Covid-19 : pourquoi il est précipité de dire que le variant sud-africain entraine une diminution de l'efficacité du vaccin d'environ 40%

Matthieu Brandely
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Le président du Conseil scientifique Jean-François Delfraissy a alerté sur BFMTV dimanche que le variant sud-africain pourrait nuire à l’efficacité du vaccin.

“Le variant sud-africain semble provoquer une diminution de l’efficacité du vaccin d’environ 40%”. Les propos de Jean-François Delfraissy, dimanche soir sur BFMTV, ont alerté l’opinion publique, alors que ce variant représenterait "déjà peut-être autour de 1% des nouveaux cas en France", selon le président du Conseil scientifique.

Des propos similaires ont été tenus en Grande-Bretagne par Matt Hancock, secrétaire d’Etat à la Santé, qui a affirmé lors d’une réunion en ligne avec des agences de voyage que le variant sud-africain “pouvait rendre jusqu’à 50% moins efficace le vaccin” rapporte le Dailymail, tout en soulignant que “nous ne sommes pas sûrs de ces données, donc je ne dirais pas cela en public", rapporte le quotidien anglais.

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Des propos qui n’ont “aucune base scientifique”

Pourtant, il semble que cette conclusion soit un peu précipitée, alertent plusieurs médecins, qui dénoncent des propos alarmistes. “Il n’y a pas d’étude post-vaccinale sur le variant sud-africain”, nous rappelle Yvon le Flohic, médecin généraliste et ancien membre de la cellule de veille épidémiologique de la grippe H1N1, qui regrette des propos ”qui n’ont aucune base scientifique”.

Ces chiffres évoqués par le président du Conseil scientifique et le secrétaire d’Etat à la santé britannique semblent provenir de deux études menées notamment en Afrique du Sud, où a été détecté le variant B.1.351. Ces deux études sont en préprint, c’est-à-dire qu’elles doivent encore être relues par des scientifiques avant d’être validées.

Des études basées sur l’immunité naturelle et non vaccinale

Ces deux études se sont notamment intéressées à la résistance du variant sud-africain face aux anticorps chez des personnes ayant été infectées par le SARS-COV-2. L’une d’entre elles souligne que le variant sud-africain “échappe à 21% (avec un intervalle de confiance entre 11 et 36%) à l’immunité précédemment acquise”. Cela signifie que le variant peut entrainer une diminution de l’efficacité des anticorps allant de 11% à 36% chez les personnes précédemment infectées.

Les auteurs de l’autre étude, qui a donné lieu à une communication des autorités de santé sud-africaine, écrivent que “les échantillons de sang de la moitié (48%) des personnes que nous avons testées ont montré que toute activité neutralisante était perdue”.

“Le taux d’anticorps plus important avec une vaccination”

“Les deux études portent sur des individus infectés, et pas sur des individus vaccinés. Or, l’infection naturelle n’a rien à voir avec l’infection vaccinale”, nous rappelle Yvon Le Flohic, qui déplore que le président du Conseil scientifique s’appuie sur cette étude qui n’a pas encore été vérifiée.

“Le taux d’anticorps est 10 à 30 fois plus important avec une vaccination comparé à une infection naturelle”, souligne le médecin généraliste, qui rappelle que cela ne veut pas dire que le variant sud-africain ne puisse pas avoir un impact sur le vaccin.

L’immunité vaccinale protègera mieux contre les variants qu’une immunité naturelle

Interrogé dans le cadre d’un précédent article, Eric Billy nous rappelait que “contrairement à une infection par le virus, les vaccins vont permettre la production d’anticorps dirigés uniquement contre la protéine S, qui permet au Covid-19 de pénétrer dans les cellules humaines. La diversité et l'abondance de ces anticorps est donc autant voire plus importante lorsqu’on est vacciné que lorsqu’on est immunisé après avoir été infecté”, expliquait le chercheur, membre du collectif Du Côté de la Science.

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“Il faut faire une étude sur des personnes vaccinées, et non sur des personnes précédemment infectées” pour savoir si le variant peut avoir un effet sur le vaccin. Pour l’instant, on ne sait pas”.

Une “réduction par six” des niveaux d’anticorps

Depuis l’écriture de cet article, Moderna, qui fabrique l’un des deux vaccins actuellement injectés en France, a indiqué dans un communiqué que son vaccin est efficace contre les variants britannique et sud-africain.

Toutefois, une “réduction par six" des niveaux d'anticorps contre le variant sud-africain (B.1.351) a été observée. Ce qui pourrait expliquer l’effet neutralisant du variant sud-africain sur les personnes immunisées par une infection naturelle, dont le taux d’anticorps est plus faible.

Une durée de protection fortement réduite face aux variants ?

Mais "malgré cette réduction", les niveaux d'anticorps "devraient rester au-dessus de ce qui est attendu comme nécessaire pour procurer une protection", écrit Moderna. “Attention, il s’agit d’une hypothèse de la part de Moderna, pas d’une certitude. On peut s’attendre que la durée de protection soit très fortement réduite face à ses variants, et qu’un rappel très précoce ou un nouveau vaccin soit nécessaire”, remarque le biologiste Claude-Alexandre Gustave.

Comme l’expliquait Yvon Le Flohic, le taux d’anticorps généré par la vaccination est 10 à 30 fois plus important que lors d’une infection naturelle. Ce qui expliquerait pourquoi le vaccin pourrait rester, selon l’hypothèse de Moderna, malgré tout efficace face à ce variant.

Moderna met à l’essai un rappel contre le variant sud-africain

L’entreprise précise que “par précaution”, elle met à l’essai un nouveau vaccin “pour un rappel contre le variant" sud-africain, "pour déterminer s'il serait plus efficace pour augmenter les niveaux (d'anticorps) contre ce variant et d'autres futurs variants potentiels”.

Pour en arriver à cette conclusion, Moderna précise avoir “réalisé des prélèvements de sang sur huit personnes ayant reçu les deux doses de son remède, et plusieurs primates également immunisés”. Une différence notable avec les études menées en Afrique du Sud qui se concentraient sur l’immunité naturelle.

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