Covid-19: saturé, l'hôpital de Roubaix transfère un patient vers l'Allemagne

Fanny DESTOMBES, Pierre BEAUVILLAIN, Catherine BOITARD
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"Tout ira bien": son frère, malade du Covid, est plongé dans un coma artificiel, mais avant son transfert par avion mardi vers un hôpital allemand, Dominique Leman tient pourtant à le rassurer, dans le couloir du service de réanimation de l'hôpital de Roubaix.

A 73 ans, Philippe Leman est le quatrième patient transféré des Hauts-de-France en Allemagne, vers l'hôpital de Münster. Une opération pour "pallier l'urgence" dans le service roubaisien de réanimation, dont la capacité, avec 30 lits occupés aux deux-tiers par des victimes de l'épidémie "est dépassée", explique le praticien hospitalier Clément Vanbaelinghem.

"L'hôpital de Roubaix était en saturation, l'hôpital de Tourcoing l'est, Saint-Philibert (à Lille, ndlr) l'est, Dunkerque l'est, Valenciennes l'est", énumère Patrick Goldstein, chef du Samu du Nord sur le tarmac de l'aéroport de Lesquin.

"Nous savons que cette semaine va être la semaine de toutes les difficultés", avertit-il, prévoyant qu'il faudra encore ces prochains jours "transférer des patients pour en accueillir d'autres. Parce que notre pari c'est de pouvoir donner le maximum de soins à tous les patients."

La famille de Philippe, dont l'état de santé s'était brutalement dégradé après son hospitalisation le 1er novembre, a donné son accord, impératif.

Mais même si elle sait pouvoir compter sur des nouvelles régulières de l'hôpital allemand, à moins d'une heure de vol, elle n'est pas sans inquiétude sur l'état d'esprit du patient quand il émergera.

Comme une sorte de viatique, "nous avons eu l'idée de lui rédiger une lettre", pour "retracer ce qui lui est arrivé depuis le premier jour, et des messages d'affection", explique Dominique Leman, dont une sœur est également hospitalisée en "Covid conventionnel".

- "Cochonnerie épouvantable" -

Intubé et ventilé "depuis plus de 48h", dans un état "grave mais stable", sans "autres défaillances" que ses atteintes pulmonaires, et pesant moins de 100 kilos, Philippe Leman remplit les critères "excessivement rigoureux", régissant les transferts, expliquent MM.Vanbaelinghem et Goldstein.

Car l'opération reste "compliquée", et pas question de prendre des risques. Un second transfert prévu dans la journée a d'ailleurs dû être annulé au dernier moment, l'état du patient n'étant plus jugé compatible, indique le chef du Samu 59.

De l'hôpital de Roubaix, quitté en ambulance sous l'escorte de cinq médecins et infirmières du Samu, au petit avion médicalisé qui l'a pris en charge à l'aéroport de Lille, le départ de Philippe Leman aura pris près de 2H30. Mais pour tout organiser, "cela fait quatre ou cinq jours que l'on est dessus", rappelle le docteur Vanbaelinghem.

"Nous transférons pour des raisons de ressources humaines", face au manque d'infirmiers et aide-soignants qui empêche l'unité de se doter de cinq lits supplémentaires, explique-t-il.

En concédant sa "fatigue et inquiétude", face à une épidémie à la "dynamique inconnue": "si ça continue, on va peut-être être complètement débordés".

"Il faut aider les soignants", martèle Dominique Leman. Pour ce faire, l'Etat doit "renforcer les mesures" de confinement, et "les contrôles", et les "citoyens prendre conscience que ce virus est une cochonnerie épouvantable": "comme mon frère, on peut avoir en quelques heures 50% des poumons hors d'usage".

Comme en écho à cette mise en garde, la préfecture a pris mardi un arrêté imposant la fermeture totale des commerces de 21 h à 06H00 du matin à Roubaix, où la situation se dégrade fortement.

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