Covid-19 : rouvrir les terrasses mi-mai, un objectif réaliste ?

Matthieu Brandely
·6 min de lecture
Paris, le 26 octobre 2020

Le 31 mars, Emmanuel Macron annonçait rouvrir certains lieux de culture et les terrasses "dès la mi-mai". À un mois de cette date attendue par beaucoup, la situation sanitaire reste pourtant critique.

C'était la carotte au bout du bâton. En annonçant un confinement le 31 mars dernier, Emmanuel Macron traçait l'espoir d'un retour à la vie normale. "Dès la mi-mai, nous commencerons à rouvrir certains lieux de culture. Nous autoriserons sous conditions l'ouverture de terrasses", annonçait le président de la République. Pourtant, cet objectif semble avoir du plomb dans l'aile. Les ministres rivalisent de prudence sur cette date.

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Interrogé sur le sujet, Bruno Le Maire rappelle sur RMC que le 15 mai n'est "qu'une hypothèse", tandis que le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a souligné ce mercredi que "la troisième vague n'est pas derrière nous, le pic des hospitalisations n'a encore pas été atteint", et prévoit des "jours difficiles" à venir à l'hôpital.

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Mais à un mois de l'objectif de la mi-mai, les indicateurs sanitaires n'incitent pas à l'optimisme. Les admissions à l'hôpital et en réanimation sont toujours en hausse, avec désormais 5952 personnes en réanimation et plus de 31 000 patients hospitalisés. Le nombre de tests positifs semble lui se stabiliser voire légèrement baisser, mais dans de faibles proportions.

"Tout est faisable, mais tout n'est pas raisonnable"

"On compte en moyenne 25 jours entre la contamination et le décès. Avec le haut niveau de contamination par jour actuellement, cela veut dire qu'à la mi-mai, on aura encore un haut niveau de mortalité mais également une forte occupation des services de réanimation", rappelle Michaël Rochoy, chercheur en épidémiologie.

De quoi rendre impossible la réouverture annoncée ? Pas forcément, puisqu'Emmanuel Macron n'a pas conditionné la réouverture à un objectif sanitaire. "Dans l'absolu, tout est faisable mais tout n'est pas raisonnable. Or, en ne fixant pas d'indicateur sanitaire à atteindre, Emmanuel Macron se laisse la possibilité de tout faire, même ce qui n'est pas raisonnable", poursuit Michaël Rochoy.

"Pas raisonnable de rouvrir les terrasses mi-mai"

Pour lui, "ce qui serait raisonnable, c'est regarder le nombre cas de contaminations, d'hospitalisations, de réanimations, et en fonction de la dynamique, prendre des décisions. Mais ce n'est pas raisonnable de rouvrir les terrasses mi-mai", détaille le chercheur en épidémiologie.

Dans Le Figaro, un responsable de la majorité jure : 'On tiendra le calendrier', tandis que l'Élysée indique que "tout n’est plus indexé seulement sur des données épidémiologiques par essence imprévisibles, mais aussi sur des données objectives", en référence à l'objectif du 15 décembre.

"Le risque de relancer l'épidémie"

Emmanuel Macron avait en effet conditionné la fin de deuxième confinement le 15 décembre à moins de 5 000 contaminations par jour et moins de 3 000 lits de réanimation occupés. Actuellement, près du double du nombre de lits de réanimation sont occupés, et on compte environ 7 fois plus de cas par jour.

"Au mieux, à la mi-mai les indicateurs seront au même niveau qu'aujourd'hui, après avoir passé un pic. La situation ne sera pas assez bonne pour rouvrir les terrasses, le risque serait de faire comme en décembre : relâcher trop tôt les restrictions et conduire à une nouvelle flambée de l'épidémie. À moins de considérer qu'il est acceptable de vivre avec 300 morts par jour et des hôpitaux débordés en permanence...", met en garde de son côté l'épidémiologiste Catherine Hill.

Le risque que les écoles relancent l'épidémie

D'autant que d'ici à la mi-mai, des mesures susceptibles de ralentir la baisse de l'épidémie voire de la relancer devraient avoir lieu, comme la réouverture des écoles maternelles et primaires le 26 avril puis des collèges et lycées une semaine plus tard.

"La circulation du virus sera encore importante lors de la réouverture prévue des écoles. Si le protocole sanitaire n'y est pas renforcé d'ici là, il y a le risque de relancer des contaminations", prévient Michaël Rochoy, qui appelle notamment à instaurer des demi-jauges au collège et au lycée.

"Les terrasses cumulent ce qu'il ne faut pas faire en extérieur"

Mais la poursuite de la fermeture des terrasses risque d'avoir du mal à être comprise, alors que le gouvernement incite à être dehors en communiquant autour du slogan "dedans avec les miens, dehors en citoyen". "Certes on se contamine peu en extérieur, mais les terrasses cumulent tout ce qu'il ne faut pas faire en extérieur : densité de personnes statiques sans masque, qui parlent, et qui ne respectent pas forcément les distanciations sociales, comme on avait pu le voir en octobre dernier", ajoute Michaël Rochoy.

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Une fermeture des terrasses de plus en plus difficile à faire accepter par l'opinion publique alors que certains pays rouvrent au fur et à mesure, comme Israël et la Grande-Bretagne, et que l'Espagne a laissé les terrasses des bars et restaurants ouverts, attirant de nombreux Français.

"Les semaines 'gagnées' en ne confinant pas sont aujourd'hui perdues"

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"Les semaines soi-disant gagnées par Emmanuel Macron cet hiver en ne confinant pas, sont aujourd'hui perdues par la France vis-à-vis des autres pays comme le Royaume-Uni et Israël, qui ont confiné cet hiver et retrouvent une vie plus normale au printemps. Pas sûr que le calcul de Macron ait été gagnant", regrette Michaël Rochoy, partisan d'un confinement au mois de janvier.

Emmanuel Macron doit présider ce jeudi une réunion sur la réouverture des lieux fermés, en compagnie de nombreux ministres, pour "étudier les protocoles sanitaires envisagés pour la réouverture progressive", selon l'Élysée. Selon un journaliste, les syndicats de la restauration ont proposé une réouverture complète des bars, restaurants et cafés en intérieur le 12 juin.

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