Covid-19 : l'efficacité des vaccins chinois en question

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Le vaccin Sinopharm, utilisé en Inde

Plusieurs pays ayant massivement utilisé les vaccins chinois enregistrent un rebond du nombre de nouveaux cas, y compris chez certaines personnes totalement vaccinées. "Rien d'inattendu", assurent des experts.

Les vaccins chinois Sinopharm et Sinovac sont-ils aussi efficaces que les laboratoires l'avaient annoncé ? Non autorisés en Europe mais déployés dans de nombreux pays, ils suscitent aujourd'hui l'interrogation quant à leur réelle efficacité.

Facile d'accès, peu chers et produits en grande quantité, ces deux vaccins ont séduit de nombreux pays aux moyens limités, qui ont permis à la Chine d'accroître son influence. L'Amérique latine et la région Asie-Pacifique ont acheté environ 80% des 759 millions de doses de vaccins chinois vendues jusqu'à présent.

Des pays qui enregistrent un rebond des cas

Le Chili, les Seychelles, la Mongolie ou encore Bahreïn, parmi les pays à avoir vacciné la plus grande partie de leur population, sont aussi ceux qui ont utilisé très massivement un des deux vaccins chinois pour protéger leur population. Avec entre 58% et 71% de leur population ayant reçu au moins une dose, ces quatre pays sont largement en avance sur la France ou les États-Unis.

Part de la population ayant reçu au moins une dose de vaccin.
Part de la population ayant reçu au moins une dose de vaccin.

Sauf que ces pays font aussi face à un rebond du nombre de nouveaux cas, qui concerne également des individus totalement vaccinés. Dans ces quatre pays, le nombre de nouveaux cas par million d'habitants varie entre 264 et 1438, soit bien plus que le Royaume-Uni, avec 164 cas par million d'habitants et dont la situation est largement relayée.

Des vaccins chinois insuffisants ?

Nombre de nouveaux cas de Covid-19 par million d'habitants
Nombre de nouveaux cas de Covid-19 par million d'habitants

Le responsable, selon un virologiste hongkongais interrogé par le New York Times : les vaccinés utilisés. "Si les vaccins étaient suffisamment bons, on ne devrait pas voir ce genre de phénomène", estime Jin Dongyan.

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Des cas de contamination chez des vaccinés

Or, les exemples concrets montrent qu'en condition réelle, "les vaccins chinois ne sont pas très efficaces pour ralentir la propagation du virus", poursuit le New York Times. Dernier exemple en date, l'Indonésie, où plus de 350 professionnels de santé ayant reçu les deux doses de Sinovac ont été contaminés avec le virus Sars-CoV-2 à la mi-juin, souligne Health Policy Watches.

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Aux Seychelles, plus de 30% des nouveaux cas de Covid-19 enregistrés début mai concernait des individus ayant eu leurs deux doses de la molécule de Sinopharm.

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D'emblée, l'efficacité des deux vaccins chinois était moindre que les vaccins inoculés en Europe : Pfizer et Moderna ont des taux d'efficacité de plus de 90% tandis que, selon l'OMS, l'efficacité du vaccin de Sinovac s'élève à 51% contre les maladies symptomatiques et à 100% contre les maladies graves. Sinopharm semble légèrement meilleur, à 79% contre les formes symptomatiques.

"Rien d'inattendu"

Pour autant, ces cas ne signifient pas l'inutilité des vaccins chinois, précisent certains experts, qui rappellent qu'ils permettent à des pays pauvres d'avoir accès massivement à des vaccins. "Les vaccins ne vont pas protéger tous ceux qui les reçoivent. L'estimation de l'efficacité du vaccin (Sinovac, ndlr) se situe entre 50% et 76%… Ce n'est pas anormal que dans les zones avec une forte transmission, il y ait des cas chez les personnes vaccinées", explique le conseiller principal de l'OMS auprès du directeur général Bruce Alyward, à Health Policy Watches.

Autre élément mis en avant, le relâchement de la population. Les autorités du Chili et de Mongolie pointent notamment du doigt un relâchement de la population avant la deuxième dose. On peut dire que nous avons célébré trop tôt. Mon conseil à tous est d'attendre que tout le monde soit vacciné avant de faire la fête", a affirmé Batbayar Ochirbat, responsable du conseil scientifique mis en place par le ministère mongol de la Santé.

Nécessaire de vacciner une part plus importante de la population ?

"Si les vaccins chinois sont efficaces pour empêcher les décès et les formes graves contre les maladies graves et la mort, ils peuvent être moins efficaces pour arrêter la transmission du SRAS-CoV-2, ce qui expliquerait la hausse des cas dans les pays qui utilisent ces vaccins, sous l'effet d'un relâchement de la population", estime auprès de Health Policy Watch, Beate Kampmann, directrice du Vaccine Center à la London School of Hygiene and Tropical Medicine.

Si c'est bien le cas, une proportion plus importante de la population devra être vaccinée pour avoir un impact sur la transmission, estiment les experts, qui appellent à davantage d'études afin de connaître les raisons précises de ces cas.

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