophe", disant se préparer à devoir "faire un tri des patients afin de sauver le plus de vies possibles", dans une tribune publiée par le JDD.

"Dans les quinze prochains jours", estiment les signataires, "nous savons d'ores et déjà que nos capacités de prise en charge seront dépassées".

Dans une autre tribune dans Le Monde, neuf médecins de l'AP-HP étrillent la gestion de crise de l’exécutif, estimant qu'"en imposant aux soignants de décider quel patient doit vivre, le gouvernement se déresponsabilise de façon hypocrite".

- "Lumière au bout du tunnel" -

Dans l’Éducation nationale, les témoignages s'enchaînent pour relater les difficultés grandissantes à faire fonctionner les établissements, les personnels enseignants et administratifs étant eux-mêmes touchés par l'épidémie.

En Seine-Saint-Denis, département francilien particulièrement frappé, des élus ont de nouveau tiré la sonnette d'alarme.

"Depuis plusieurs semaines et chaque jour davantage, la situation sanitaire dans les écoles (du département) se dégrade. Élèves, enseignants, personnels communaux (...) sont de plus en plus nombreux contaminés par le virus. Ils ne peuvent plus assurer leurs missions", avertissaient samedi cinq maires du département dans Le Parisien.

Chez les 0-14 ans le taux d'incidence a augmenté de 31% du 15 au 21 mars par rapport à la semaine précédente, selon le point épidémiologique publié vendredi par l'agence sanitaire.

Contrairement à nombre de ses voisins européens, la France refuse de fermer ses écoles même si désormais l'apparition d'un malade dans une classe entraîne sa fermeture dans les 19 départements les plus touchés.

Pour le chef de l'Etat, "la fermeture complète des écoles ne saurait être un tabou, mais elle doit demeurer un dernier recours et une mesure limitée au maximum dans le temps".

Nombre d'épidémiologistes recommandent un durcissement des restrictions. Et des élus demandent l'extension de la vaccination, ouverte samedi aux plus de 70 ans sans comorbidités.

"Ce serait un mauvais choix politique et sanitaire", pour Emmanuel Macron. "Si j'ouvrais à toutes les tranches d'âge d'un coup, il y aurait des inégalités sociales et territoriales dans l'accès au vaccin", assure-t-il.

Alors que près de 3 millions de doses supplémentaires sont attendues cette semaine, le président mise sur le déploiement de "mégacentres" de vaccination pour tenir son engagement de "proposer un vaccin à tous les adultes qui le souhaitent avant la fin de l'été".

Une accélération de la production et de la livraison des vaccins qui va permettre à l'Europe de voir "la lumière au bout du tunnel", assure le commissaire européen en charge des vaccins, Thierry Breton, alors que l'Union Européenne a été vivement critiquée pour sa gestion du dossier.

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