Covid-19 : 76% des patients souffrent encore au moins d'un symptôme six mois plus tard

Ingrid Bernard
·3 min de lecture
Paramedic monitoring patients oxygen breathing (Photo by Universal Images Group via Getty Images)

Selon une étude publiée dans The Lancet, la plupart des patients hospitalisés suite à une infection au Covid-19 ressentent encore au moins un symptôme six mois plus tard.

Nombreux sont les patients à souffrir encore de symptômes plusieurs mois après l’infection au Covid-19, qu’ils aient été ou non hospitalisés. Tel est le cas de Céline, 45 ans, mère de trois enfants. “En mars dernier, j’ai eu le Covid-19. Je n’ai pas été hospitalisée mais je suis restée bien malade pendant dix jours. J’ai mis plusieurs semaines à m’en remettre. Il y a quelques semaines, j’ai commencé à faire des infections à répétition, à avoir des douleurs fulgurantes. Depuis Noël, je ressens un essoufflement, même lorsque je suis au repos, accompagné de crises de tachycardie. Mon rythme cardiaque grimpe à plus de 150. Je m’étouffe au moindre effort. Passer l’aspirateur est un véritable challenge. Après une batterie d’examens, le cardiologue a posé un diagnostic : Covid long avec atteinte neurologique, cardiaque et rénale.” Pourtant Céline, est d’un naturel dynamique. “Je fais de la randonnée”, déclare-t-elle. Son quotidien se résume maintenant à “(son) pilulier, découper (ses) jours en plein de petits quarts d’heure d’activité et de repos pour rattraper l’essoufflement et la fatigue, les visites chez le cardiologue et le néphrologue pour suivre l’évolution de la maladie”.

Céline n’est pas un cas isolé. Selon une étude publiée dans la revue médicale The Lancet, la plupart des patients hospitalisés à cause du Covid-19 souffrent encore d’au moins un symptôme six mois après l’infection. Pour parvenir à ces résultats, les chercheurs de Wuhan, ville où a débuté l’épidémie, ont suivi entre juin et septembre 2020, 1733 personnes qui ont quitté l’hôpital entre le 7 janvier et le 29 mai.

Des anomalies pulmonaires

Résultat : 76% des patients déclarent souffrir encore d’au moins un symptôme au cours de leur suivi : fatigue ou fatigue musculaire dans 63% des cas, troubles du sommeil, anxiété ou dépression pour un quart des personnes interrogées… “Nous commençons seulement à comprendre certains effets du Covid-19 à long terme sur la santé des patients”, estime Bin Cao, auteur de cette étude. “Notre analyse montre que la plupart des patients continuent à vivre avec au moins certains des effets du virus après avoir quitté l’hôpital. Elle met en évidence le besoin de soins après la sortie de l’hôpital, en particulier pour ceux qui souffrent d’infections graves”.

Un plus petit nombre d’individus a effectué des tests pulmonaires poussés. La moitié d’entre eux présentaient des anomalies pulmonaires persistantes. Le degré de lésions pulmonaires était en corrélation avec la gravité de la maladie pendant la phase aiguë de l’hospitalisation des patients. Pis 33% des patients sont décédés après avoir quitté l’hôpital après une aggravation d’un trouble pulmonaire, cardiaque ou rénal sous-jacent. 25% ont été, de nouveau, hospitalisés pour des complications. “Notre travail souligne l’importance de mener des études de suivi plus longues dans une plus large partie de la population afin de comprendre le spectre complet des effets que le Covid-19 peut engendrer”, ajoute le chercheur.

Des études sur la durée nécessaires

Précisons que cette étude comporte quelques limites. L’analyse ne porte, en effet, que sur les patients hospitalisés. D’autres études, plus poussées, devront donc être menées sur des personnes qui ont développé des formes relativement bénignes de la maladie.

Frances Williams, chercheur du King’s College de Londres, considère qu’il faudra du temps pour séparer l’impact direct du virus de l’impact plus large de la pandémie. Pour lui, il ne sera possible de mesurer les retombées sur la santé publique que dans quelques années, voire des décennies. “Ce qui est clair, c’est que les symptômes à long terme sont courants. La recherche sur les causes et les traitements du Covid long sera probablement nécessaire longtemps après la disparition de l’épidémie elle-même”, conclut le chercheur dans un entretien accordé à The Conversation.

Ce contenu peut également vous intéresser :