Covid-19 : pourquoi la vaccination des enfants de 5 à 11 ans n'avance pas ?

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À ce jour, seulement 115 000 enfants âgés de 5 à 11 ans ont reçu une dose de vaccin contre le Covid-19, soit 2% de cette tranche d'âge.

Débutée le 20 décembre dernier, la campagne de vaccination pour les enfants âgés de 5 à 11 ans tarde à décoller avec seulement 2% de vaccinés. Explications.

Alors que 92% des Français de plus de 12 ans ont reçu au moins une dose de vaccin contre le Covid-19, seulement 2% des 5-11 ans ont reçu leur première dose. Si la campagne de vaccination pour cette tranche d'âge n'a débuté que le 20 décembre dernier, ses débuts restent très poussifs avec seulement 115 000 doses injectées, selon les chiffres du ministère des Solidarités et de la Santé. 

À titre de comparaison, l'Espagne et le Portugal ont respectivement vacciné 1,24 million et plus de 300 000 enfants, soit 37% et 48% de cette tranche d'âge, alors que leur campagne de vaccination a débuté au même moment que celle de la France. Alors que la vaccination des adolescents est un succès avec près de 80% de vaccinés, comment expliquer ces débuts poussifs ? 

Les enfants très souvent asymptomatiques

Tout d'abord, les enfants sont souvent asymptomatiques ou peu symptomatiques et sont très peu à risque de formes graves quand ils contractent le Covid-19, d'autant plus avec le variant Omicron. De nombreux parents ne se sentent pas obligés de faire vacciner leur enfant. Si le nombre d'enfants de moins de 10 ans hospitalisés avec le Covid-19 n'a jamais été aussi élevé qu'aujourd'hui (395), le virus n'est pas forcément directement la cause de leur hospitalisation, comme l'explique la pédiatre Fabienne Kochert à France Bleu Loiret : "Il s'agit surtout d'enfants asymptomatiques qui sont dépistés Covid +, alors qui sont hospitalisés pour autre chose, par exemple pour une opération chirurgicale ou parce qu'ils ont une autre pathologie. Il y a beaucoup de petits nourrissons qui ont de la fièvre et qui sont dépistés Covid + sans qu'il n'y ait forcément de gravité." 

De plus, depuis le début de la campagne de vaccination des 5-11 ans, peu de centres étaient ouverts pour les enfants. Beaucoup ne pouvaient pas offrir de filières pédiatriques, mais cela se met en place progressivement. Alors qu'il n'y avait dans un premier temps que 100 centres de vaccination ouverts en décembre, il y en avait 350 la semaine dernière puis 505 cette semaine selon le ministère, qui a pour objectif de continuer à augmenter ces chiffres. Mais jusqu'ici, de nombreux parents ont rencontré des problèmes pour trouver un créneau. 

Des erreurs de communication

Mais au delà de l'offre, se pose le problème de la demande. Selon une enquête de l'Inserm réalisée avant Noël et avant la recommandation de la HAS, pas moins de deux tiers des parents (67%) d'enfants âgés de 5 à 11 ans ne sont pas favorables à leur vaccination. Une chiffre pas étonnant quand on sait qu'il y a encore quelques semaines, nombreux sont les scientifiques, ainsi que la Société française de Pédiatrie, qui clamaient que cette vaccination pour cette tranche d'âge n'était pas nécessaire.

Un problème criant de communication qu'a dénoté Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses de l'hôpital Tenon (AP-HP) à Paris, au micro de BFM TV : "Pendant des mois, on a expliqué aux parents, y compris la Société française de pédiatrie, que ce n'était pas une urgence, que ce n'était pas aux enfants de payer le fait que les adultes n'étaient pas vaccinés et tout d'un coup il faut les vacciner. [...] La Société française de Pédiatrie dans sa communication a été irresponsable. En novembre, elle expliquait que ce n'était pas une urgence, qu'il y avait une place pour l'immunité naturelle et qu'il n'y avait pas de circulation virale en milieu scolaire."

L'État en partie responsable ? 

Le gouvernement a également sa part de responsabilité concernant l'échec du début de cette campagne de vaccination des plus jeunes selon Mahmoud Zureik, professeur d'épidémiologie et de santé publique à l'université Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, interrogé par L'Express : "Les autorités sanitaires et les sociétés savantes ne la mènent pas. Résultat, qui va vacciner ses enfants ? Les gens bien informés. Ceux qui sont peu informés ou désinformés ne le feront pas."

Au delà de ces erreurs de communication, de nombreux parents préfèrent écouter le praticien qui suit leur enfant, indique Fabienne Kochert. "Beaucoup de parents ont envie d'avoir l'avis du médecin qui connaît leur enfant, du pédiatre qui suit leur enfant ou du médecin généraliste qui a toujours vacciné leurs enfants. Et les parents sont rassurés lorsque c'est le médecin qui donne l'information et qui lui même vaccine leur enfant."

L'accord des deux parents est nécessaire

Alors que l'accord d'un seul parent était nécessaire pour vacciner un enfant mineur, il est maintenant obligatoire depuis le 6 janvier de présenter une attestation avec l'autorisation des deux parents pour les enfants de 5 à 11 ans. En cas de désaccord entre les deux parents, l'enfant ne peut être vacciné, ce qui ne va sans doute pas aider à faire grimper en flèche le nombre de jeunes vaccinés.

Dernière explication, le pass sanitaire n'est exigé qu'à partir de 12 ans. Si la vaccination n'est pas obligatoire en France, le gouvernement incite fortement la population à se vacciner avec la mise en place du pass sanitaire, et bientôt du pass vaccinal, qui permettent d'accéder à certains lieux. Les enfants de moins de 12 ans n'étant pas concernés par le pass sanitaire, ils subissent moins cette forte incitation qui en a sans aucun doute poussé plus d'un à se faire piquer.

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