Covid-19 en RDC: Kinshasa a vécu sa première nuit de couvre-feu

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La République démocratique du Congo a lancé, dans la soirée du vendredi 18 décembre, son premier couvre-feu. Face à une forte hausse des cas de Covid-19, les autorités ont décidé d’interdire toutes les activités de 21 heures à 5 heures, sauf autorisation exceptionnelle. Dans les rues de Kinshasa, les Congolais ont dû s'adapter à cette situation nouvelle et à durée pour l'instant illimitée.

Avec notre envoyé spécial à Kinshasa, Sébastien Németh

Commissariat central de Kinshasa : il est déjà 21 heures ce vendredi 18 décembre, mais les policiers commencent seulement à installer les barrières. Pour le premier soir, le chef de la police, le général Sylvano Kasongo, a préféré une application souple des règles adoptées en cette période de pandémie de nouveau coronavirus :

« Il y a plus de 20 ans qu'on n'a plus connu le couvre-feu à Kinshasa. Celui-ci est un couvre-feu sanitaire. À l'époque, c'était un couvre-feu sécuritaire. Nous devons être humains ! Il y a une tolérance. On ne peut pas être stricts et dire qu'on ne passe plus à 21 heures. »

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21h30 : en ville, la circulation a déjà largement diminué. Au carrefour Kintambo, les Congolais déjà en infraction se dépêchent de rentrer chez eux. Didier Pambo, chauffeur de taxi, a dû arrêter sa journée plus tôt que prévu : « Je rentre les mains vides. Je n'ai pas d'argent. Quand je travaille à partir de 21 heures, 22 heures, je touche quelque chose pour aider ma famille. »

« C'est à tout le monde d'obéir »

Une heure plus tard, les rues sont quasi désertes. Le long du grand boulevard Lumumba, quelques naufragés du couvre-feu tentent de rentrer chez eux à pied. Israël a été retardé par la police : « On nous a interpellé. Je sais que l'heure est tardive. Veuillez m'excuser ! C'est un ordre donné par le chef de l'État : c'est à tout le monde d'obéir, il n'y a pas à discuter ! »

Au fil des heures, barrières et policiers sont de plus en plus nombreux. La sécurité se resserre et certains resquilleurs sont arrêtés. Dans le quartier Bon Marché, les bars et restaurants sont fermés. Pius Mwanga a rarement vu ça : « À Bon Marché, l'ambiance, c'est presque 24 heures sur 24. Ici, à minuit, c'est comme si on était en plein jour. Ce soir, c'est comme si le pays était en deuil national. »

Le couvre-feu est à durée illimitée. Les Congolais s’attendent à une fin d’année bien morose. D'autre part, beaucoup s’inquiètent des éventuels abus de la police dans l’application du couvre-feu. Certains estiment que les forces de l’ordre en profiteront pour s’en prendre à la population. Interrogé, le chef de la police de Kinshasa, le général Sylvano Kasongo, promet qu’il ne tolèrera aucun dérapage de ses hommes.